Née le 15 janvier 2001, Wikipédia fête ses 25 ans en position paradoxale : source de référence pour des millions d’internautes, elle devient aussi une « mine » surexploitée par l’IA générative. Entre accords commerciaux, baisse de trafic humain et soupçons de biais, l’encyclopédie aborde un tournant.
Depuis un quart de siècle, Wikipédia s’est imposée comme un réflexe informationnel : parfois par commodité, souvent par absence d’équivalent gratuit. Mais l’IA change la donne : les chatbots « consomment » Wikipédia sans renvoyer systématiquement vers elle, tandis que les bots d’aspiration alourdissent ses coûts. La Wikimedia Foundation tente désormais de reprendre la main, sans renoncer à son modèle ouvert.
De la gratuité pour le public… au péage pour les géants de l’IA
À l’occasion de cet anniversaire, Wikimedia a mis en avant ses accords via Wikimedia Enterprise, une offre commerciale (lancée en 2021) qui propose un accès structuré et « industrialisable » aux contenus, destiné aux gros réutilisateurs.
Mi-janvier 2026, la fondation a annoncé de nouveaux partenariats payants avec Microsoft, Meta, Amazon, ainsi qu’avec Perplexity et Mistral AI, dans la continuité d’un accord plus ancien avec Google. L’objectif affiché est d’éviter que les dons des particuliers ne subventionnent indirectement l’entraînement des modèles d’IA, tout en finançant l’infrastructure. Wikipédia semble avoir compris, comme nombre de médias dominants, qu’il conviendra de composer avec l’IA plutôt que de lutter vainement contre.
Côté finances, Wikimedia indique que l’activité Enterprise représentait 3,4 millions de dollars de revenus sur l’exercice 2023–2024, soit une part limitée des revenus globaux, mais en progression.
Quand l’IA fait baisser le trafic… et gonfle les bots
Le risque n’est pas seulement budgétaire. Wikimedia explique avoir revu ses outils de détection et constaté que beaucoup de « faux » signaux de fréquentation provenaient de bots cherchant à contourner les filtres. Après reclassement, la fondation observe une érosion du trafic humain sur la période récente (notamment en 2025), qu’elle relie à l’évolution des usages : réponses directes des moteurs dopés à l’IA, assistants conversationnels, et bascule vers les plateformes vidéo.
Les journalistes eux-mêmes consommateurs de la plateforme s’abreuvent (ou abreuvent leurs papiers) à la fontaine magique de l’intelligence artificielle. Or Wikipédia vit aussi de ses contributeurs : moins de lecteurs peut signifier moins d’éditeurs, donc un affaiblissement progressif de la qualité, exactement au moment où l’IA a besoin d’un socle « propre » pour s’entraîner.
Voir aussi : La face cachée de Wikipédia
Neutralité proclamée, fausse neutralité
À 25 ans, Wikipédia n’échappe plus au soupçon politique. Il a été montré à de nombreuses reprises les penchants très gauchers de la plateforme, notamment dans notre dossier Ojim Wokipédia : Wikipédia est-il une source fiable ? Un constat repris même par Le Point durant l’été 2025, vexé d’avoir été victime à son tour de l’encyclopédie.
Si la plateforme demeure une référence et un réflexe pour beaucoup, l’IA pourrait sonner le glas d’une position quasiment dominante et bouleverser le rapport à l’information et plus généralement à la documentation. À l’ère de l’IA, Wikipédia devra probablement se réinventer pour survivre et cela pourrait passer par un recentrage comme certains, à l’image de Meta, ont dû faire…
Armand Coutelier


