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Lauren Southern, documentariste hérétique

27 novembre 2018

Temps de lecture : 4 minutes
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Lauren Southern, documentariste hérétique

Connaissez-vous Lauren Southern ? Le moins que l’on puisse dire, c’est que la documentariste canadienne n’est pas connue en France. Dommage, car son travail mérite qu’on s’y attarde. À condition de s’en tenir à ce qu’elle fait et pas à ce qu’en disent les médias de grand chemin mainstream.

Alors que Michael Moore, le réal­isa­teur améri­cain de doc­u­men­taires engagés, sem­ble en fin de car­rière, réduit à jouer le rôle de sup­port­er du camp démoc­rate (voir ses derniers doc­u­men­taires « Michael Moore in Trum­p­Land » et « Fahren­heit 11/9 »), c’est du Cana­da que les enquêtes orig­i­nales sem­blent désor­mais venir. Autant le dire tout de suite, le choix des sujets de Lau­ren South­ern ne cor­re­spond pas aux canons du poli­tique­ment cor­rect. Ses œuvres ont donc peu de chance d’être à l’affiche des ciné­mas du réseau Art et Essai, qui ont per­mis en son temps à Michael Moore de con­naitre une cer­taine pop­u­lar­ité en France. Tout comme Michael Moore, Lau­ren South­ern ne cache pas ses engage­ments poli­tiques, qui sont sou­vent à l’opposé de ceux du réal­isa­teur de « Bowl­ing for Colom­bine ». Ce qui nous intéresse ici est l’activité pro­fes­sion­nelle de la jeune cana­di­enne, âgée de 23 ans : un jour­nal­isme d’investigation et de conviction.

Autant le dire tout de suite, le choix des sujets de Lauren Southern ne correspond pas aux canons du politiquement correct.

Le pre­mier livre de Lau­ren South­ern  (non traduit en français) « Com­ment les baby­boomers, l’immigration et l’islam ont foutu en l’air ma généra­tion » a mis en avant des posi­tions à con­tre-courant du dis­cours main­stream, mais aus­si un art con­som­mé de la provo­ca­tion. Si vous ajoutez à cela la dis­tri­b­u­tion de fly­ers tout aus­si provo­ca­teurs, il n’en fal­lait pas plus pour qu’une grande par­tie des com­men­ta­teurs médi­a­tiques la classe à l’extrême, voire l’ultra-droite de l’échiquier poli­tique, ou la qual­i­fie de « supré­maciste » blanche. Au risque de pass­er à côté de ses travaux ultérieurs, qui présen­tent un intérêt cer­tain. Et bien qu’elle se défende de ces qual­i­fi­cat­ifs aus­si encom­brants que car­i­cat­u­raux. Sa qual­i­fi­ca­tion d’ « extrémiste » a ain­si amené cer­tains de ses opposants à l’accuser d’avoir à bord d’un bateau de l’action « Defend Europe » cher­ché à « tor­piller » un bateau d’une O.N.G. ayant à son bord des clan­des­tins (4e minute de la vidéo). Des accu­sa­tions dont L. South­ern attend tou­jours les preuves, en ajoutant qu’elle milite pour le respect des lois sur l’immigration, une immi­gra­tion qui selon elle ne peut être imposée par l’arrivée inces­sante de bateaux chargés de clandestins.

Farmlands : la « réconciliation » en question

Son pre­mier doc­u­men­taire, « Farm­lands », répond à la déf­i­ni­tion qu’elle se fait de son tra­vail : « cou­vrir les événe­ments que les médias main­stream refusent de cou­vrir ». Son enquête en Afrique du Sud sur le sort de blancs sud-africains va à rebours de l’image de tran­si­tion paci­fique et de « réc­on­cil­i­a­tion » entre com­mu­nautés telle qu’elle est présen­tée par les médias mainstream.

Lau­ren South­ern ne cache pas la part de vio­lence de l’histoire sud-africaine. Mais la tran­si­tion vécue par une par­tie de la pop­u­la­tion présen­tée par la doc­u­men­tariste ressem­ble à une ciguë que l’on ferait boire jusqu’à la lie aux blancs. Incendies d’écoles (23 en 2016), aug­men­ta­tion cri­tique du nom­bre de meurtres de blancs, chô­mage en rai­son de la dis­crim­i­na­tion pos­i­tive, expro­pri­a­tions sans indem­ni­sa­tion de fer­miers blancs, émi­gra­tion de mil­liers d’afrikaners, etc. La face cachée de la tran­si­tion en Afrique du Sud n’a pas déchainé les foules en France. Ce doc­u­men­taire, il est vrai non traduit et sans sous-titres, n’a été com­men­té que par quelques médias, notam­ment Breizh Info et la revue de presse Fdes­ouche.

Borderless : premier extrait, premières polémiques

South­ern tra­vaille en ce moment sur un nou­veau doc­u­men­taire con­sacré à la crise migra­toire que con­nais­sent les pays européens. Un pre­mier extrait de Bor­der­less (sans fron­tières) est devenu viral sur les réseaux soci­aux. Il con­cerne un reportage en micro et caméras cachés sur l’Ile de Les­bos en Grèce au sein d’une O.N.G., Advo­cates abroad, dont la mis­sion est de « don­ner une aide juridique et une assis­tance aux réfugiés».  Une organ­i­sa­tion qui aurait selon le site d’information Bre­it­bart con­seil­lé près de 15 000 deman­deurs d’asile depuis 2016.

On y voit et entend la Direc­trice de l’O.N.G. qui affirme au sujet des con­seils don­nés aux futur deman­deurs d’asile : « Il y a des car­ac­téris­tiques pro­pres aux migrants trau­ma­tisés, et on apprend à notre pub­lic à avoir ces car­ac­téris­tiques ». « Nous leur apprenons…comment faire en sorte de garder leurs trau­ma­tismes privés car tous ces agisse­ments sont un par­avent. Je leur dis que c’est du ciné­ma, c’est du théâtre. Pour pass­er à tra­vers cette épreuve, ils doivent jouer un rôle, c’est celui du réfugié trau­ma­tisé parce que les agents de l’EASO (les agents européens en charge de l’instruction des deman­des d’asile NDLR) sont stu­pides (« so fuck­ing stu­pid »), tout ce qu’ils savent est écrit noir sur blanc ».

Réagis­sant au buzz médi­a­tique que la révéla­tion de cette vidéo a causé, Advo­cates abroad répond dans un com­mu­niqué sur son site en affir­mant qu’il s’agit de « com­men­taires informels faits par notre Direc­trice et présen­tés totale­ment en dehors de leur con­texte pour nous dis­créditer aux yeux de l’opinion publique, des insti­tu­tions et des principes que nous ser­vons ».

Le plus éton­nant reste que l’O.N.G. ne réfute pas les pro­pos de sa Direc­trice. Comme d’habitude, peu de médias (à l’exception notable de Valeurs actuelles, RT France, Breizh Info, etc.) ont par­lé de cette vidéo qui va à con­tre-courant du catéchisme pro-migrants habituel. Cha­cun peut se faire son idée en la vision­nant et en lisant la réponse de l’O.N.G. En atten­dant la sor­tie de Bor­der­less… et sa ver­sion française.

Crédit pho­to : DR

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