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Affaire Obono contre Valeurs actuelles : dernière audience avant jugement

2 juillet 2021

Temps de lecture : 3 minutes
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Affaire Obono contre Valeurs actuelles : dernière audience avant jugement

2 juillet 2021

La pseudo affaire Obono-Valeurs actuelles, née d’une politique fiction publiée par l’hebdomadaire à la fin de l’été 2020, poursuit son chemin. L’heure est maintenant aux tribunaux.

Alors que sort en librairie la sec­onde édi­tion de la brochure de Bertrand Del­cas­sis con­sacrée aux décolo­ni­aux, à la repen­tance, aux indigénistes et à l’affaire Obono-Valeurs actuelles, une brochure éditée sous l’égide de l’Ojim et de La Nou­velle Librairie, les pro­tag­o­nistes de l’affaire étaient appelés devant les tri­bunaux. Pour les médias qui ont évo­qué ce temps des tri­bunaux, la ques­tion de la pré­somp­tion d’innocence ne se pose pas. À leurs yeux, Valeurs actuelles est coupable par nature. Une cul­pa­bil­ité qui sera recon­nue ou infir­mée lors du juge­ment en délibéré le 29 septembre.

Le Monde se penche sur la question

Le 24 juin 2021, Le Monde con­sacre un long arti­cle à cette affaire, sous la plume de Samuel Lau­rent. Le titre et l’accroche : « Accusée de « racisme », la « poli­tique-fic­tion » de « Valeurs actuelles » sur Danièle Obono en procès à Paris.
Trois respon­s­ables de lheb­do­madaire con­ser­va­teur ont dû sexpli­quer mer­cre­di devant la 17e cham­bre du tri­bunal cor­rec­tion­nel, après la pub­li­ca­tion en août 2020 dun réc­it très cri­tiqué met­tant en scène la députée La France insoumise en esclave. »

Out­re un rap­pel suc­cinct et ori­en­té des faits, il en ressort :

  • Un cli­mat loin d’être sere­in : « Un rassem­ble­ment organ­isé par La France insoumise (LFI) sur le parvis du tri­bunal ; une salle daudi­ence comble avec une demi-douzaine de députés dans le pub­lic ; une dizaine davo­cats ; lancien respon­s­able de Char­lie Heb­do et un ex-cham­pi­on du monde de foot­ball venus témoign­er : on était loin, mer­cre­di 23 juin, de lordi­naire de la 17e cham­bre cor­rec­tion­nelle du tri­bunal de grande instance de Paris, spé­cial­isée dans les affaires de presse. Mais le procès qui a opposé durant plus de dix heures la députée (LFI) Danièle Obono à trois respon­s­ables de lheb­do­madaire Valeurs actuelles était tout sauf banal. »
  • Une audi­tion dans le cadre d’une plainte et d’une enquête ouvertes pour « injure publique à car­ac­tère raciste ». 
  • La con­vo­ca­tion de trois prévenus : l’auteur de l’article, Lau­rent Dan­drieu, respon­s­able des pages « cul­ture » de Valeurs actuelles ; le directeur de la pub­li­ca­tion, Erik Mon­jaloux ; le directeur de la rédac­tion, Geof­froy Leje­une. Comme d’autres médias, Le Monde est heureux de jeter en pâture le pseu­do­nyme de l’auteur de l’article, on le con­naît plus frileux pour révéler les noms des agresseurs dans les cas de terrorisme.

Lau­rent Dan­drieu a rap­pelé que la poli­tique fic­tion avait juste­ment pour but de par­o­di­er les pris­es de posi­tion de Danièle Obono, un texte en forme de pas­tiche. Si Obono se retrou­ve plongée dans l’Afrique du XVI­I­Ie siè­cle, c’est juste­ment pour que le thème de « l’africanité » cesse d’être un mythe et que des faits his­toriques soient rap­pelés, comme le rôle des africains dans l’esclavage. Son argu­men­ta­tion a été soutenue par le témoignage de Philippe Val, ancien directeur de Char­lie Heb­do, pour qui il s’agit d’un « procès poli­tique ». Par ailleurs « Geof­froy Leje­une, directeur de la rédac­tion de Valeurs actuelles, a renchéri en ten­tant de rap­pel­er que le texte fai­sait par­tie dune série qui a mis en scène plusieurs autres per­son­nal­ités dans divers con­textes his­toriques. Fustigeant une volonté « datta­quer un jour­nal dans son ensem­ble », il a assuré navoir jamais voulu « faire de mal » à Mme Obono per­son­nelle­ment. »

D’après Le Monde cette ligne de défense a été « mise à mal » par les sept avo­cats des par­ties civiles. Le texte serait un « viol sym­bol­ique » (sic).

Pour défendre Danièle Obono, l’ancien foot­balleur recon­ver­ti en anti-raciste pro­fes­sion­nel, Lil­ian Thu­ram était de la par­tie. Il a demandé au tri­bunal de « taper au porte­feuille ».

L’intervention de Danièle Obono s’est faite sous le signe de l’émotion. Elle s’est dite « humil­iée », a con­testé s’être revendiquée de « l’indigénisme ». Le texte l’aurait ramenée à être « moins qu’un ani­mal ». Le par­quet s’est affir­mé en accord avec Danièle Obono, ne voy­ant que « clichés, stéréo­types et préjugés » dans ce texte.

Médiapart s’engage pour Obono

Médi­a­part s’engage entière­ment en faveur de Danièle Obono. Le média d’Edwy Plenel titre sur une phrase du député : « Je ne cherche pas des excus­es, j’attends la jus­tice ». Là aus­si, out­re un rap­pel suc­cinct et ori­en­té des faits, il ressort de l’article :

  • Valeurs actuelles défend une « satire poli­tique », réal­ité que Médi­a­part bal­aie d’un revers du clavier.
  • Médi­a­part va plus loin que Le Monde en ne se con­tentant pas de don­ner le pseu­do­nyme de l’auteur de l’article, mais égale­ment son nom civil.
  • Argu­ments et « cau­tion morale » ne suff­isent pas pour un média qui rap­pelle qui sont les par­ties civiles, out­re Obono : La France insoumise, SOS Racisme, le Mrap, la Ligue des droits de l’homme, l’association Mémoires et Partages et la Mai­son des potes. Lil­ian Thu­ram est par ailleurs présent en tant que témoin. De quoi par­le-t-on ? D’un texte raciste, « sex­iste », d’un « tor­chon », de « l’humiliation » infligée à Obono.

Les deman­des ? 75 000 euros de dom­mages et intérêt, plus 10 000 euros par par­tie civile. Ain­si qu’une pub­li­ca­tion judi­ci­aire dans le magazine.

L’audience devant le tri­bunal a été relayée par d’autres médias, Le Figaro, le Huff­post ou France bleue. Partout règne une qua­si iden­tique analyse des faits : Valeurs actuelles est par avance coupable et l’audience du 29 sep­tem­bre ne sera qu’un épiphénomène, les dés étant déjà jetés. Coupable médi­a­tique­ment avant d’être jugé en droit, ain­si va la jus­tice en France. Le tri­bunal de l’opinion publique façon­née par les médias de grand chemin.

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