Après quatre mois d’auditions tendues, la commission d’enquête sur l’audiovisuel public entre dans sa phase la plus sensible : celle du rapport. Charles Alloncle affirme subir un « déchaînement médiatique » et redoute une non-publication qui transformerait un débat de fond en nouveau psychodrame politique.
La dernière audition de Delphine Ernotte, le 8 avril, a clos une séquence de 67 auditions et 234 protagonistes entendus. Le calendrier est désormais connu : consultation du rapport entre le 22 et le 24 avril, puis vote décisif le 27 avril sur sa publication. En cas de rejet, le document ne serait pas publié au nom de la commission, hypothèse rare mais prévue par les règles parlementaires. LCP relevait dès mars qu’il y avait « peut-être un risque » de non-publication.
Une sorte de Deep State ?
C’est dans « Les Grandes Gueules » sur RMC le 8 avril que Charles Alloncle a donné le ton de l’ultime ligne droite, dénonçant un « déchaînement médiatique » contre lui et ses travaux. Le député UDR soutient avoir mis au jour « un système de gabegies largement assumé », ainsi qu’un « système de castes et de privilèges » dans l’audiovisuel public, notamment autour de France Télévisions et de ses relations avec certaines sociétés de production. Sa défense tient en un mot : transparence. Toujours sur RMC, le chroniqueur Antoine Diers abondait : « J’ai le sentiment que vous gênez une sorte d’État profond, la gauche culturelle, des gens qui se sont arrogés beaucoup de contrats, beaucoup d’argent public ».
C’est en effet dans un climat de tension que se sont déroulées les auditions, quelquefois même entre le rapporteur Charles Alloncle et le président Horizons Jérémie Patrier-Leitus. Rémunérations de certains patrons ou animateurs du service public, zones d’ombre entourant France Télévisions, Mediawan ou encore certaines figures très exposées du PAF, gestion de l’ARCOM : tout aura été cause de discordes… mais aussi de révélations.
🚨 “Il y a un déchaînement médiatique contre moi et mes travaux” : dénonce @CHAlloncle, rapporteur de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public.#GGRMC pic.twitter.com/DEh7PoFyQS
— Les Grandes Gueules (@GG_RMC) April 8, 2026
Le procès en méthode, une partie de la presse en croisade contre le rapport
Bien sûr, la presse mainstream a vu dans cette commission moins une enquête qu’une opération politique. Le HuffPost parlait le 8 avril d’un « fiasco » et d’une commission « politisée à outrance », estimant que Charles Alloncle a décrédibilisé ses propres travaux par des provocations répétées. Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, a dénoncé le même jour sur RTL une « politique spectacle » et un « cirque », signe d’un malaise qui semble d’ailleurs être devenu la norme dans les multiples commissions que connait la Chambre basse depuis plusieurs mois.
Reste que Charles Alloncle a trouvé un fort écho chez les insatisfaits des médias publics, de surcroît à l’heure où la bonne gestion des deniers publics est devenue un impératif. Bien avant sa publication, le rapport est déjà devenu un objet de bataille plus que symbolique.
Dans l’émission iMédia de TV Libertés, le Président de l’association Polémia Jean-Yves Le Gallou rappelait ce 10 avril qu’un précédent existe : en 2011, le rapport Péruchot sur les syndicats passait à la trappe pour avoir visiblement gêné trop de monde.
La commission d’enquête parlementaire présidée par Charles Alloncle s’est achevée le 8 avril. Elle aura permis de mettre en avant les biais idéologique et financiers du service public. Ce rapport sera-t-il voté… ou enterré ?
I‑Média ▶️ https://t.co/VK1I7oxVHW pic.twitter.com/UjQaFrXFPX— Floriane Jeannin (@FlorianeJeannin) April 10, 2026
Publier ou accréditer le soupçon
Pour les adversaires de Charles Alloncle, le dilemme est là. Si le rapport est adopté, ses adversaires diront que la commission aura offert une tribune à un procès de l’audiovisuel public. S’il est rejeté, les travaux de Charles Alloncle seront étouffés, notamment ses révélations embarrassantes, par exemple en matière de rémunération.
Enterrer le texte reviendrait à confirmer que le rapport touche une zone sensible. Ce serait offrir à Charles Alloncle une deuxième victoire après avoir pu dévoiler au grand jour plusieurs scandales de l’audiovisuel public.
Rodolphe Chalamel

