À 14 ans, un pistolet à eau, un faux péage et quelques vidéos ont suffi à transformer Hamza en phénomène médiatique. Entre récit sécuritaire et défense lyrique de « l’enfance », la presse française tient son feuilleton estival, quitte à faire du canal Saint-Martin le centre provisoire du monde.
La « mascotte controversée » du canal, selon Le Parisien le 30 juin, qui n’a pas été le seul média à flairer une vedette. Alors que le pays s’écharpe sur l’insécurité ou l’autoritarisme, que l’on soit plutôt de droite ou de gauche, Hamza, 14 ans, est devenu en quelques jours le centre de l’attention numérique et médiatique.
« J’arrose et je pars en courant », résume-t-il. Surnommé « La Douane », l’adolescent bien en chair asperge les passants, réclame deux euros aux cyclistes et alimente sa série Snapchat. Placé en garde à vue le 27 juin dernier pour des faits de violences en réunion et de dégradations, le voici qui a de nouveau été interpellé ce 2 juillet pour vol de téléphone aggravé et outrage aux policiers. Il est vrai, il avait échappé à ces derniers la semaine passée en sautant dans le canal Saint-Martin.
Vidéo du jour : la douane s’échappe à la nage de la voiture du garde champêtre. pic.twitter.com/XPPmKjpfoy
— Vous avez bu Didier (@ElCrackitoDuNet) June 28, 2026
Du pistolet à eau au symbole national
CNews dénonçait le 29 juin un adolescent qui « sème la terreur », puis lui tend le micro. Hamza saisissait la perche : « Je suis une star. » Le Figaro, sous la plume d’Alexandre Devecchio, voyait en lui « le visage d’une délinquance ordinaire qui pourrit la vie des Français », l’auteur diagnostiquant une « crise systémique de l’autorité ». Le tout dans la prestigieuse rubrique « La Bataille des idées » du quotidien.
https://x.com/CNEWS/status/2071548261152805071?s=20
Boulevard Voltaire a de son côté élargi encore le cadre (dans un papier d’opinion d’Arnaud Florac) : de Leonarda à Hamza, « la République est nue ». À ce rythme, le pistolet à eau pourrait bientôt faire l’objet d’une commission d’enquête.
Si le symbole d’un petit garçon obèse faisant sa loi dans un quartier de bobos peut agacer ou prêter à sourire, l’emballement n’en est pas moins un symptôme de la culture de l’immédiateté et du « buzz » dont profite largement le jeune contrevenant.
RTL évoque une figure « incontournable et polémique », BFMTV recueille sa version après avoir envoyé un correspondant sur place, RMC organise le débat attendu : « simple petit trublion ou vraie graine de voyou ? » Chaque média transforme ainsi des incivilités ou des actes de délinquance en télé-réalité nationale.
À chacun son Hamza
À gauche, le récit s’inverse sans quitter le chapiteau. Libération demande de ne pas faire du garçon un « animal de foire » et dénonce les « bouffées racistes de l’extrême droite ». Le Bondy Blog affirme que « les médias d’extrême droite ont trouvé leur nouvel ennemi public : un enfant de 14 ans » et invoque le « droit à l’enfance », omettant d’évoquer les délits dont le jeune homme a pu se rendre coupable… Le Média parle d’une « nouvelle cible de l’extrême droite » dans une logique d’inversion accusatoire éculée.
Ces plaidoyers replacent pourtant Hamza sous les projecteurs. Les personnes poussées dans le canal, les commerçants excédés et les provocations filmées passent au second plan. Les uns fabriquent un symbole du désordre, les autres, une icône de l’enfance « populaire » persécutée.
Connu des services de police avant sa médiatisation, il cumule une dizaine d’interpellations ces douze derniers mois pour des faits de détention de stupéfiants, outrages et violences.
La planète attendra
À l’heure où ces lignes sont écrites, nos recherches ne font apparaître aucun article du Monde consacré à l’affaire. Le quotidien du soir semble donc avoir choisi une troisième voie : le silence. Souvent synonyme de censure par omission, il n’est peut-être pas le moins raisonnable. L’affaire dit quelque chose des réseaux sociaux, de l’autorité et de la fascination pour les personnages viraux. Sa place dans la hiérarchie de l’information laisse néanmoins songeur.
🛑 URGENT : après le détroit d’Ormuz, Donald Trump annonce qu’il va rouvrir le canal Saint-Martin, bloqué par Hamza La Douane. pic.twitter.com/qF7s3k9YxH
— Olivier Varlan (@VarlanOlivier) July 1, 2026
En quelques jours, l’Ukraine, Gaza ou le détroit d’Ormuz paraissent parfois céder le passage à la ménagerie du canal Saint-Martin. Certains s’en sont d’ailleurs fait l’écho sur les réseaux sociaux, à l’image du compte « Olivier Varlan » sur X qui ironise : « URGENT : après le détroit d’Ormuz, Donald Trump annonce qu’il va rouvrir le canal Saint-Martin, bloqué par Hamza La Douane. »
Olivier Frèrejacques

