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Les cimes du Parnasse européen pour occuper ses fins de semaine

2 novembre 2020

Temps de lecture : 3 minutes
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Les cimes du Parnasse européen pour occuper ses fins de semaine

2 novembre 2020

Ce samedi 31 octobre 2020 de l’ère covid, tandis que sur Twitter, l’opposition politique revendique le droit aux librairies d’ouvrir leurs portes « car la nourriture spirituelle n’attend pas », intéressons-nous aux nouveaux mets délicats dont on peut se délecter. Que choisir ? Ne vous inquiétez pas, le Prix de littérature de l’Union européenne est là pour vous orienter.

Si on en croit cer­tains, un bon livre, c’est avant tout une bonne his­toire. Toute­fois, comme dis­ait Flaubert, c’est tarte à la crème, « Bovary, c’est moi » et Proust « on écrit tou­jours la même his­toire, la sienne ». Avant même de lire un livre, il faudrait donc savoir d’où par­le celui qui écrit. Voyons donc pour cer­tains des treize lauréats.

Textes en anglais

Cette année, la France n’y par­ticipe pas, quel mal­heur pour la langue de Baude­laire de n’être représen­tée que par la Bel­gique. De toute manière les textes sont tous traduits… en anglais !

Styl­is­tique­ment, on notera une assez large homogénéité. Amoureux des belles let­tres s’ab­stenir : une écri­t­ure très « admin­is­tra­tive », du non-style, phras­es cour­tes, par­fois sans con­necteurs logiques. On appréciera les cri­tiques qui par­lent de « sobriété » pour une faib­lesse lan­gag­ière, faisant penser à ces humoristes qui pra­tiquent un humour « inclusif » pour ne pas s’avouer « qu’ils ne font rire personne ».

Les sujets ne bril­lent pas spé­ciale­ment par leur traite­ment ou leur orig­i­nal­ité : les per­son­nages sont tou­jours des bour­geois dans une tra­jec­toire nom­briliste faisant face à un dilemme à mi-chemin entre un sous-Kaf­ka recy­clé et la méta­physique des flu­ides, bref comme dirait feu Jacques Chirac ça « encule des mouch­es. » Excusez, c’est le confinement.

Quelques perles

Nathalie Skowronek, par exem­ple, est belge, mem­bre du club Antonin Artaud (psy­ch­analyse) et pub­liée chez Gras­set. Out­re le lien à BHL – elle dis­pose d’une car­rière uni­ver­si­taire remar­quable dans dif­férents pays européens et provient d’un milieu priv­ilégié. Son roman A map of regrets par­le, à tra­vers un assas­si­nat des « sub­til­ités et tré­fonds du cœur humain à tra­vers le temps qui passe ».

Lana Bas­taši est née à Zagreb en 1986, ten­ante d’une maîtrise en anglais et études cul­turelles. Même type de milieu social que précédem­ment, à cela près que son dada n’est pas la psy­cholo­gie mais le fémin­isme. Elle est l’une des créa­tri­ces du pro­jet 3+3 sœurs qui vise à dévelop­per la vis­i­bil­ité d’au­teurs féminines balka­niques (dont elle). Son livre primé Catch the rab­bit est un roman d’ini­ti­a­tion sauce road-trip en Europe où la jeunesse dorée bosni­aque est désil­lu­sion­née par sa « décou­verte du monde » et trou­ve les raisons futures de son engage­ment mondialiste.

Une jeunesse, où le goût du para­doxe n’est pas sans intérêt puisque, chez ces auteurs ex-Yougoslavie tel Shpetim Sel­mani, une cri­tique du cap­i­tal­isme déshu­man­isant usuel se joint à des soucis de bour­geois con­som­ma­teurs. À voir si la « you­go-nos­tal­gie » sauce mon­di­al­isée vous intéresse.

Un gros morceau, c’est Asta Olivia Nor­den­hof, danoise. Mon­ey in your pock­et, c’est la doxa fémin­iste sauce Cof­fin : voici le réc­it d’un viol d’une fille qui était sor­tie pour aller trou­ver du monde afin de se saouler, un homme est trop pres­sant, elle dit oui, elle dit non, mais il ne veut rien savoir et, sans tran­si­tion, « his dick slid eas­i­ly into her ». À 14 ans vio­lée, à 19 ans rebe­lote. Les hommes sont des salauds et les femmes de pau­vres créa­tures. Me too too.

Enfin, Irene Sola est diplômée de l’u­ni­ver­sité de Barcelone et jouit d’une maîtrise en lit­téra­ture de l’u­ni­ver­sité du Sus­sex. Elle col­lec­tionne les prix inter­na­tionaux. Fait mar­quant, elle écrit en cata­lan, pour­tant elle est primée comme espag­nole. Quand on sait que les jurys du con­cours sont nationaux, on se demande si la poli­tique n’est pas plus présente qu’il n’y paraît dans ce con­cours lit­téraire dis-donc… Ras­surez-vous, le jury l’a choisie pour « la richesse et expres­siv­ité de son langage. »

En résumé, ce n’est pas parce qu’on reste chez soi coupé du monde qu’on n’a pas le droit à un peu de doxa. Les pon­cifs brux­el­lois sont ici à l’hon­neur : la libre cir­cu­la­tion des hommes hors-sol, citoyens du monde, l’é­mo­tiv­ité, le fémin­isme, un région­al­isme poli­tique­ment cor­rect, con­science mal­heureuse libérale-lib­er­taire, etc.

Si vous voulez creuser, vous savez où aller.

Sinon, il y a Saint-Simon, et Orwell vient de sor­tir à la Pléi­ade. Joyeux re-confinement !

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