Journalism Trust Initiative (JTI), la censure de RSF qui ne dit pas son nom

24 décembre 2025 | Temps de lecture : 3 minutes

Lors de sa tournée des quo­ti­di­ens de province sous le signe de la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion, le Prési­dent a relancé son idée de label­li­sa­tion des médias, une sorte de min­istère de la Vérité, une idée plus anci­enne de RSF sous le nom anodin de Jour­nal­ism Trust Ini­tia­tive. L’envers du miroir est moins innocent.

Relance d’une vieille idée

À Arras, devant des lecteurs de La Voix du Nord, le chef de l’État dis­ait vouloir « tout faire pour que soit mis en place un label » pro­fes­sion­nel pour les réseaux soci­aux et sites d’information, afin de sig­naler ceux qui seraient « dignes de con­fi­ance » et mieux lut­ter con­tre la dés­in­for­ma­tion. Il pro­po­sait de dis­tinguer les plate­formes com­mer­ciales des médias « d’information » et ren­voy­ait l’attribution du label à des « pro­fes­sion­nels », en citant explicite­ment comme référence la Jour­nal­ism Trust Ini­tia­tive (JTI) portée par Reporters sans fron­tières (RSF).

Les ten­ta­tives d’encadrer l’information n’ont pas man­qué sous les prési­dences Macron 1 et 2. Dés­in­fox Coro­n­avirus pen­dant la pandémie de 2020 n’a lais­sé que de mau­vais sou­venirs. La com­mis­sion Bron­ner « Les Lumières à l’heure du numérique » s’était pronon­cée pour la dif­fu­sion d’une liste pos­i­tive à l’intention des annon­ceurs. Un peu plus tard, Vig­inum était créé pour lut­ter con­tre les ingérences étrangères (russ­es unique­ment ; les ingérences améri­caines, elles, sont les bienvenues).

On se sou­vient aus­si du défunt Decodex du Monde qui don­nait des feux rouges (atten­tion dés­in­for­ma­tion !), oranges (dés­in­for­ma­tion pos­si­ble) ou verts (bonne infor­ma­tion) aux médias. Sur­prise Le Monde était en vert, l’OJIM en orange et Valeurs actuelles en rouge… Les États généraux de l’information, que nous avons longue­ment analysés, avaient exprimé leurs réserves devant ces initiatives.

Le JTI des commissaires politiques de RSF

Reporters sans fron­tières (RSF) s’est trans­for­mée depuis longtemps en police des médias, aban­don­nant sa voca­tion pre­mière. C’est RSF qui a lancé le Jour­nal­ism Trust Ini­tia­tive en 2018. À tra­vers 130 critères, les médias volon­taires sont priés de s’auto-évaluer puis de soumet­tre les résul­tats à un cab­i­net indépen­dant label­lisé par RSF. Cette analyse est payante et seule­ment 17 médias auraient obtenu la fameuse éti­quette. L’étiquette en ques­tion per­me­t­trait d’obtenir trois choses belles et bonnes :

  • une meilleure dis­po­si­tion des algo­rithmes pour dif­fuser ses messages.
  • une bien­veil­lance mar­quée pour les sub­ven­tions publiques.
  • une meilleure expo­si­tion pub­lic­i­taire pour les annonceurs.

Pour les autres ? C’est très sim­ple, les algo­rithmes les invis­i­bilisent, les sub­ven­tions publiques sont sup­primées et le boy­cott des annon­ceurs suiv­ra. La mort lente et presque dis­crète des médias non autorisés. Bien­v­enue au Miniv­er, le min­istère de la Vérité rêvé par Orwell et dont la con­struc­tion est reprise par le cou­ple poli­tique RSF/Macron. Bon Noël quand même !

Claude Lenor­mand