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Un nouveau conflit d’intérêts majeur à France TV ? Cette déclaration de Matthieu Pigasse qui interpelle

21 janvier 2026

Temps de lecture : 6 minutes
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Un nouveau conflit d’intérêts majeur à France TV ? Cette déclaration de Matthieu Pigasse qui interpelle

Temps de lecture : 6 minutes

Un nouveau conflit d’intérêts majeur à France TV ? Cette déclaration de Matthieu Pigasse qui interpelle

Invité de Ben­jamin Duhamel sur France Inter mer­cre­di 14 jan­vi­er 2026, le ban­quier d’affaires et patron de presse d’extrême gauche Matthieu Pigasse a annon­cé son inten­tion de s’engager dans la prochaine prési­den­tielle. Prob­lème : l’homme est égale­ment à la tête de la société de pro­duc­tion Medi­awan, pre­mière entre­prise à béné­fici­er des con­trats de France Télévisions.

À quelques jours de la réou­ver­ture de la com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire sur l’audiovisuel pub­lic, la séquence, pour­rait-on dire, arrive à point nom­mée. Alors qu’à gauche comme au sein des médias de ser­vice pub­lic, tous s’évertuent à défendre l’intégrité et l’impartialité de la mai­son-mère, le mil­liar­daire d’ex­trême gauche Matthieu Pigasse a don­né, mer­cre­di 14 jan­vi­er, un sérieux coup au camp des aya­tol­lahs de France Télévisions.

Face à Ben­jamin Duhamel, au micro de France Inter, le patron de presse a en effet exprimé sans ambages sa volon­té de « peser le plus pos­si­ble sur la prési­den­tielle de 2027 » afin de bat­tre le Rassem­ble­ment national.

Voir aus­si : La com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic va repren­dre : on vous résume le pre­mier acte

Pas moins de 110 millions d’euros de contrats par an

« Mon ambi­tion, c’est de ne pas rester le long du chemin, indif­férent, les bras bal­lants. Et donc en effet, c’est de peser le plus pos­si­ble sur la prési­den­tielle de 2027, parce que je con­sid­ère que c’est un enjeu cen­tral », a‑t-il assumé, avant d’ajouter : « Le Rassem­ble­ment nation­al peut être bat­tu s’il est com­bat­tu. Il faut dire et mon­tr­er que c’est un par­ti qui n’est pas ce qu’il pré­tend être. »

Sur la forme, ne soyons pas dupes, que ce patron de presse – qui appelait à vot­er Nou­veau Front pop­u­laire lors des lég­isla­tives de 2024 et revendi­quait en jan­vi­er 2025 « met­tre les médias qu’il con­trôle dans ce com­bat » con­tre le RN – assume son par­ti pris idéologique n’a rien d’étonnant.

Mais sur le fond, un prob­lème majeur, qui con­fine au con­flit d’intérêts, se pose.

Car Matthieu Pigasse ne con­trôle pas seule­ment des médias privés, comme le fait un Vin­cent Bol­loré. Il est égale­ment (et surtout) un des trois hommes (avec Niel et Cap­ton) à la tête de la société de pro­duc­tion Medi­awan. Cette dernière est la pre­mière entre­prise à béné­fici­er des con­trats de France Télévi­sions. Comptez chaque année pas moins de 110 mil­lions d’eu­ros de contrats !

Ne sommes-nous pas là face à un nou­veau con­flit d’in­térêts majeur à France TV ? Com­ment jus­ti­fi­er que des pro­grammes du ser­vice pub­lic soient pro­duits par un homme qui se posi­tionne ouverte­ment dans un com­bat idéologique et politique ?

« France 2 » recadrée par l’ARCOM

Au micro de France Inter, le mil­liar­daire d’ex­trême gauche tem­père et affirme « respecter l’indépen­dance édi­to­ri­ale » de ses équipes : « Je la pro­tège même d’ailleurs, je n’in­ter­fère et je n’in­ter­viens jamais dans les émis­sions qui sont les nôtres ».

Seule­ment quelques mois avant, le voilà déjà démen­ti, puisque c’est pré­cisé­ment sur France 2, face à une Car­o­line Roux qui cache aux téléspec­ta­teurs que Math­ieu Pigasse est un des prin­ci­paux action­naires de Medi­awan (qui pro­duit, entre autres, « C dans l’Air » présen­té par… Car­o­line Roux), que l’on retrou­ve le patron de presse.

L’affaire était telle­ment grossière qu’elle n’a cette fois-ci pas pu échap­per à l’ARCOM, qui a rap­pelé à l’ordre, le 5 jan­vi­er 2026, la chaîne France 2, jugeant que la présen­ta­tion de l’homme d’affaires « en sa seule qual­ité de chef d’entreprise » – alors qu’il a « déjà fait publique­ment état de pris­es de posi­tion poli­tiques » et qu’il est cofon­da­teur de Medi­awan, société pro­duc­trice de pro­grammes dif­fusés sur France Télévi­sions – « ne sat­is­fai­sait pas pleine­ment aux exi­gences d’honnêteté et de rigueur de l’information ».

Plusieurs « soupçons » de corruption et conflits d’intérêts

Nul doute donc que la séquence de Matthieu Pigasse face à Ben­jamin Duhamel s’invitera dans les couloirs du palais Bour­bon dès la reprise des travaux menés par Charles Alloncle.

D’autant que la ques­tion des con­flits d’intérêts au sein de France TV est un cheval de bataille du rap­por­teur. Il y a peu, ce dernier a en effet soulevé un (gros) loup en révélant sur les ondes d’Europe 1 avoir des soupçons de cor­rup­tion au sein de France Télévisions.

Voir aus­si : De la cor­rup­tion et des con­flits d’intérêts à France Télévi­sions ? Ces (sérieux) soupçons qui entachent le ser­vice public

« [Depuis le début de la com­mis­sion], il y a déjà eu un cer­tain nom­bre de révéla­tions absol­u­ment con­fon­dantes : les pris­es illé­gales d’intérêts, les pactes de cor­rup­tion, les pan­tou­flages entre cer­tains dirigeants de France Télévi­sions et des sociétés privées, les men­songes et les par­jures proférés en audi­tion », a‑t-il affir­mé face à Chris­tine Kelly.

Selon le député de l’Hérault, des anciens dirigeants de France Télévi­sions auraient notam­ment signé « des dizaines ou des cen­taines de mil­liers d’euros de con­trats pour des sociétés de pro­duc­tion privées ». Ils se seraient ensuite « fait licenci­er » avec des indem­nités de licen­ciement « de plusieurs cen­taines de mil­liers d’euros », avant de « finir dans ces mêmes sociétés de productions ».

Pantouflage doré

Par­mi ces anciens dirigeants : Nathalie Dar­ri­grand. L’ex-directrice des pro­grammes de France Télévi­sions, et ex-direc­trice de France 5, a signé pen­dant son man­dat à France Télévi­sions des con­trats à hau­teur « de dizaines ou de cen­taines de mil­lions d’euros » pour des sociétés de pro­duc­tion privées, en par­ti­c­uli­er « Togeth­er Media ». Après avoir été licen­ciée de France Télévi­sions, elle a ensuite fini à la tête de cette même société de pro­duc­tion « Togeth­er », ce qui con­stitue, selon le droit, une prise illé­gale d’intérêts.

S’il ne s’agit pas là de la même con­fig­u­ra­tion où se trou­ve Matthieu Pigasse, la ques­tion du con­flit d’in­térêts se pose tout de même. Pour l’heure, il n’a, à ce sujet, pas encore reçu de con­vo­ca­tion dans le cadre de la com­mis­sion d’en­quête sur l’au­dio­vi­suel pub­lic, mais l’homme a tout de même indiqué « souhaiter » être audi­tion­né, con­sid­érant que « c’est un devoir démoc­ra­tique ». Affaire à suiv­re donc…

Voir aus­si : Matthieu Pigasse, infographie

Lorelei Ban­charel