Une semaine après la publication du rapport Alloncle sur l’audiovisuel public, France Télévisions a mis en ligne une réponse de 124 pages. Présentée comme un exercice de transparence, cette riposte ressemble aussi à une défense en bloc du système que le rapporteur voulait précisément remettre en cause. L’OJIM a comparé.
Le rapport Alloncle, consacré à la neutralité, au fonctionnement et au financement de l’audiovisuel public, avait une ambition simple : poser la question du coût, du pluralisme et des mécanismes de contrôle d’un secteur financé par l’argent public. Delphine Ernotte y tenait : France Télévisions a choisi d’y répondre, après une première salve de ripostes, point par point, dans un document daté du 13 mai et téléchargeable librement.
Une réponse institutionnelle très offensive
Officiellement, France Télévisions explique agir « dans un souci de transparence » et par respect pour ses salariés. Mais le ton du document est loin d’être seulement technique : dès l’ouverture, le groupe reprend les critiques du président de la commission, Jérémie Patrier-Leitus, contre Charles Alloncle, évoquant notamment une commission où la « recherche de notoriété » aurait pris le pas sur le contrôle parlementaire. Le député UDR n’aurait cherché qu’à « jeter le discrédit » sur une belle maison afin d’en justifier la privatisation. Une privatisation pourtant rejetée par le parlementaire, notamment dans nos colonnes.
Un choix rhétorique révélateur. Plutôt que de traiter froidement les recommandations, France Télévisions a cherché d’abord à délégitimer la méthode du rapporteur. Or c’est précisément parce que le rapport Alloncle a touché des sujets sensibles (neutralité, conflits d’intérêts, externalisation, coûts des programmes) qu’il méritait une réponse moins épidermique.
Neutralité : le cœur du désaccord
Sur la neutralité, Alloncle préconise un cadre plus contraignant, y compris à propos des prises de position des journalistes sur les réseaux sociaux, avec des sanctions graduées. France Télévisions répond que ces règles existent déjà dans son règlement intérieur et dans un guide interne publié depuis décembre 2023. Le groupe rappelle aussi que ses salariés ne peuvent manifester leurs convictions politiques ou religieuses lorsqu’ils représentent l’entreprise.
Mais cette défense laisse entière la question principale : l’existence formelle de règles suffit-elle à garantir leur application ? C’est tout l’intérêt du rapport Alloncle que d’avoir déplacé le débat du principe vers la pratique.
Économies, chaînes, production : le refus du changement ?
Même logique sur les économies, Charles Alloncle visant 1 milliard d’économies, soit un quart de la dotation annuelle de l’audiovisuel public. Son rapport propose de rationaliser l’offre, de revoir le poids des jeux, du sport ou des chaînes aux missions proches. France Télévisions juge ces pistes irréalistes, dangereuses pour les publics ou coûteuses à mettre en œuvre, notamment les fusions entre Franceinfo et France 24, ou entre France 3 Régions et ICI.
Le groupe a raison de rappeler les contraintes juridiques et industrielles. Mais à force de répondre que chaque réforme est impossible, paradoxale ou déjà satisfaite, il confirme l’idée d’un service public convaincu que le statu quo reste la meilleure des politiques.
Tableau comparatif

