La première chaîne commerciale britannique, ITV, a confirmé des pourparlers préliminaires avec Sky, filiale de Comcast, pour céder son pôle « Media & Entertainment » (chaînes en clair et plateforme ITVX), dans une opération envisagée autour de 1,6 milliard de livres. Les activités de production d’ITV Studios resteraient chez ITV. L’enjeu principal est d’affronter la concurrence des plateformes de streaming.
2 milliards d’euros sur la table
ITV, acteur central de l’audiovisuel britannique, explore la possibilité de vendre ses activités de diffusion à Sky. L’accord, s’il aboutissait, exclurait ITV Studios (producteur de « Coronation Street » et « Love Island ») et viserait à gagner en échelle face à Netflix, Amazon et Disney. Le titre ITV a bondi à l’annonce, mais l’issue reste incertaine, l’opération n’étant qu’au stade des discussions. La valorisation évoquée pour « Media & Entertainment » est d’environ 1,6 milliard de livres (≈ 2,0 milliards d’euros).
Qui fait quoi au Royaume-Uni ? État des lieux
Le paysage britannique repose sur : la BBC (service public financé par la redevance), des chaînes commerciales de service public dont ITV (gratuites et régulées), et la télévision payante dominée par Sky (sport, cinéma, séries), propriété de l’Américain Comcast depuis 2018. Sky est l’opérateur pay-TV de référence en Europe, notamment grâce aux droits de Premier League.
ITV combine diffusion (chaînes gratuites et ITVX) et production mondiale via ITV Studios. Une cession du pôle « Media & Entertainment » réduirait la dépendance aux revenus publicitaires cycliques et recentrerait ITV sur un modèle « pure player » de studios.
Pourquoi maintenant ? La ruée vers le streaming
Le marché publicitaire britannique se déplace vers le numérique : Google et Meta captent plus de la moitié des dépenses publicitaires. YouTube est désormais le deuxième service vidéo le plus regardé au Royaume-Uni, derrière la BBC et devant ITV. Dans ce contexte, la diffusion gratuite d’ITV souffre, même si ITVX progresse (plus de 16 millions d’utilisateurs mensuels au 1ᵉʳ semestre 2025). D’où l’intérêt de l’adossement à Sky pour gagner en échelle dans la distribution et le streaming.
Côté régulation, Ofcom examinerait de près l’effet combiné ITV (gratuit) + Sky (pay-TV) sur la publicité et la concurrence. Des analystes mettent en garde sur le risque d’examen approfondi, compte tenu du
poids agrégé sur le marché publicitaire et de la dimension transatlantique (Sky contrôlé par Comcast).
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Trois scénarios possibles
En cas d’accord conclu : Sky reprend la diffusion (chaînes + ITVX) sous engagements éventuels (publicité, accès des tiers, pluralisme) et ITV devient un groupe de production « pure play ».
En cas d’échec des négociations : ITV conserve son modèle intégré diffusion/production tout en poursuivant l’optimisation d’ITVX.
Un accord partiel ou alternatif n’est pas à écarter avec une reconfiguration d’actifs et d’autres mouvements possibles dans les studios britanniques.
L’opération, encore préliminaire, illustre l’accélération vers le numérique. Si elle aboutit, elle posera des questions concurrentielles inédites entre gratuit et payant et rebattra les cartes entre producteurs, diffuseurs et plateformes au Royaume-Uni.
Rodolphe Chalamel


