En retenant la circonstance aggravante de racisme dans le dossier du meurtre de Thomas Perotto, les juges d’instruction infligent un sévère démenti à ceux qui avaient relégué l’hypothèse antiblanc au rang de fantasme politique. Retour sur un déni médiatique longtemps érigé en vérité.
Près de trois ans après le bal de Crépol, la prudence change de camp. Dans un nouvel avis de fin d’information, les magistrats instructeurs ont retenu le 23 juillet la circonstance aggravante de racisme à l’encontre des quatorze mis en examen, sur la foi d’une dizaine de témoignages relatant des propos hostiles aux Blancs, dont « on est là pour planter des Blancs ». Le procès devra établir les responsabilités, mais l’hypothèse si souvent disqualifiée appartient désormais pleinement au débat judiciaire.
Dès novembre 2023, le procureur de Valence avait pourtant indiqué que neuf témoins ou victimes, parmi 104 personnes entendues, rapportaient des propos visant les « Blancs du village ». Rien n’autorisait donc à transformer la nécessaire réserve judiciaire en négation doctrinale.
Patrick Cohen incarna ce glissement. Sur France 5, il reconnaissait que « des insultes racistes ont bien été entendues par neuf témoins », tout en assurant que « rien ne prouve qu’ils étaient venus casser du Blanc ».
Crépol, les mis en examen dans l’assassinat de Thomas sont dorénavant poursuivis avec la circonstance aggravante de racisme : Patrick Cohen doit s’excuser pour ses mensonges et ses fausses interprétations partisanes ! pic.twitter.com/yTAwbQNk9d
— Gilbert Collard (@GilbertCollard) July 23, 2026
Auditionné ultérieurement à l’Assemblée nationale, le journaliste a admis qu’il aurait dû s’exprimer avec davantage de prudence, tout en affirmant n’avoir « pas une seule phrase à retirer ».
CNews a été mis en demeure
Reste qu’il a été rappelé à l’ordre par l’Arcom, saisie notamment par la députée RN Laure Lavalette. Le gendarme a rendu sa décision le 16 avril 2024, jugeant que certains propos, « dénués de précautions oratoires et énoncés sur un mode déclaratif », ne satisfaisaient pas aux exigences de mesure, de rigueur et d’honnêteté prévues par l’article 35 du cahier des charges de France Télévisions. L’autorité a toutefois estimé qu’il s’agissait d’un éditorial « épousant un parti pris engagé et assumé », bénéficiant d’une liberté d’expression accrue, tout en demandant à France 5 de faire preuve d’une « vigilance accrue » à l’avenir sur des sujets sensibles.
CNews a aussi été mis en demeure à la suite d’une saisine de Reporters sans frontières, l’Arcom jugeant en février dernier son traitement du drame de Crépol « univoque », les intervenants ayant « systématiquement soutenu de manière péremptoire qu’il s’agirait d’un meurtre raciste [anti-blanc] ». À voir si le gendarme reverra sa copie.
Du doute légitime au déni doctrinal
La politique s’était également chargée de fermer le dossier avant les juges. Sur BFMTV en novembre 2023, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI à l’Assemblée, affirmait que le racisme antiblanc était « une invention de l’extrême droite ». Interrogée directement sur Crépol par Sud Radio quelques semaines plus tard, Sabrina Agresti-Roubache, alors secrétaire d’État, préférait cette explication : « Ce n’est pas leur origine ethnique, c’est leur bêtise. »
Le refrain a survécu au drame. Sandrine Rousseau, députée écologiste proche des Insoumis, corrigeait par exemple le 26 mars 2025 sur Bluesky le communiste Fabien Roussel : « Non, le racisme anti-blanc n’existe pas. » Ce dernier avait eu le malheur d’admettre la veille sur CNews l’existence du racisme antiblanc. « Le racisme est issu d’un ordre social institutionnalisé, historique, et qui s’incarne dans tous les aspects de la vie : logement, travail, études… C’est indigne de dire l’inverse parce que ça décrédibilise toutes les luttes antiracistes, avait poursuivi Sandrine Rousseau.
Le service public et ses certitudes
La promotion du livre-enquête Une nuit en France, signé Jean-Michel Décugis, Marc Leplongeon et Pauline Guéna (éd. Grasset, 2025), avait prolongé ce cadrage. Sur France Inter, Décugis suggérait qu’un « prisme idéologique » avait peut-être conduit les gendarmes à isoler les témoignages, avant de trancher : « Ça ne correspond pas à la réalité du dossier. » Dans C à vous, il estimait encore que des insultes antiblanches ne prouvaient pas une volonté de « tuer du Blanc ».
Marc Leplongeon qualifiait, le 18 mars 2025 sur France 5, le racisme antiblanc de « concept d’extrême droite » qui « n’existe pas juridiquement ». Anne-Élisabeth Lemoine concluait que « rien n’accréditait la thèse du crime raciste prémédité ».
🚨Les journalistes Leplongeon et Décugis, auteurs du livre minimisant le drame de Crépol, ont MENTI en affirmant que “devant les tribunaux, le racisme anti-Blanc n’existe pas”.
➡️En 2014, pour la première fois, un homme a été condamné pour racisme anti-Blanc.
➡️En 2016, la Cour… pic.twitter.com/JOZaCQHTLL
— Observatoire du journalisme (Ojim) (@ojim_france) March 28, 2025
La décision des juges ne vaut pas verdict et n’établit pas davantage la préméditation. Elle révèle néanmoins la témérité de ceux qui confondaient prudence avec dénégation. À Crépol, les mêmes qui reprochaient à leurs adversaires de devancer la justice avaient, avec une assurance supérieure encore, décidé ce qu’elle ne pourrait jamais reconnaître.
Olivier Frèrejacques
L’Ojim avait réalisé une contre-enquête sur l’affaire : « Crépol : le démenti judiciaire aux négateurs du racisme antiblanc ».

