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Sky News Arabia lâchée par ses parrains britanniques

10 juin 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Après des mois de pour­par­lers, le groupe bri­tan­nique Sky a décidé de rompre son con­trat de coen­tre­prise avec le con­tro­ver­sé média émi­rati Sky News Ara­bia. Les Bri­tan­niques ne leur lais­sent que le nom.

L’annonce a été révélée par The Guardian le 31 mai dernier. Sky UK a décidé de met­tre fin à sa par­tic­i­pa­tion dans Sky News Ara­bia, cédant à Inter­na­tion­al Media Invest­ments (IMI, struc­ture d’investissement éta­tique émi­rati) la total­ité du con­trôle stratégique et opéra­tionnel de la chaîne.

Divorce consommé

Le divorce était déjà dans l’air depuis mars 2026. The Tele­graph, ain­si que d’autres sources, avaient fait écho de l’intention de Sky UK de ne pas renou­vel­er la licence de mar­que à IMI. La direc­tion du média arabe avait, alors, démen­ti l’information.

Tout a com­mencé en décem­bre 2025, lorsque The Tele­graph a pub­lié une enquête révélant que Sky News Ara­bia avait dépêché, dès novem­bre 2025, sa jour­nal­iste Tsabih Mubarak Khatir à El-Fash­er au Soudan. Une région qui a été le théâtre d’atrocités attribuées aux Forces de sou­tien rapi­de (RSF), soutenues par les Émirats.

Le quo­ti­di­en lon­donien a révélé que la jour­nal­iste de Sky News Ara­bia était mar­iée à un dig­ni­taire du mou­ve­ment rebelle. D’autres sources affir­ment qu’il s’agirait d’Ibrahim Al-Mirghani, mem­bre du gou­verne­ment des RSF et ancien min­istre des Télé­com­mu­ni­ca­tions sous le régime de l’ancien prési­dent Omar el-Béchir.

Au service de la propagande de guerre

Plus acca­blant encore, l’envoyée spé­ciale de la chaîne émi­ratie a été filmée en train de saluer chaleureuse­ment une offi­cière des RSF, laque­lle, dans d’anciennes vidéos, avait incité les mili­ciens à vio­l­er les femmes d’El-Fash­er. Ces images avaient sus­cité l’indig­na­tion de la com­mu­nauté soudanaise.

La jour­nal­iste a de sur­croît été accusée, dans les reportages qu’elle a réal­isés sur place, de nier des preuves de mas­sacres com­mis par les forces du général Hamidti, com­man­dant en chef des RSF. À vrai dire, la reporter ne fai­sait que suiv­re une ligne édi­to­ri­ale ouverte­ment acquise aux thès­es des insurgés soudanais.

Le jour­nal­iste soudanais indépen­dant Hes­ham Alameen nous a con­fir­mé ces infor­ma­tions. Il estime que Sky News Ara­bia s’est « com­plète­ment dis­crédité » par ses cou­ver­tures « out­rageuse­ment ten­dan­cieuses » du con­flit soudanais. « Après cette déci­sion (de rup­ture avec le groupe bri­tan­nique Sky, Ndlr.), Sky News Ara­biya ne pour­ra plus pré­ten­dre jouer un rôle inter­na­tion­al », ajoute notre inter­locu­teur. Et d’enchaîner : « D’ailleurs, plus per­son­ne au Soudan ne suit cette chaîne, en dehors des adeptes du Par­ti démoc­ra­tique union­iste », allié des mili­ciens du général Hamidti.

Des arti­cles dif­fusés par le site de la chaîne ten­tent d’accréditer la thèse selon laque­lle les images satel­lites doc­u­men­tant les rav­ages de la guerre étaient fab­riquées. Or, une mis­sion onusi­enne dépêchée sur les lieux dès novem­bre 2025 avait établi des massacres.

Après cette « razz­ia » médi­a­tique émi­ratie, le gou­verne­ment soudanais légitime a inter­dit, dès décem­bre 2025, à Sky News Ara­bia d’émet­tre sur son ter­ri­toire. En avril 2024, plusieurs médias arabes, dont Al-Ara­biya et Sky News Ara­bia, ont été sus­pendus par le min­istère soudanais de la Com­mu­ni­ca­tion, pour « manque de pro­fes­sion­nal­isme et de trans­parence » dans la cou­ver­ture des événe­ments qui sec­ouaient ce pays.

« Média trottoir »

L’annonce du divorce entre les deux médias a fait les choux gras de la presse hos­tile aux Émi­rats (et à la nor­mal­i­sa­tion avec Israël). « Même Sky News a lâché les Émi­rats ! », titre l’incontournable quo­ti­di­en libanais Al-Akhbar.

Même tem­po chez le site d’information Al-Adas­sa : « Sky se déleste de la pro­pa­gande émi­ratie ». Ce média pro-qatari estime que la déci­sion prise par le groupe bri­tan­nique « met à nu une poli­tique faite de blanchi­ment de crimes de guerre com­mis par les Émi­rats arabes unis et leurs alliés soudanais ».

Pour Emi­rates Leaks, site d’investigation dédié à l’actualité émi­ratie, cette rup­ture est un coup dur pour le soft pow­er émi­rati qui était en pleine ascension.

Sur les réseaux soci­aux, le très anti-émi­ratie Osama Gaweesh reproche à Sky UK de ne pas avoir révélé les caus­es réelles de cette rup­ture. L’influenceur égyp­tien ne va pas demain mourir pour traiter Sky News Ara­bia de « média trot­toir ».

Mariage de raison

Lancée le 6 mai 2012 entre BSkyB (ancêtre de Sky Group) et Abu Dhabi Media Invest­ment Cor­po­ra­tion, aujourd’hui inté­grée à IMI, Sky News Ara­bia obéis­sait dès le départ à des objec­tifs communs.

Pour les Émi­ratis : se dot­er d’un média pro-gou­verne­men­tal per­for­mant capa­ble de rivalis­er avec les deux prin­ci­pales chaînes du Golfe, Al Jazeera (Qatar) et Al Ara­biya (saou­di­enne). Les ini­ti­a­teurs du pro­jet mis­aient sur ce label occi­den­tal pour espér­er gag­n­er en crédi­bil­ité dans un champ médi­a­tique saturé.

Sky News Ara­bia s’est vite imposée dans le paysage audio­vi­suel arabe. Avec ses 52,93 mil­lions d’abonnés et de fol­low­ers cumulés, cette chaîne était sur la voie de bous­culer ses rivaux, mais sa rup­ture avec la société mère risque de frein­er durable­ment son élan.

Dans l’univers local, Al-Jazeera demeure indétrôn­able avec 108,8 mil­lions d’abonnés, talon­née par Al-Ara­biya (dont le siège a été, soit dit en pas­sant, rap­a­trié de Dubaï il y a quelques mois), avec 105,8 mil­lions au total.

Der­rière ce duo, la nou­velle chaîne qatarie mon­tante AlarabyTV totalise 68 mil­lions d’abonnés. Al Hadath, chaîne d’info en con­tinu du groupe Al-Ara­biya, présente un pro­fil proche, avec près de 65 mil­lions d’abonnés.

Pour le parte­naire bri­tan­nique, il s’agissait d’étendre son influ­ence dans une région stratégique dev­enue, en quelques années, une plaque tour­nante du busi­ness mon­di­al. Autre atout, qui sera simul­tané­ment son mal­heur : le nou­veau média émi­rati assumait une ligne rad­i­cale­ment favor­able à la nor­mal­i­sa­tion avec Israël.

Tout mar­chait bien, mais les dépasse­ments dans la région attribués au prési­dent émi­rati Mohammed ben Zayed (Soudan, Yémen, Libye…), puis l’éclatement de la guerre du Moyen-Ori­ent, ont fini par démythi­fi­er ce nou­v­el eldo­ra­do aux yeux des faiseurs d’opinion britanniques.

L’ordre don­né, pen­dant les frappes irani­ennes de mars dernier, par les autorités de Dubaï pour faire taire les influ­enceurs (dont de nom­breux Bri­tan­niques), a peut-être achevé de désil­lu­sion­ner les médias bri­tan­niques les plus optimistes.

Mus­sa A.
Cor­re­spon­dant de l’OJIM au Maghreb

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