Mark Zuckerberg parie que les lunettes « IA » deviendront l’interface dominante, au point de reléguer le smartphone au second plan. Meta pousse déjà des modèles grand public avec écran, pendant que Google, Apple et Snap préparent leurs ripostes. Une bascule potentielle pour la publicité… et pour la fabrique de l’info.
Du Metavers à l’IA
Meta a longtemps vendu le métavers comme horizon. En 2026, le récit se concentre sur l’IA et, surtout, sur l’objet qui doit la rendre « naturelle » : des lunettes connectées capables de voir, entendre et répondre. Dans la transcription officielle de l’appel aux investisseurs de 2025, Zuckerberg parle d’« accélération majeure de l’IA » et d’agents qui « commencent vraiment à marcher », avec l’ambition d’une « superintelligence personnelle » incarnée par des « wearables », c’est-à-dire des appareils électroniques qui, capables de stocker et de traiter des données, sont intégrés aux habits.
Meta : des lunettes « grand public » dopées à l’IA (et à l’écran)
Avec les Meta Ray-Ban Display, développées avec Essilor Luxottica, Meta propose un pack annoncé à partir de 799 dollars incluant un écran intégré (dans le verre) et un bracelet « Neural Band » pour piloter l’interface via des microgestes (électromyographie). Disponibles aux États-Unis depuis le 30 septembre 2025, ces lunettes doivent aussi s’étendre à d’autres marchés « début 2026 ».
Le positionnement est clair : imposer une « fenêtre » toujours portée, et donc une consommation numérique plus continue et plus monétisable. Si le smartphone vous semblait déjà intrusif, vous ne devriez pas être déçus par les binocles.
Une course industrielle : Google–Warby, Apple, Snap… et les autres
Meta n’est plus seul. Google et Warby Parker annoncent une gamme de lunettes « intelligentes » fondées sur Android XR, avec une première sortie prévue en 2026.
Apple viserait aussi une sortie de lunettes connectées d’ici la fin de l’année après un démarrage difficile du Vision Pro dont le coût de départ, supérieur à 3 500 euros, n’a pas aidé.
Et Snap vient de créer une filiale dédiée, « Specs », pour attirer des investisseurs et accélérer vers un lancement… Mais Meta a déjà pris de l’avance et dominerait déjà ce marché avec 70 % des parts en volume. Une domination idéale mais aussi un risque car si la greffe ne prend pas avec les clients, l’échec sera d’autant plus retentissant, mais là-dessus pas trop d’inquiétude, Mark Zuckerberg sait s’adapter et changer de direction au besoin comme il a pu le montrer avec le changement de patron à la Maison Blanche.
Médias : nouveaux formats, mais aussi nouveaux risques
Si les lunettes deviennent un « écran » principal, la bataille médiatique se déplacera naturellement avec une intensification de la production de formats courts en vision périphérique avec sous-titres instantanés, traduction en surimpression, notifications « dans le champ », captation mains libres pour le reportage… et, côté plateformes, publicité plus personnalisée car liée à l’environnement immédiat. Entre opportunité éditoriale (avec la contextualisation, l’interactivité) et risque de dépendance accrue aux écosystèmes publicitaires de Big Tech, cette évolution est à suivre de près même si rien n’indique avec certitude que les binocles connectés seront l’outil numérique de demain. Les lunettes du futur pourraient en tout cas devenir un nouveau terrain de jeu judiciaire alors que les GAFAM sont sans cesse au cœur d’affaires juridiques.
L’autre enjeu est politique et social : une interface qui « voit » en permanence, car si les lunettes numériques permettent de consulter des contenus, elles peuvent aussi servir de caméra humaine, et poser des questions de vie privée, d’acceptabilité dans l’espace public, et de traçage publicitaire.
Rodolphe Chalamel


