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Rapport Alloncle : les craintes d’une non-publication grandissent

10 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Après qua­tre mois d’auditions ten­dues, la com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic entre dans sa phase la plus sen­si­ble : celle du rap­port. Charles Allon­cle affirme subir un « déchaîne­ment médi­a­tique » et red­oute une non-pub­li­ca­tion qui trans­formerait un débat de fond en nou­veau psy­chodrame politique.

La dernière audi­tion de Del­phine Ernotte, le 8 avril, a clos une séquence de 67 audi­tions et 234 pro­tag­o­nistes enten­dus. Le cal­en­dri­er est désor­mais con­nu : con­sul­ta­tion du rap­port entre le 22 et le 24 avril, puis vote décisif le 27 avril sur sa pub­li­ca­tion. En cas de rejet, le doc­u­ment ne serait pas pub­lié au nom de la com­mis­sion, hypothèse rare mais prévue par les règles par­lemen­taires. LCP rel­e­vait dès mars qu’il y avait « peut-être un risque » de non-publication.

Une sorte de Deep State ?

C’est dans « Les Grandes Gueules » sur RMC le 8 avril que Charles Allon­cle a don­né le ton de l’ultime ligne droite, dénonçant un « déchaîne­ment médi­a­tique » con­tre lui et ses travaux. Le député UDR sou­tient avoir mis au jour « un sys­tème de gabe­gies large­ment assumé », ain­si qu’un « sys­tème de castes et de priv­ilèges » dans l’audiovisuel pub­lic, notam­ment autour de France Télévi­sions et de ses rela­tions avec cer­taines sociétés de pro­duc­tion. Sa défense tient en un mot : trans­parence. Tou­jours sur RMC, le chroniqueur Antoine Diers abondait : « J’ai le sen­ti­ment que vous gênez une sorte d’État pro­fond, la gauche cul­turelle, des gens qui se sont arrogés beau­coup de con­trats, beau­coup d’ar­gent public ». 

C’est en effet dans un cli­mat de ten­sion que se sont déroulées les audi­tions, quelque­fois même entre le rap­por­teur Charles Allon­cle et le prési­dent Hori­zons Jérémie Patri­er-Lei­tus. Rémunéra­tions de cer­tains patrons ou ani­ma­teurs du ser­vice pub­lic, zones d’ombre entourant France Télévi­sions, Medi­awan ou encore cer­taines fig­ures très exposées du PAF, ges­tion de l’ARCOM : tout aura été cause de dis­cordes… mais aus­si de révélations.

Le procès en méthode, une partie de la presse en croisade contre le rapport

Bien sûr, la presse main­stream a vu dans cette com­mis­sion moins une enquête qu’une opéra­tion poli­tique. Le Huff­Post par­lait le 8 avril d’un « fias­co » et d’une com­mis­sion « poli­tisée à out­rance », esti­mant que Charles Allon­cle a décrédi­bil­isé ses pro­pres travaux par des provo­ca­tions répétées. Le prési­dent de la com­mis­sion, Jérémie Patri­er-Lei­tus, a dénon­cé le même jour sur RTL une « poli­tique spec­ta­cle » et un « cirque », signe d’un malaise qui sem­ble d’ailleurs être devenu la norme dans les mul­ti­ples com­mis­sions que con­nait la Cham­bre basse depuis plusieurs mois.

Reste que Charles Allon­cle a trou­vé un fort écho chez les insat­is­faits des médias publics, de sur­croît à l’heure où la bonne ges­tion des deniers publics est dev­enue un impératif. Bien avant sa pub­li­ca­tion, le rap­port est déjà devenu un objet de bataille plus que symbolique.

Dans l’émis­sion iMé­dia de TV Lib­ertés, le Prési­dent de l’as­so­ci­a­tion Polémia Jean-Yves Le Gal­lou rap­pelait ce 10 avril qu’un précé­dent existe : en 2011, le rap­port Péru­chot sur les syn­di­cats pas­sait à la trappe pour avoir vis­i­ble­ment gêné trop de monde.

Publier ou accréditer le soupçon

Pour les adver­saires de Charles Allon­cle, le dilemme est là. Si le rap­port est adop­té, ses adver­saires diront que la com­mis­sion aura offert une tri­bune à un procès de l’audiovisuel pub­lic. S’il est rejeté, les travaux de Charles Allon­cle seront étouf­fés, notam­ment ses révéla­tions embar­ras­santes, par exem­ple en matière de rémunéra­tion.

Enter­rer le texte reviendrait à con­firmer que le rap­port touche une zone sen­si­ble. Ce serait offrir à Charles Allon­cle une deux­ième vic­toire après avoir pu dévoil­er au grand jour plusieurs scan­dales de l’audiovisuel public.

Rodolphe Cha­la­mel

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