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Contre-rapport Alloncle : France Télévisions répond, l’OJIM compare

20 mai 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Une semaine après la pub­li­ca­tion du rap­port Allon­cle sur l’audiovisuel pub­lic, France Télévi­sions a mis en ligne une réponse de 124 pages. Présen­tée comme un exer­ci­ce de trans­parence, cette riposte ressem­ble aus­si à une défense en bloc du sys­tème que le rap­por­teur voulait pré­cisé­ment remet­tre en cause. L’OJIM a comparé.

Le rap­port Allon­cle, con­sacré à la neu­tral­ité, au fonc­tion­nement et au finance­ment de l’audiovisuel pub­lic, avait une ambi­tion sim­ple : pos­er la ques­tion du coût, du plu­ral­isme et des mécan­ismes de con­trôle d’un secteur financé par l’argent pub­lic. Del­phine Ernotte y tenait : France Télévi­sions a choisi d’y répon­dre, après une pre­mière salve de ripostes, point par point, dans un doc­u­ment daté du 13 mai et télécharge­able libre­ment.

Une réponse institutionnelle très offensive

Offi­cielle­ment, France Télévi­sions explique agir « dans un souci de trans­parence » et par respect pour ses salariés. Mais le ton du doc­u­ment est loin d’être seule­ment tech­nique : dès l’ouverture, le groupe reprend les cri­tiques du prési­dent de la com­mis­sion, Jérémie Patri­er-Lei­tus, con­tre Charles Allon­cle, évo­quant notam­ment une com­mis­sion où la « recherche de notoriété » aurait pris le pas sur le con­trôle par­lemen­taire. Le député UDR n’aurait cher­ché qu’à « jeter le dis­crédit » sur une belle mai­son afin d’en jus­ti­fi­er la pri­vati­sa­tion. Une pri­vati­sa­tion pour­tant rejetée par le par­lemen­taire, notam­ment dans nos colonnes.

Un choix rhé­torique révéla­teur. Plutôt que de traiter froide­ment les recom­man­da­tions, France Télévi­sions a cher­ché d’abord à délégitimer la méth­ode du rap­por­teur. Or c’est pré­cisé­ment parce que le rap­port Allon­cle a touché des sujets sen­si­bles (neu­tral­ité, con­flits d’intérêts, exter­nal­i­sa­tion, coûts des pro­grammes) qu’il méri­tait une réponse moins épidermique.

Neutralité : le cœur du désaccord

Sur la neu­tral­ité, Allon­cle pré­conise un cadre plus con­traig­nant, y com­pris à pro­pos des pris­es de posi­tion des jour­nal­istes sur les réseaux soci­aux, avec des sanc­tions graduées. France Télévi­sions répond que ces règles exis­tent déjà dans son règle­ment intérieur et dans un guide interne pub­lié depuis décem­bre 2023. Le groupe rap­pelle aus­si que ses salariés ne peu­vent man­i­fester leurs con­vic­tions poli­tiques ou religieuses lorsqu’ils représen­tent l’entreprise.

Mais cette défense laisse entière la ques­tion prin­ci­pale : l’existence formelle de règles suf­fit-elle à garan­tir leur appli­ca­tion ? C’est tout l’intérêt du rap­port Allon­cle que d’avoir déplacé le débat du principe vers la pratique.

Économies, chaînes, production : le refus du changement ?

Même logique sur les économies, Charles Allon­cle visant 1 mil­liard d’économies, soit un quart de la dota­tion annuelle de l’audiovisuel pub­lic. Son rap­port pro­pose de ratio­nalis­er l’offre, de revoir le poids des jeux, du sport ou des chaînes aux mis­sions proches. France Télévi­sions juge ces pistes irréal­istes, dan­gereuses pour les publics ou coû­teuses à met­tre en œuvre, notam­ment les fusions entre Fran­ce­in­fo et France 24, ou entre France 3 Régions et ICI.

Le groupe a rai­son de rap­pel­er les con­traintes juridiques et indus­trielles. Mais à force de répon­dre que chaque réforme est impos­si­ble, para­doxale ou déjà sat­is­faite, il con­firme l’idée d’un ser­vice pub­lic con­va­in­cu que le statu quo reste la meilleure des politiques.

Tableau comparatif

 

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