Après quinze mois derrière CNews, BFMTV reprend en mars la tête des chaînes d’information. Ce retour tient notamment à une actualité internationale brûlante, en particulier la guerre autour de l’Iran, qui a favorisé les chaînes les plus armées sur l’international plutôt que celles centrées sur le commentaire.
En mars 2026, le match des chaînes info a changé de physionomie. BFMTV remonte à 3,5 % de part d’audience, devant CNews et LCI, toutes deux à 3,2 %, tandis que franceinfo atteint 1,2 %. La chaîne du canal 13 n’avait plus dominé ce classement depuis décembre 2024. Mais derrière ce renversement, il faut d’abord regarder la nature de l’actualité du mois.
Le poids de la crise au Proche-Orient
Le facteur principal de ce revirement en tête des audiences semble être la séquence ouverte par les frappes israéliennes et américaines contre l’Iran à partir du 28 février, puis la couverture continue de la guerre au Proche-Orient. Sur ce terrain, BFMTV a profité d’un avantage classique mais décisif : la puissance de son dispositif. Puremédias souligne que la chaîne a multiplié les éditions spéciales, déployé le plus d’équipes sur le terrain et atteint un pic de 4,9 % les 2 et 3 mars. Autrement dit, lorsque l’actualité devient militaire, diplomatique et internationale, l’antenne la plus réactive reprend mécaniquement la main.
CNews, elle, paie ici les limites de son positionnement. La chaîne de Vincent Bolloré reste très forte lorsque l’actualité française se prête au débat d’opinion, aux polémiques culturelles ou aux affrontements de plateau. Mais, comme le note Puremédias, « la chaîne, qui ne fait pas de l’actualité internationale sa priorité », a été dominée pendant les premiers jours du conflit et n’a été en tête que neuf journées en mars, contre dix-sept en février. Le mois de mars a donc moins sanctionné une faiblesse structurelle qu’un angle éditorial : CNews domine dans le commentaire, BFMTV reprend l’avantage quand l’information brute revient au centre du jeu.
Des facteurs secondaires, mais réels
Il serait toutefois trop simple de tout expliquer par l’Iran. BFMTV a aussi bénéficié de la séquence des municipales. Son débat parisien du 19 mars, animé par Apolline de Malherbe, a réuni plus de 750 000 téléspectateurs, soit 5,3 % de part d’audience, et a hissé la chaîne à 4,6 % sur la journée. La politique locale, lorsqu’elle devient nationale par capillarité médiatique, reste un carburant efficace.
Autre élément : BFMTV a corrigé sa grille en cours de route. La matinale « BFM Première », lancée à la rentrée avec Perrine Storme et Dominique Tenza, a été arrêtée faute de résultats, puis remplacée dès le 9 mars par Mathieu Coache et Pascale de La Tour du Pin. Ce changement n’explique pas à lui seul la remontée, mais il participe d’une reprise en main réactive. Enfin, CNews paye probablement aussi sa délicate séquence Morandini et le départ de Sonia Mabrouk.
CNews recule, LCI s’installe
Le revers de CNews ne doit pas masquer l’autre information du mois : la poussée de LCI, elle aussi à 3,2 %, en hausse de 1,4 point sur un an, et qui signe son record historique. Là encore, ce n’est pas un hasard : la chaîne du groupe TF1 revendique précisément une montée en gamme sur l’international, avec un habillage plus sobre, davantage d’envoyés spéciaux et une logique d’analyse. Mars 2026 confirme donc moins un simple duel BFMTV-CNews qu’un basculement vers un « match à trois » où l’actualité internationale favorise les chaînes capables d’informer avant de commenter.
Rodolphe Chalamel

