Accueil E Veille médias E Reporterre ou le média qui fait le tri sélectif… des opinions et exclut le RN

Reporterre ou le média qui fait le tri sélectif… des opinions et exclut le RN

30 mars 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Dans un arti­cle paru la veille du sec­ond tour des élec­tions munic­i­pales, le média écol­o­giste Reporterre relançait l’idée d’un « cor­don san­i­taire » médi­a­tique visant le Rassem­ble­ment nation­al. En s’appuyant sur l’exemple belge, cette propo­si­tion s’inscrit dans un débat ancien mais ren­du très improb­a­ble par la place cen­trale prise par le par­ti dans le paysage poli­tique français.

À l’occasion des munic­i­pales, Reporterre a remis en cir­cu­la­tion une idée régulière­ment évo­quée dans le débat pub­lic : lim­iter, voire refuser, l’accès du Rassem­ble­ment nation­al aux médias.

En citant le mod­èle belge, où un « cor­don san­i­taire » médi­a­tique existe depuis les années 1990, le média écol­o­giste sug­gère qu’une telle stratégie pour­rait con­tenir la pro­gres­sion élec­torale du par­ti. Une prise de posi­tion qui dépasse le sim­ple con­stat et pose, en creux, la ques­tion des principes du pluralisme.

Le retour d’un vieux débat : faut-il exclure un parti des médias ?

L’idée d’un « cor­don san­i­taire » n’est pas nou­velle. En Bel­gique fran­coph­o­ne, cer­tains médias audio­vi­suels refusent depuis les années 1990 d’inviter cer­tains par­tis sur leurs plateaux. Reporterre souligne que ce dis­posi­tif aurait con­tribué à lim­iter leur influence.

En France, la sit­u­a­tion est dif­férente. Aucun cadre légal ne per­met d’interdire à un par­ti d’accéder aux médias, et le principe du plu­ral­isme est encadré par l’Arcom. Toute­fois, des pra­tiques ponctuelles exis­tent : l’émission « Quo­ti­di­en » a ain­si assumé ne plus inviter de représen­tants du RN, tan­dis que cer­tains médias comme Medi­a­part priv­ilégient une cou­ver­ture cri­tique sans entre­tiens classiques.

Dans le pays, le traite­ment du RN est très générale­ment hos­tile mais le boy­cott total demeure donc marginal.

Au-delà des médias, des respon­s­ables poli­tiques ont égale­ment franchi le pas.

Le poli­to­logue Thomas Guénolé, passé par La France Insoumise mais aus­si par Touche pas à Mon poste chez Cyril Hanouna (sur la chaîne C8 du groupe Canal), a plaidé pour l’interdiction pure et sim­ple du RN, esti­mant que le droit le per­me­t­trait. De son côté, l’ancien avo­cat devenu min­istre devenu comé­di­en, Éric Dupond-Moret­ti, avait déjà évo­qué, en 2015, une telle hypothèse con­cer­nant le Front nation­al, tout en recon­nais­sant sa com­plex­ité juridique.

Une proposition qui interroge le cadre démocratique

La sug­ges­tion d’exclure un par­ti des médias soulève des ques­tions de fond. D’un côté, ses par­ti­sans invo­quent la respon­s­abil­ité des médias face à cer­taines idées jugées con­traires aux principes démoc­ra­tiques. De l’autre, ses opposants rap­pel­lent que le plu­ral­isme implique la représen­ta­tion de toutes les sen­si­bil­ités poli­tiques sig­ni­fica­tives. Le prob­lème ici est évi­dent, le RN arrive régulière­ment en tête des élec­tions, comme lors des dernières élec­tions européennes. L’interdire appa­raî­trait pour le moins invraisemblable.

En reprenant à son compte cette hypothèse, Reporterre ne se con­tente pas d’analyser une sit­u­a­tion étrangère : il par­ticipe à une nor­mal­i­sa­tion d’un débat sen­si­ble, où la fron­tière entre régu­la­tion médi­a­tique et restric­tion de l’expression poli­tique demeure par­ti­c­ulière­ment frag­ile. Reste que des propo­si­tions ana­logues pour­raient se mul­ti­pli­er à mesure que l’échéance élec­torale phare de 2027 s’approche et alors qu’à gauche, des mul­ti­mil­lion­naires impliqués dans la presse comme Matthieu Pigasse enten­dent s’investir poli­tique­ment.

Reporterre, un média militant financé par ses lecteurs

Fondé en 2007, Reporterre se présente comme « le quo­ti­di­en de l’écologie ». Le média revendique une ligne édi­to­ri­ale ancrée à gauche bien au-delà des seules ques­tions écologiques et n’hésitant pas à soutenir les mou­vances antifa ou le Col­lec­tif des Soulève­ments de la Terre. Il s’était fait remar­quer en relayant une fausse infor­ma­tion con­cer­nant un pré­ten­du décès lors de heurts entre man­i­fes­tants et policiers à la fac­ulté de Tol­bi­ac.

Sa par­tic­u­lar­ité réside dans son mode de finance­ment : selon ses pro­pres don­nées, il fonc­tionne à but non lucratif et tire env­i­ron 98 % de ses ressources des dons de ses lecteurs. Ce posi­tion­nement lui per­met de revendi­quer une indépen­dance vis-à-vis des annon­ceurs ou des grands groupes indus­triels… Ironie de l’histoire, Reporterre, qui entend cen­sur­er le RN, a décol­lé au début des années 2010, sous l’égide d’Hervé Kempf qui avait claqué la porte du Monde en dénonçant la « cen­sure » du quo­ti­di­en.

Adrien Cordier

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