Après deux semaines de suspension, la commission d’enquête « sur la neutralité, le fonctionnement et le financement de l’audiovisuel public » va enfin pouvoir reprendre. Mais désormais, il n’est plus question de laisser les mains libres au rapporteur Charles Alloncle, accusé par ses détracteurs de poser des questions trop à charge et de « dévoyer les travaux » de la commission. Le rapporteur sera désormais sous étroite surveillance de ses collègues.
Il n’aura fallu que deux heures trente ; deux heures trente d’une réunion extraordinaire pour trancher sur la suite à donner à l’explosive et très médiatique commission d’enquête sur l’audiovisuel public. Après les pressions de Yaël Braun-Pivet sur le député Charles Alloncle et deux semaines de suspension d’une commission d’enquête jugée – par ses détracteurs – comme « trop à charge » et « dévoyée », les travaux vont enfin pouvoir reprendre.
Mardi 6 janvier, lors de leur réunion, les membres du bureau de la commission d’enquête parlementaire sont en effet parvenus à s’arrêter sur une date pour la reprise des travaux : ce sera le 19 janvier, soit près d’un mois (!) après la suspension des convocations. Mais désormais, les règles du jeu ont changé.
Voir aussi : Neutralité de l’audiovisuel public : l’ARCOM auditionnée à l’Assemblée nationale
Charles Alloncle directement visé
Car les membres du bureau de la commission d’enquête parlementaire veulent « calmer le jeu » et « éviter les débordements » après les plaintes des uns et des autres (comprendre : les membres du service public – journalistes et patrons – accusés de gabegies et de propagande) face aux questions « musclées » et directes du député Charles Alloncle.
Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), l’a d’ailleurs dit clairement, les yeux rivés, sans trop se cacher, vers le rapporteur : il ne veut pas d’un « tribunal politique ». Alors pour ce faire, quatre « principes » ont été actés dans les sous-sols du palais Bourbon par le bureau extraordinaire de la commission.
Le premier :
« Pas de communication en temps réel sur les réseaux sociaux pendant les auditions. »
Sans le citer directement, le bureau cible là Charles Alloncle et ses équipes qui, depuis le début de la commission, diffusent en direct, notamment sur X, certains extraits de la commission.
« Jusqu’ici, ces tweets sur les auditions représentaient des centaines de millions de vues et permettaient aux Français de découvrir l’ampleur des gabegies »,
rappelle sur le réseau social l’Association de soutien aux lanceurs d’alerte (ASLA). Et d’ajouter :
« Les pouvoirs publics organisent un black-out pour protéger France Télévisions. »
🚨 Après les pressions de Yaël Braun-Pivet sur Charles Alloncle, les esquives répétées des auditionnés et les révélations massives sur le gaspillage d’argent public, on INTERDIT DÉSORMAIS LE LIVE TWEET DES AUDITIONS de la commission sur l’audiovisuel public suite à la réunion… pic.twitter.com/hlRmSObetm
— ASLA (@ASLA_asso) January 7, 2026
Une parole censurée dans les médias
Désormais, la moindre communication suspendra donc « aussitôt les séances ». « Il est clair que l’objectif est aujourd’hui de limiter le travail du rapporteur Charles Alloncle », note-t-on dans les colonnes du blog de Jeanmarcmorandini.
Dans la même idée, le président demande en outre « un engagement de discrétion, modération, sobriété des expressions du rapporteur, du président et des membres du bureau dans les médias en parallèle de la commission ».
« D’où un député peut-il dicter à un autre le contenu de son expression publique ? », s’est indignée Marguerite Stern dans un post très commenté et relayé sur X.
Charles Alloncle se fait donc rappeler à l’ordre par Jérémie Patrier-Leitus, président de la commission d’enquête sur l’audiovisuel public.
Il souhaite
- interdire les live tweets par l’équipe de Charles Alloncle ;
- lui imposer d’avoir une parole plus mesurée (hein ???) dans… pic.twitter.com/kqW4fUS18f— Marguerite Stern (@Margueritestern) January 7, 2026
En parallèle, le président Jérémie Patrier-Leitus a lui assuré dans les colonnes de Télérama que son rôle « n’est pas de censurer le rapporteur, les députés membres de la commission, ni d’exercer une police des pensées ou d’éviter les questions qui fâchent ».
Des questions que des millions de Français se posent
Les deux derniers principes actés par le bureau visent « non pas la forme, mais le fond ». Ordre est désormais passé de ne « pas travestir » ou « déformer » les propos des personnes auditionnées ». Charles Alloncle devra en outre « communiquer » au bureau de la commission « tous les documents qu’il évoque ou mentionne durant les auditions ». Une forme de contrôle pour restreindre autant que possible des questions gênantes pour les auditionnés.
Interrogé par l’AFP à la suite de ces nouvelles règles annoncées dans la presse, l’élu de l’Hérault s’est défendu : « Je tâche de poser des questions que des millions de Français se posent. » C’est peut-être ça le problème…
Lorelei Bancharel


