La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public envisage une nouvelle audition de Vincent Bolloré. Après Xavier Niel (qui ne s’est pas présenté) et Matthieu Pigasse, le patron de Vivendi pourrait une fois encore être appelé au Palais-Bourbon, dans un climat politique et médiatique de plus en plus tendu.
La perspective d’une nouvelle audition de Vincent Bolloré par la commission d’enquête sur l’audiovisuel public illustre une tendance désormais bien installée à l’Assemblée nationale : celle d’une multiplication d’auditions spectaculaires de grandes figures médiatiques et économiques. Officiellement, il s’agit d’exercer un contrôle parlementaire. Officieusement, on peut y voir une forme de mise en scène politique permanente.
Le président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus (Horizons), avait annoncé vouloir convoquer l’actionnaire de référence de Vivendi « par parallélisme » avec les auditions déjà programmées de Xavier Niel et Matthieu Pigasse, tous deux également liés à de puissants groupes médiatiques. Pourtant, plusieurs semaines après cette annonce, aucune date précise n’a encore été fixée.
Une commission sous tension permanente
L’ambiance autour de la commission audiovisuelle s’est progressivement crispée. Échanges houleux entre députés, déclarations publiques musclées et affrontements idéologiques rythment désormais les travaux parlementaires.
Dans ce contexte, Vincent Bolloré apparaît comme une cible politique récurrente. Déjà auditionné en 2024 lors du renouvellement de la fréquence TNT de C8, l’homme d’affaires est régulièrement présenté comme l’incarnation d’une prétendue « droitisation » du paysage médiatique français.
Les Insoumis et leurs alliés socialistes, écologistes et communistes visent ainsi régulièrement l’écosystème Canal+, CNews ou le Journal du Dimanche. Une rhétorique qui contribue à transformer les auditions parlementaires en arènes idéologiques davantage qu’en lieux d’évaluation sereine.
Auditions à répétition : contrôle démocratique ou théâtre politique ?
Sur le principe, le contrôle parlementaire des acteurs médiatiques n’a rien d’anormal. Mais la multiplication des convocations interroge sur les priorités législatives.
Depuis plusieurs mois, les commissions d’enquête auditionnent successivement industriels, actionnaires, journalistes ou dirigeants de groupes audiovisuels, de droite comme de gauche.
Cette inflation d’auditions donne le sentiment d’un Parlement davantage occupé à commenter le fonctionnement des médias qu’à contrôler l’action du gouvernement ou à produire la loi.
Le cas Bolloré cristallise ce paradoxe. Officiellement convoqué en tant qu’actionnaire, il pourrait être interrogé sur des choix éditoriaux relevant pourtant d’entreprises privées.
Une confusion croissante entre responsabilité politique et indépendance économique qui soulève une question institutionnelle : jusqu’où le Parlement doit-il intervenir dans la vie des médias ?
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Le symptôme d’une guerre culturelle médiatique
Au-delà du cas individuel, ces auditions traduisent un affrontement plus large autour de l’influence culturelle et idéologique des médias qui agite la France. L’essor de chaînes d’opinion, l’émergence de nouvelles lignes éditoriales à droite et la fragmentation du paysage audiovisuel alimentent une tension permanente entre responsables politiques et acteurs médiatiques.
En convoquant régulièrement certaines figures identifiées politiquement, les commissions parlementaires prennent le risque d’apparaître moins comme des organes de contrôle que comme des instruments d’équilibrage idéologique.
Reste une interrogation centrale : le rôle du Parlement est-il d’arbitrer les orientations éditoriales du pays, ou de légiférer et de contrôler l’exécutif ? À force d’auditions successives, la frontière entre vigilance démocratique et mise en scène politique semble, elle aussi, de plus en plus fragile.
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Rodolphe Chalamel

