Accueil E Veille médias E Un lieutenant de George Soros confesse l’échec de la société ouverte

Un lieutenant de George Soros confesse l’échec de la société ouverte

21 mars 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

Faire un don à l'OJIM S1 2026

Faire un don à l'OJIM S1 2026
Levé 270,00€
Objecif 10 000,00€
Donateurs 3
2,7%

Dans un entre­tien au jour­nal Le Monde pub­lié le 5 mars 2026, Leonard Bernar­do, vice-prési­dent de l’Open Soci­ety Foun­da­tions (OSF) – réseau ten­tac­u­laire d’ONG créé par George Soros – déplore que les efforts four­nis par leur organ­i­sa­tion pour dis­soudre tout mou­ve­ment nation­al­iste et patri­o­tique en Europe aient par­fois échoué. Leonar­do Bernar­do prend notam­ment l’exemple de la Russie où OSF n’est pas par­venu à s’implanter.

Un lieu­tenant de Georges Soros con­fesse l’échec de la société ouverte ! Pub­lié le 5 mars 2026 dans les pages « Idées » du Monde, un entre­tien avec Leonard Bernar­do offre un rare bilan intro­spec­tif de la part d’un haut dirigeant d’OSF. Alors que l’organisation célèbre plus de cinquante ans de pro­mo­tion de la « société ouverte » – con­cept hérité de Karl Pop­per et adap­té par Soros pour com­bat­tre les « sociétés clos­es » (com­pren­dre les sociétés enrac­inées et fières de leur iden­tité nationale qui refusent l’immigration incon­trôlée et le libre marché) – pro-immi­gra­tion, Leonard Bernar­do admet une série de revers inattendus.

Il souligne notam­ment que « per­son­ne n’aurait imag­iné, il y a vingt-cinq ans, que le nation­al­isme serait en recrude­s­cence ». Dans les années 2000, ni Soros ni les cer­cles libéraux n’envisageaient un retour en force des idées iden­ti­taires et sou­verain­istes sur le Vieux Con­ti­nent. Au con­traire, la con­vic­tion dom­i­nante était que la démoc­ra­tie libérale, les droits de l’homme et l’ouverture des fron­tières s’imposeraient durable­ment après la chute du communisme.

Un réseau d’ONG pro-immigration

Mais George Soros n’a pas atten­du que les sociétés devi­en­nent spon­tané­ment « ouvertes ». Via sa fon­da­tion OSF, le mil­liar­daire hon­grois a mas­sive­ment investi dans des ONG pro immi­gra­tion (Human Rights Watch, Ligue des droits de l’homme) ain­si que dans des associations/organisations comme le Hun­gar­i­an Helsin­ki Com­mit­tee qui porte assis­tance aux migrants et réfugiés en Hon­grie, Sol­i­dar­i­ty Now qui aide les réfugiés vul­nérables à Athènes et Thes­sa­lonique ou encore UndocuBlack Net­work qui défend les droits des migrants noirs sans papiers.

George Soros finance égale­ment des médias comme Street­Press, dont le rédac­teur en chef, Math­ieu Molard, milite entre autres pour le droit de vote des étrangers. Plus large­ment, le bud­get que l’Open Soci­ety con­sacrait à la seule ques­tion migra­toire était de 20,8 mil­lions pour les prob­lé­ma­tiques liées aux migra­tions en 2016, 32,6 mil­lions de dol­lars en 2017 et 63,3 mil­lions de dol­lars en 2018 sans par­ler des investisse­ments privés.

Voir aus­si : George Soros et la société ouverte. Troisième partie

Cepen­dant, dans cet entre­tien, le vice-prési­dent d’OSF préfère met­tre en avant le départe­ment « Ideas Work­shop » qui « finance des revues, des mag­a­zines, des pod­casts ou des fes­ti­vals d’idées, et attribue des bours­es à des intel­lectuels, à des écrivains ou à des artistes d’un large spec­tre poli­tique afin de créer une con­ver­sa­tion cri­tique et réfléchie ».

L’ambition d’un capitalisme triomphant

Leonard Benar­do men­tionne ensuite son arrivée à Moscou au milieu des années 1990. Il décrit une Russie en pleine décom­po­si­tion, où l’effondrement du régime sovié­tique ouvrait un champ des pos­si­bles vertigineux.

À l’époque, deux types de pré­da­teurs sévis­saient en Russie : d’un côté les idéal­istes per­suadés de pou­voir impos­er une démoc­ra­tie libérale en accéléré, de l’autre les oppor­tunistes venus s’enrichir sur les décom­bres de l’État et des pri­vati­sa­tions. Très vite, Benar­do perçoit les failles de cet engoue­ment libéral. Les héritages men­taux et bureau­cra­tiques du com­mu­nisme restaient solide­ment ancrés, bien plus que ne le croy­aient les réfor­ma­teurs occi­den­taux. George Soros lui-même imag­i­nait pou­voir créer un îlot exem­plaire dans l’économie russe – par exem­ple en isolant le secteur agri­cole pour en faire un lab­o­ra­toire du cap­i­tal­isme per­for­mant. Cette ambi­tion se heurte à une réal­ité implaca­ble : tout était trop imbriqué pour qu’un secteur puisse être réfor­mé indépen­dam­ment des autres.

Bernar­do en tire une con­vic­tion pro­fonde : les trans­for­ma­tions rad­i­cales et uni­formes sont illu­soires. Le pro­grès réel avance par touch­es suc­ces­sives, locales et patientes, jamais par grands plans importés. Il cri­tique ouverte­ment la philoso­phie mécan­iste qui dom­i­nait alors. L’effondrement du social­isme d’État étant sans précé­dent, beau­coup pen­saient qu’il suff­i­sait d’installer des règles du jeu cap­i­tal­istes et des insti­tu­tions mod­ernes pour que le marché fleurisse spontanément.

Des fig­ures comme Jef­frey Sachs incar­naient cette foi dans la « thérapie de choc » : ajuster les inci­ta­tions, pri­va­tis­er vite, et le mir­a­cle économique suiv­rait. Cette approche mépri­sait les pesan­teurs cul­turelles, his­toriques et idéologiques.

Soumettre les États à sa volonté

Une omis­sion majeure saute aux yeux avec le recul : l’État compte. Or, afin de soumet­tre les États à sa volon­té, George Soros innove en investis­sant mas­sive­ment dans la société civile, les jour­nal­istes et la défense des par­tic­u­lar­ismes socié­taux (LGBTQIA+). Mais cela ne suf­fit pas toujours…

L’entretien con­firme que Vik­tor Orbán, avant d’être le leader à poigne que l’on con­naît, était un jeune opposant libéral dans les années 1980, qui a même reçu une bourse d’étude de George Soros pour étudi­er à Oxford. Aujourd’hui, le prési­dent hon­grois a fait de Soros sa némé­sis, con­traig­nant la fon­da­tion à quit­ter Budapest pour Berlin en 2018. Benar­do y voit une leçon amère : pari­er exclu­sive­ment sur une élite libérale, pro-européenne et attachée aux droits des minorités, revient à se couper des majorités populaires.

Voir aus­si : George Soros laisse sa suc­ces­sion à son fils Alexander

Ces libéraux sont rapi­de­ment perçus comme une caste décon­nec­tée, ser­vante de Brux­elles, Wash­ing­ton ou des agen­das woke (défense des Roms, égal­ité et con­fu­sion femmes-hommes, pro­mo­tion des trans­sex­uels, etc.), indif­férente aux angoiss­es quo­ti­di­ennes des class­es moyennes et populaires.

L’UE comme idéal de société ouverte

Selon le vice-prési­dent, c’est sur ce ressen­ti­ment que les forces dites « illibérales » ont prospéré. Léonard Benar­do relie ce phénomène à une erreur d’analyse partagée par Soros et une par­tie de la gauche : le nation­al­isme, reli­quat du XIXe siè­cle attaché au ter­ri­toire et à l’ethnie, devait s’effacer devant la moder­nité globalisée.

Jusqu’aux années 2000, per­son­ne n’envisageait sérieuse­ment son retour en force ni l’affaiblissement de l’Union européenne. Des ouvrages comme celui de Mark Leonard en 2003 (« Pourquoi l’Europe domin­era le XXIᵉ siè­cle ») reflé­taient l’optimisme ambiant : l’UE représen­tait l’idéal de société ouverte et ses principes allaient irradier le monde. Ignor­er les attache­ments iden­ti­taires, les his­toires nationales et les réal­ités vécues locale­ment a con­sti­tué une faute majeure.

Une poignée d’élites for­mées à l’étranger ne peut pas remod­el­er une société entière. Il faut au con­traire inclure un spec­tre beau­coup plus large d’acteurs autour des valeurs de jus­tice et de droits.

Face au para­doxe de Karl Pop­per – une société ouverte doit refuser l’intolérance pour sur­vivre –, Benar­do adopte une posi­tion nuancée. Il exclut de financer des dis­cours haineux ou irra­tionnels, mais défend le sou­tien à des voix con­ser­va­tri­ces ou post-libérales qui restent dans le cadre du débat rationnel et acceptent la cri­tique. OSF appuierait ain­si des pub­li­ca­tions hétéro­dox­es comme Com­pact Mag­a­zine, non par adhé­sion totale, mais parce que con­fron­ter des idées diver­gentes est indis­pens­able. Une appar­ente sincérité peut être sujette à caution…

Un rêve… qui ne fait plus vraiment rêver

Avec des dizaines de mil­lions d’électeurs sou­tenant des fig­ures comme Don­ald Trump, Marine Le Pen ou Geor­gia Mel­oni, ignor­er ces courants serait fatal. « L’autocratie, qu’elle prenne les traits d’Orbán, Pou­tine, Xi ou d’autres, ne dis­paraî­tra pas par affron­te­ment direct. Elle doit être con­tenue, ses dérives mod­érées par le dia­logue, la cri­tique publique et la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion ». Benar­do reste attaché aux idéaux des Lumières, mais recon­naît que les « bonnes idées » ne gag­nent pas automa­tique­ment. Elles se heur­tent en per­ma­nence à des visions concurrentes.

En con­clu­sion, cet entre­tien révèle un virage majeur chez OSF : aban­don des illu­sions uni­ver­sal­istes et tech­nocra­tiques, recon­nais­sance de leur échec d’implantation en Russie et en Hon­grie, appel à plus de mod­estie et de com­préhen­sion face aux résis­tances nationales et identitaires.

Le pro­jet de dis­so­lu­tion des nation­al­ismes forts, porté par des mil­liards, trou­ve aujourd’hui ses lim­ites. La « société ouverte » van­tée et pro­mue par des mil­liar­daires et appliquée par l’Union européenne et nos gou­verne­ments ne fait plus rêver. Les libéraux incar­nés par l’OSF vont donc être con­traints de dis­cuter avec ceux qui ne parta­gent pas leurs idées pour penser « l’après-libéralisme ».

Jean-Charles Souli­er

Cet article vous a plu ?

Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.