Après Time, le groupe 360 Business Media poursuit sa stratégie de licences internationales en lançant une édition française de Sports Illustrated. Le mythique magazine sportif américain entend s’imposer dans l’Hexagone en misant sur le récit, la marque et une approche globale, et « sexy » du sport.
Symbole de l’américanisation culturelle persistante, le lancement du journal en France demeure un pari audacieux dans un contexte toujours compliqué pour la presse écrite.
Le paysage médiatique français accueille une nouvelle marque internationale. Le groupe 360 Business Media, dirigé par Dominique Busso, lancera avant l’été 2026 une version française de Sports Illustrated, magazine sportif emblématique né aux États-Unis en 1954. Tiré à 100 000 exemplaires pour son premier numéro, le titre sera diffusé en France et dans plusieurs pays francophones.
Cette arrivée s’inscrit dans une stratégie : importer des marques médiatiques globales afin de les adapter au marché français. Après Time France, lancé fin 2025, Dominique Busso poursuit ainsi la constitution d’un portefeuille reposant sur des licences prestigieuses issues de la presse américaine.
Une marque mythique du journalisme sportif
Fondé par le groupe Time Inc. sous l’impulsion du magnat de la presse Henry Luce, Sports Illustrated s’est imposé comme une référence mondiale du journalisme sportif. Contrairement à la presse sportive traditionnelle centrée sur les résultats et l’actualité immédiate, le magazine a construit son succès sur le récit sportif et attire le chaland avec des « unes » aguicheuses.
Grands reportages, portraits approfondis d’athlètes et enquêtes sur les coulisses du sport constituent l’ADN du titre. Son célèbre « Swimsuit Issue », lancé en 1964, est devenu un phénomène éditorial et commercial mondial, contribuant largement à sa notoriété. Ce numéro spécial s’approche plus de Playboy que de L’Équipe, faisant la part belle à des mannequins en petites tenues ou en peinture corporelle.
Malgré l’érosion générale de la presse papier aux États-Unis, la marque conserve une puissance culturelle importante, aujourd’hui exploitée par Authentic Brands Group, propriétaire international du titre.
Adapter le modèle américain au public français
La version française ne sera pas une simple traduction. « Nous allons conserver l’ADN de Sports Illustrated US pour l’adapter aux sports qui font vibrer le lecteur français », explique Dominique Busso. Football, rugby, cyclisme ou Jeux olympiques devraient ainsi occuper une place centrale.
Le projet se veut hybride : un magazine trimestriel, complété par un site numérique, des formats vidéo et des opérations événementielles. L’objectif affiché est de transformer la marque en « plateforme éditoriale et expérientielle ».
Cette approche reflète une évolution profonde de la presse sportive, désormais concurrencée par les chaînes d’information continue, les réseaux sociaux et les médias spécialisés en temps réel. Face à cette saturation de l’actualité chaude, le pari consiste à valoriser le temps long et la narration.
Un pari dans un marché français déjà dense
L’arrivée de Sports Illustrated intervient dans un paysage français dominé par des titres historiques comme L’Équipe ou par une presse magazine fragilisée économiquement mais dans laquelle certains titres tirent leur épingle du jeu, notamment à travers le groupe So Press qui allie contenu éditorial engagé à gauche, récit sportif et esthétique séduisante. Le choix d’un rythme trimestriel traduit d’ailleurs une prudence stratégique.
Pour 360 Business Media, l’enjeu dépasse le seul sport. En réunissant Time et Sports Illustrated, deux marques historiquement liées, le groupe entend capitaliser sur la puissance de franchises médiatiques mondiales capables d’exister simultanément en print, digital et événementiel.
Reste à savoir si cette transplantation américaine trouvera son public dans un contexte médiatique sportif français très particulier. Le succès du titre outre-Atlantique repose autant sur son prestige que sur une culture sportive spécifique notamment attachée au « sport US » (baseball, football américain, hockey) et à une tradition sportive universitaire, là où la France connait une culture sportive combinant des agents hétéroclites : ruralité et enracinement, banlieue et PMU !
Françoise Martineau

