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LesObservateurs.ch : renaissance d’un pionnier de la presse dissidente romande

3 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Fondé en 2012, le site suisse LesObservateurs.ch change de vis­age. Et avec lui réap­pa­raît une voix dev­enue rare dans un paysage médi­a­tique romand idéologique­ment très homogène.

Le site suisse Les Obser­va­teurs n’est pas un nou­veau venu. Lancé en 2012 par le soci­o­logue Uli Windisch, pro­fesseur hon­o­raire à l’U­ni­ver­sité de Genève, ce pure play­er a occupé pen­dant plus d’une décen­nie une posi­tion par­ti­c­ulière en Suisse romande : celle d’un média − le seul − con­tes­tant les réc­its dom­i­nants, à une époque où les alter­na­tives numériques étaient presque inex­is­tantes. Qua­torze ans plus tard, avec plusieurs mil­liers d’ar­ti­cles cou­vrant cette péri­ode, il ouvre un nou­veau chapitre de son histoire.

Cette posi­tion par­ti­c­ulière se com­prend au regard du paysage dans lequel elle s’in­scrit. La Suisse romande se dis­tingue par une homogénéité idéologique remar­quable − assez sim­i­laire à la Bel­gique − de ses médias : de la RTS aux grands titres de la presse écrite, un même pro­gres­sisme de bon aloi imprègne le choix des sujets, des invités et des angles, au point que le lecteur romand peine à trou­ver, dans les médias instal­lés, une lec­ture de l’ac­tu­al­ité qui s’é­carte du con­sen­sus. S’y ajoute l’in­flu­ence des médias français, mas­sive­ment con­som­més côté suisse, qui impor­tent leurs grilles de lec­ture et ne se privent plus de com­menter, voire de juger, la vie poli­tique helvé­tique, sa démoc­ra­tie directe et ses vota­tions. Dans ce con­texte, l’ex­is­tence d’un média qui pense la Suisse depuis la Suisse relève moins du luxe que de la nécessité.

Ces dernières années pour­tant, Les Obser­va­teurs s’é­tait essouf­flé. Les pro­duc­tions orig­i­nales se fai­saient plus rares et le site fonc­tion­nait prin­ci­pale­ment comme une revue de presse com­men­tée, relayant des arti­cles pub­liés ailleurs. Un tra­vail utile, mais qui repo­sait avant tout sur la pro­duc­tion d’autrui, et d’autres acteurs occu­paient déjà ce créneau avec plus de moyens.

La relance engagée aujour­d’hui repose sur un choix sim­ple : recom­mencer à pro­duire. Analy­ses de fond, grands entre­tiens, recen­sions, enquêtes sur le traite­ment médi­a­tique de l’in­for­ma­tion : Les Obser­va­teurs entend remet­tre le con­tenu orig­i­nal au cœur de son activ­ité. Une place impor­tante est accordée aux grands entre­tiens, per­me­t­tant de dévelop­per une pen­sée et un argu­men­taire loin des for­mats courts qui domi­nent aujour­d’hui l’e­space médi­a­tique. « Notre rôle n’est pas d’être les pre­miers à réa­gir, mais d’aider à com­pren­dre », selon Uli Windisch.

Sur le fond, la ligne demeure inchangée. Défense de la sou­veraineté nationale, regard cri­tique sur le poli­tique­ment cor­rect, oppo­si­tion à l’in­té­gra­tion européenne tou­jours plus poussée et à l’OTAN, atten­tion par­ti­c­ulière aux ques­tions migra­toires : Les Obser­va­teurs s’in­scrit dans une sen­si­bil­ité proche de celle de l’UDC, tout en con­ser­vant sa lib­erté de ton et son indépen­dance édi­to­ri­ale. Ses con­tribu­teurs en témoignent, par­mi lesquels l’an­cien con­seiller d’É­tat valaisan Oskar Freysinger ou l’an­cien con­seiller nation­al neuchâtelois Yvan Perrin.

Reste la ques­tion déci­sive : celle des moyens. Sans pub­lic­ité ni sub­ven­tions publiques, le site dépend exclu­sive­ment du sou­tien de ses lecteurs. Or pro­duire des enquêtes, des analy­ses et des entre­tiens demande davan­tage de temps et de ressources que l’a­gré­ga­tion de con­tenus. La réus­site de cette relance ne se mesur­era donc pas à l’am­bi­tion affichée aujour­d’hui, mais à la capac­ité du média à pub­li­er durable­ment un con­tenu orig­i­nal, réguli­er et exigeant. Après qua­torze années d’ex­is­tence et plusieurs années de ralen­tisse­ment, Les Obser­va­teurs ne joue pas seule­ment sa place dans le débat pub­lic romand : il rap­pelle qu’un tel débat sup­pose de la pluralité.

Yves Leje­une

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