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M6 consacre un reportage à la fraude sociale, satisfecit, ma non troppo

23 janvier 2021 | Temps de lecture : 4 minutes

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En début d’année 2021, nous avons souligné que la fraude sociale était un sujet majeur en France mais pourtant largement passé sous silence dans les médias de grand chemin. M6 a consacré un reportage à la fraude sociale lors de l’émission Capital du 17 janvier. Une initiative louable que nous mentionnons par soucis d’équité mais qui n’échappe pourtant pas à certaines critiques.

Dénoncer la fraude sociale, un sujet glissant

Le mois de sep­tem­bre de l’année 2020 a été mar­qué par trois paru­tions impor­tantes sur la fraude sociale en France : un rap­port de la cour des comptes, le livre « Car­tel des fraudes » écrit par le mag­is­trat Charles Prats et un rap­port par­lemen­taire com­por­tant de nom­breuses pré­con­i­sa­tions en la matière.

En dépit de ces travaux, le sujet de la fraude sociale est peu traité dans les médias de grand chemin.

Pour­tant, après avoir mené une longue enquête sur le sujet, Charles Prats a estimé dans son essai que la fraude sociale avait en France une ampleur con­sid­érable, qui pour­rait avoisin­er 50 mil­liards d’euros par an. Quand il est inter­viewé par des jour­nal­istes, il se défend d’assimiler les béné­fi­ci­aires d’aides sociales aux fraudeurs et il juge cette asso­ci­a­tion insultante.

Rien n’y fait, la dénon­ci­a­tion de la fraude sociale appa­rait tou­jours pour une par­tie du clergé médi­a­tique comme une « chas­se aux pau­vres ». Autre accu­sa­tion courante : la sures­ti­ma­tion des sommes en jeu.

Pour ne citer qu’un exem­ple, le jour­nal­iste Dominique Seux n’a pas pu s’empêcher dans une chronique en sep­tem­bre 2019 sur France inter de min­imiser le phénomène de la fraude sociale. Il est vrai que par­ler de ce sujet est rel­a­tive­ment infamant. D’ailleurs « Marine Le Pen et Nico­las Dupont-Aig­nan s’emparent du sujet, repren­nent les chiffres, dénon­cent un scan­dale ». On est donc loin du cer­cle de la respectabil­ité et des sujets que l’on peut traiter entre gens de bonne compagnie.

Mal en a pris à Dominique Seux. Se bas­ant sur un com­mu­niqué du sénat, il affir­mait dans sa chronique que la perte finan­cière liée aux usurpa­tions d’identité et aux faux doc­u­ments serait min­ime, tout au plus 117 à 139 mil­lions d’euros. Un épiphénomène en somme…De récentes enquêtes accrédi­tent pour­tant le car­ac­tère mas­sif de la fraude sociale. Selon le rap­port de la cour des comptes paru en sep­tem­bre 2020, il y aurait un écart de 8,2 mil­lions d’assurés soci­aux entre le pop­u­la­tion française et le nom­bre de béné­fi­ci­aires de la sécu. Le mag­is­trat Charles Prats n’a pour­tant pas vu Dominique Seux faire amende hon­or­able et met­tre à jour sa posi­tion à ce sujet.

La fraude sociale, un sujet à part entière

Il faut donc saluer l’initiative de la chaine M6 de con­sacr­er un reportage à la fraude sociale lors de l’émission du dimanche 17 jan­vi­er, même si 2 autres sujets étaient au som­maire de l’émission Cap­i­tal sur le « grand gaspillage ».

Pre­mier éton­nement : l’ampleur du phénomène de la fraude sociale éval­ué par Charles Prats à près de 50 mil­liards d’euros aurait pu jus­ti­fi­er une émis­sion dédiée à part entière à ce sujet. Mais ne boudons pas notre plaisir dans le con­texte d’indifférence général­isé de nom­breux médias.

Deux­ième éton­nement : la brièveté du pas­sage de Charles Prats lors de l’émission.

Cela fait réa­gir sur Twit­ter Le loge­ment vous appauvrit 

Troisième éton­nement. C’est Charles Prats lui-même qui réag­it sur Twit­ter sur les coupures au mon­tage de ses inter­ven­tions lors du tour­nage de l’émission :

Qua­trième éton­nement : pas un mot n’est dit dans le reportage sur l’instauration de la carte vitale bio­métrique qui selon cer­tains spé­cial­istes per­me­t­trait de lut­ter effi­cace­ment con­tre une par­tie de la fraude sociale. Il est vrai que les députés LREM ont rejeté cette propo­si­tion récemment.

En résumé, un courageux choix édi­to­r­i­al de traiter ce sujet, sachant que Charles Prats fait depuis ses révéla­tions l’objet de men­aces. Mais un reportage trop court et un maniement un peu trop fréné­tique du ciseau au mon­tage, qui en lim­ite la portée….

Nous lais­serons la con­clu­sion à Fraude sociale sur Twit­ter, qui reprend les ter­mes employés par Cap­i­tal, le jour­nal cette fois :

« L’augmentation mas­sive des déficits avec la crise du #Covid19 va provo­quer des choix fis­caux douloureux. A moins d’accepter enfin de traiter la ques­tion des 50 mil­liards d’euros de fraudes aux presta­tions sociales…». Un vrai sujet de société… et de reportage à venir ?