Accueil E Veille médias E Hongrie : à peine élu, Péter Magyar s’attaque aux médias « pro-Orbán »

Hongrie : à peine élu, Péter Magyar s’attaque aux médias « pro-Orbán »

20 avril 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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Péter Mag­yar a mis fin à 16 ans de pou­voir de Vik­tor Orbán. S’il a promis de rétablir l’indépendance des médias publics, il ambi­tionne aus­si de met­tre fin à l’« Orban­istan ». Au risque d’ouvrir la voie à des purges dans les rédactions.

Il y a de la revanche et du règle­ment de comptes dans l’air du côté des médias hon­grois. En effet, à peine élu, sous les applaud­isse­ments de l’Union européenne et de l’ensemble des gros médias français alors que son pro­gramme le ferait cat­a­loguer à « l’extrême droite » sous nos lat­i­tudes, Péter Mag­yar s’est engagé avec une grande fer­meté, pour ne pas dire une grande vir­u­lence, à « défaire le sys­tème médi­a­tique Orbán » et à « rétablir l’indépendance des médias publics ».

Un entretien à couteaux tirés

Les hos­til­ités ont été ouvertes, le 15 avril, sur la chaîne publique M1 où le futur pre­mier min­istre s’est mon­tré très offen­sif et vin­di­catif vis-à-vis des jour­nal­istes « inféodés à Vik­tor Orbán ». Ini­tiale­ment venu pour présen­ter son pro­gramme et la mise en place de celui-ci, Péter Mag­yar en a surtout prof­ité pour sol­der ses comptes et l’émission a rapi­de­ment tourné à l’affrontement, les échanges se révélant par­ti­c­ulière­ment tendus.

« Vous m’avez insulté matin, midi et soir, ain­si que ma famille et mes proches », a déclaré le vain­queur des élec­tions à Bea­ta Csete, la jour­nal­iste en charge de l’entrevue. Il a égale­ment affir­mé qu’on ne l’avait pas invité pen­dant un an et demi, ce que con­teste la jour­nal­iste (plusieurs invi­ta­tions par e‑mail seraient restées sans réponse), et a directe­ment ciblé les dirigeants de la chaîne, Atti­la Varh­e­gyi et Daniel Papp, qual­i­fiés de « fal­sifi­ca­teurs d’informations ».

Très remon­té, Péter Mag­yar a réaf­fir­mé sa volon­té de « cass­er le sys­tème de pro­pa­gande Orbán ». Pour attein­dre cet objec­tif, il annonce, dès sa prise de fonc­tion offi­cielle (atten­due entre le 5 et le 9 mai), la sus­pen­sion des médias publics et leur « refon­da­tion sur des bases éthiques et d’indépendance vis-à-vis des décideurs poli­tiques ». De tous les décideurs poli­tiques ou seule­ment de ceux qui lui sont opposés ? L’avenir le dira.

Un interventionnisme qui inquiète

La « réforme » annon­cée des médias publics sus­cite néan­moins cer­taines inter­ro­ga­tions et divers­es inquié­tudes jusque dans les milieux les plus favor­ables à la nou­velle majorité. Ain­si, Pavol Sza­lai, directeur du bureau de Prague de Reporters sans fron­tières (RSF), met-il en garde :

« Nous com­prenons le besoin du nou­veau gou­verne­ment d’a­gir rapi­de­ment pour rétablir l’indépen­dance des médias publics. Toute­fois, pour être durables, les solu­tions employées doivent s’in­scrire dans le droit européen et s’écrire en con­cer­ta­tion avec les acteurs médi­a­tiques hon­grois ».

La crainte de pass­er sim­ple­ment d’une « pro­pa­gande » à une autre transparaît claire­ment dans ces propos.

D’ailleurs, même à Brux­elles, dont Mag­yar est pour­tant le cham­pi­on, on compte bien suiv­re cette « réforme » avec atten­tion et on appelle le nou­veau maître du pays à la « pru­dence » pour ne pas réitér­er « l’exemple polon­ais ». En effet, arrivée au pou­voir après huit ans de règne du par­ti con­ser­va­teur Droit et Jus­tice, la coali­tion menée par le Pre­mier min­istre Don­ald Tusk (le « mod­èle » revendiqué de Péter Mag­yar) avait mis totale­ment en liq­ui­da­tion l’au­dio­vi­suel pub­lic polon­ais, mais sans aboutir à un nou­veau sys­tème effi­cient garan­tis­sant une quel­conque indépen­dance des médias nationaux. L’opération se réduisant au final à une série de purges et d’épuration des jour­nal­istes hos­tiles au nou­veau gouvernement.

Une importante marge de manœuvre

Dans le cadre lég­is­latif actuel, l’interruption du ser­vice pub­lic de l’information n’est pas légale, mais Péter Mag­yar dis­pose, avec sa majorité con­sti­tu­tion­nelle des deux tiers au Par­lement, d’une très grande marge de manœu­vre et, grisé par sa large vic­toire, il n’entend pas per­dre de temps et se mon­tre par­ti­c­ulière­ment offensif.

Ain­si, il compte égale­ment s’attaquer aux médias privés qui soute­naient Vik­tor Orbán et notam­ment au géant Kesma, con­trôlé par des asso­ciés du Fidesz, qui rassem­ble près de 500 médias (des tabloïds aux radios nationales en pas­sant par la presse locale) et que Péter Mag­yar a promis de démanteler.

Il a égale­ment annon­cé une réforme de la pub­lic­ité d’État qui soute­nait les rédac­tions qui étaient, selon lui, « alignées avec le pou­voir ». Revan­chard, il s’est même réjoui de la future « dis­pari­tion pure et sim­ple » de cer­tains médias qui vivaient jusque-là grâce à ces aides étatiques.

Le nou­v­el homme fort du pays appelle à un retour en force des « médias indépen­dants » mais on peut légitime­ment s’interroger sur le sens de ce terme et sur ce qu’il recou­vre, d’autant plus que les exem­ples qu’il cite sont tous des médias qui l’ont soutenu durant la cam­pagne et attaqué Vik­tor Orban et son bilan. Curieuse con­cep­tion de « l’indépendance ».

Xavier Eman

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