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Plateformes, IA et créateurs de contenu : les sénateurs veulent domestiquer l’information avant 2027

15 juillet 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Alors que l’élection prési­den­tielle approche, les séna­teurs ont présen­té leur rap­port sur les « zones gris­es de l’information ». Ils aler­tent sur les « ingérences internes », appel­lent à la créa­tion rapi­de d’un obser­va­toire indépen­dant de la dés­in­for­ma­tion, à un encadrement plus strict des plate­formes et des créa­teurs de con­tenu, ain­si qu’à un sou­tien financier des médias tra­di­tion­nels. Mais veu­lent-ils pro­téger « la démoc­ra­tie »… ou plutôt l’ordre établi ?

Ils veu­lent légifér­er vite, avant l’élection prési­den­tielle. Dans le viseur des séna­teurs ? Les ingérences… mais, cette fois, de l’intérieur : des ingérences con­tre lesquelles la France serait démunie.

« Que se passerait-il si une per­son­nal­ité, un courant de pen­sée ou un par­ti poli­tique dis­posant de moyens financiers con­séquents décidait de les met­tre au ser­vice d’un pro­jet poli­tique, en util­isant les réseaux soci­aux comme arme ? », inter­ro­geait Lau­rent Lafon (Union cen­triste) le 9 juil­let dernier, en con­férence de presse, flan­qué de Sylvie Robert (PS) et d’Agnès Evren (LR).

Après six mois de tra­vail, la mis­sion d’information du Sénat sur « les zones gris­es de l’information » a présen­té son rap­port, qui for­mule 56 recom­man­da­tions. Le fonc­tion­nement démoc­ra­tique serait, à l’en croire, menacé.

Un rap­port qui « ne con­cerne pas seule­ment les jour­nal­istes, les chercheurs ou les respon­s­ables poli­tiques », mais, plus encore, « chaque citoyen qui, tous les matins, ouvre son télé­phone pour savoir ce qui se passe dans le monde », affir­mait encore Lau­rent Lafon. Il est vrai que la bas­cule tech­nologique bous­cule les insti­tu­tions dans un nou­veau monde. L’Institut Reuters a pub­lié en juin dernier une étude menée dans 48 pays. Sa con­clu­sion était claire : désor­mais, le pub­lic s’informe davan­tage sur les réseaux soci­aux que dans les médias traditionnels.

Les sénateurs découvrent l’ère du buzz et de l’IA

Alors, les séna­teurs recom­man­dent la créa­tion d’un « obser­va­toire indépen­dant de la dés­in­for­ma­tion », et ce « avant la prochaine prési­den­tielle ». Son but : iden­ti­fi­er les « manip­u­la­tions de l’information » et sig­naler les déra­pages. L’analogie avec Vig­inum, l’organe lut­tant con­tre les ingérences infor­ma­tion­nelles étrangères, est évo­quée, même si les séna­teurs veu­lent un out­il « indépen­dant du pou­voir exé­cu­tif », « ali­men­té par la société civile », c’est-à-dire reposant sur les con­tri­bu­tions de chercheurs, d’organismes de recherche et d’associations. Sans pré­cis­er de noms ni si les­dites asso­ci­a­tions seraient idéologique­ment neutres.

La charge la plus dure des élus a été réservée aux plate­formes, dont le mod­èle serait, à les croire, prob­lé­ma­tique. Selon eux, 25 % des con­tenus seraient « trompeurs » sur cer­taines plateformes.

L’algorithme « choisit et per­son­nalise en obéis­sant à un seul objec­tif : max­imiser le temps d’écran et les recettes pub­lic­i­taires », a dénon­cé Lau­rent Lafon, ajoutant qu’« un con­tenu qui choque sera tou­jours mis plus en avant qu’un con­tenu véri­fié ou argumenté ».

Domestiquer les créateurs de contenu

Lau­rent Lafon a rap­pelé avoir audi­tion­né des représen­tants de YouTube, mais aus­si des créa­teurs de con­tenu comme le très pop­u­laire HugoDécrypte, ain­si que Fron­tières. Sans doute la social­iste Sylvie Robert avait-elle davan­tage le pre­mier à l’esprit en déclarant que « beau­coup [d’influenceurs et de créa­teurs de con­tenu] touchent des publics que la presse tra­di­tion­nelle n’atteint pas ou plus » et « réalisent un vrai tra­vail journalistique ».

Les séna­teurs pro­posent un sou­tien financier sup­plé­men­taire à ces derniers, ce qu’ils avaient demandé en avril dernier… au risque de faire une croix sur leur indépen­dance. Car les par­lemen­taires voudraient les soumet­tre aux oblig­a­tions de l’audiovisuel, à savoir la « lutte con­tre les dis­cours de haine » ou encore le « respect de la dig­nité humaine ». En con­trepar­tie, ils pro­posent d’inclure cer­tains créa­teurs de con­tenu d’information dans la liste des « ser­vices d’intérêt général » (SIG) établie par l’Arcom.

Autre cham­barde­ment : l’intelligence arti­fi­cielle, alors qu’« un Français sur huit l’utilise déjà pour s’informer ». De quoi angoiss­er plus encore les rap­por­teurs, prin­ci­pale­ment en rai­son des « hal­lu­ci­na­tions » de l’IA. Agnès Evren s’est émue d’une tech­nolo­gie qui « invente des faits avec un aplomb total », met­tant en garde con­tre la mul­ti­pli­ca­tion de sites d’information générés par celle-ci. Les élus ne s’interrogeront pas sur le fait que les agences de presse et les médias aient, eux aus­si, pu génér­er des erreurs à la chaîne, sou­vent avec le même aplomb.

Leur propo­si­tion : con­di­tion­ner l’agrément de la Com­mis­sion par­i­taire (CPPAP) à l’absence d’une « util­i­sa­tion dis­pro­por­tion­née, pour pro­duire les arti­cles de presse, de l’IA générative ».

Mission impossible ? Sauver les médias

Les par­lemen­taires décou­vrent aus­si l’érosion des recettes pub­lic­i­taires des médias : les huit plate­formes inter­na­tionales con­cen­trent désor­mais 76 % des revenus pub­lic­i­taires en ligne. En clair, les annon­ceurs déser­tent Le Monde ou Le Figaro pour leur préfér­er Google ou YouTube. [À ce pro­pos, voir notre essai : Brèche dans le main­stream, l’âge des alter­na­tives médi­a­tiques]. Selon Agnès Evren, cette men­ace sur les ressources en est aus­si une pour la qual­ité jour­nal­is­tique, qui, for­cé­ment, « coûte cher ».

Alors, les séna­teurs pro­posent un fonds qui reverserait les amendes infligées par l’Arcom et la CNIL aux médias d’information. La Com­mis­sion nationale de l’informatique et des lib­ertés a d’ailleurs imposé deux sanc­tions phares à Google et Shein en 2025 pour leurs poli­tiques de « cook­ies », respec­tive­ment de 325 et 150 mil­lions d’euros.

Les séna­teurs savent que leur com­bat dépend aus­si de l’Union européenne. Ils ont salué l’évolution du cli­mat à Brux­elles et les procé­dures engagées con­tre Meta, X et Tik­Tok. Ils voudraient réformer le DSA pour le dur­cir. Mais, pour cela, il leur fau­dra plus qu’une loi.

Édouard Chan­ot

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