Accueil E Veille médias E Hamza « La Douane » : quand la petite délinquance devient téléréalité

Hamza « La Douane » : quand la petite délinquance devient téléréalité

3 juillet 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

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À 14 ans, un pis­to­let à eau, un faux péage et quelques vidéos ont suf­fi à trans­former Hamza en phénomène médi­a­tique. Entre réc­it sécu­ri­taire et défense lyrique de « l’enfance », la presse française tient son feuil­leton esti­val, quitte à faire du canal Saint-Mar­tin le cen­tre pro­vi­soire du monde.

La « mas­cotte con­tro­ver­sée » du canal, selon Le Parisien le 30 juin, qui n’a pas été le seul média à flair­er une vedette. Alors que le pays s’écharpe sur l’insécurité ou l’autoritarisme, que l’on soit plutôt de droite ou de gauche, Hamza, 14 ans, est devenu en quelques jours le cen­tre de l’attention numérique et médiatique.

« J’arrose et je pars en courant », résume-t-il. Surnom­mé « La Douane », l’adolescent bien en chair asperge les pas­sants, réclame deux euros aux cyclistes et ali­mente sa série Snapchat. Placé en garde à vue le 27 juin dernier pour des faits de vio­lences en réu­nion et de dégra­da­tions, le voici qui a de nou­veau été inter­pel­lé ce 2 juil­let pour vol de télé­phone aggravé et out­rage aux policiers. Il est vrai, il avait échap­pé à ces derniers la semaine passée en sautant dans le canal Saint-Martin.

Du pistolet à eau au symbole national

CNews dénonçait le 29 juin un ado­les­cent qui « sème la ter­reur », puis lui tend le micro. Hamza sai­sis­sait la perche : « Je suis une star. » Le Figaro, sous la plume d’Alexandre Devec­chio, voy­ait en lui « le vis­age d’une délin­quance ordi­naire qui pour­rit la vie des Français », l’auteur diag­nos­ti­quant une « crise sys­témique de l’autorité ». Le tout dans la pres­tigieuse rubrique « La Bataille des idées » du quotidien.

https://x.com/CNEWS/status/2071548261152805071?s=20

Boule­vard Voltaire a de son côté élar­gi encore le cadre (dans un papi­er d’opinion d’Arnaud Flo­rac) : de Leonar­da à Hamza, « la République est nue ». À ce rythme, le pis­to­let à eau pour­rait bien­tôt faire l’objet d’une com­mis­sion d’enquête.

Si le sym­bole d’un petit garçon obèse faisant sa loi dans un quarti­er de bobos peut agac­er ou prêter à sourire, l’emballement n’en est pas moins un symp­tôme de la cul­ture de l’immédiateté et du « buzz » dont prof­ite large­ment le jeune contrevenant.

RTL évoque une fig­ure « incon­tourn­able et polémique », BFMTV recueille sa ver­sion après avoir envoyé un cor­re­spon­dant sur place, RMC organ­ise le débat atten­du : « sim­ple petit trublion ou vraie graine de voy­ou ? » Chaque média trans­forme ain­si des inci­vil­ités ou des actes de délin­quance en télé-réal­ité nationale.

À chacun son Hamza

À gauche, le réc­it s’inverse sans quit­ter le chapiteau. Libéra­tion demande de ne pas faire du garçon un « ani­mal de foire » et dénonce les « bouf­fées racistes de l’extrême droite ». Le Bondy Blog affirme que « les médias d’extrême droite ont trou­vé leur nou­v­el enne­mi pub­lic : un enfant de 14 ans » et invoque le « droit à l’enfance », omet­tant d’évoquer les dél­its dont le jeune homme a pu se ren­dre coupable… Le Média par­le d’une « nou­velle cible de l’extrême droite » dans une logique d’inversion accusatoire éculée.

Ces plaidoy­ers repla­cent pour­tant Hamza sous les pro­jecteurs. Les per­son­nes poussées dans le canal, les com­merçants excédés et les provo­ca­tions filmées passent au sec­ond plan. Les uns fab­riquent un sym­bole du désor­dre, les autres, une icône de l’enfance « pop­u­laire » persécutée.

Con­nu des ser­vices de police avant sa médi­ati­sa­tion, il cumule une dizaine d’interpellations ces douze derniers mois pour des faits de déten­tion de stupé­fi­ants, out­rages et violences.

La planète attendra

À l’heure où ces lignes sont écrites, nos recherch­es ne font appa­raître aucun arti­cle du Monde con­sacré à l’affaire. Le quo­ti­di­en du soir sem­ble donc avoir choisi une troisième voie : le silence. Sou­vent syn­onyme de cen­sure par omis­sion, il n’est peut-être pas le moins raisonnable. L’affaire dit quelque chose des réseaux soci­aux, de l’autorité et de la fas­ci­na­tion pour les per­son­nages viraux. Sa place dans la hiérar­chie de l’information laisse néan­moins songeur.

En quelques jours, l’Ukraine, Gaza ou le détroit d’Ormuz parais­sent par­fois céder le pas­sage à la ménagerie du canal Saint-Mar­tin. Cer­tains s’en sont d’ailleurs fait l’écho sur les réseaux soci­aux, à l’image du compte « Olivi­er Var­lan » sur X qui iro­nise : « URGENT : après le détroit d’Ormuz, Don­ald Trump annonce qu’il va rou­vrir le canal Saint-Mar­tin, blo­qué par Hamza La Douane. »

Olivi­er Frèrejacques

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