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Arnaud Montebourg sous surveillance médiatique de la gauche

10 mai 2026 | Temps de lecture : 9 minutes

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Dernière­ment, les col­lab­o­ra­tions entre­pre­neuri­ales et les déc­la­ra­tions sou­verain­istes d’Arnaud Mon­te­bourg ont fait dire à plusieurs voix de gauche que sa « bas­cule à l’extrême droite » était pour bien­tôt. Pour l’instant, l’intéressé dément. Cela n’empêche pas la police médi­a­tique d’être sur le qui-vive.

En juin 2024, Mon­te­bourg est attaqué par Edwy Plenel pour un débat avec Robert Ménard, chez lui, à Béziers. L’ancien trot­skiste tweete : « À Béziers, le maire Robert Ménard affiche sa com­plic­ité avec Arnaud Mon­te­bourg. Jusqu’où ira l’ex-socialiste dans sa dérive extrême droite, mar­quée par une tri­bune sou­verain­iste dans Le Figaro et son sou­tien au mil­liar­daire Stérin dans Mar­i­anne ? » Mais de quoi traitait cette tri­bune du Figaro (en réal­ité un entre­tien accordé au jour­nal­iste Alexan­dre Devec­chio) effrayant tant l’ancien directeur de Medi­a­part ? De la respon­s­abil­ité du Con­seil d’État dans la « muti­la­tion juridique » de la sou­veraineté de la France. Pas bien méchant, certes, mais cela annonçait la vague d’avertissements tou­jours plus nom­breux que l’ex-ministre allait se prendre.

Des amis « sulfureux » de droite

Tout s’accélère le 25 avril 2026, lorsque deux por­traits sor­tent le même jour dans Le Monde, signés par Clé­ment Guil­lou et Olivi­er Pérou, et dans Libéra­tion sous les claviers de Char­lotte Belaïch et Nico­las Mas­sol. Derniers coups de semonce de la part du sérail cen­tro-gauche ? Peut-être. Dans Libéra­tion, on peut lire :

« Depuis plusieurs années, Mon­te­bourg col­la­bore avec le mil­liar­daire exilé fis­cal, Pierre-Édouard Stérin, qui se donne pour objec­tif d’inonder la France de “bébés de souche européenne” et ne cache pas son inten­tion de rechris­tianis­er l’Hexagone. Et pour cause : entre­pre­neur laborieux, sou­vent en dif­fi­culté pour réu­nir les fonds néces­saires à ses pro­jets indus­triels, Mon­te­bourg doit beau­coup à Stérin. Et plus encore à son ancien bras droit, François Durvye, ex-directeur général d’Otium, le fam­i­ly office du mil­liar­daire, devenu con­seiller spé­cial de Jor­dan Bardella. »

Voilà, la meute est lâchée. Libéra­tion dénonce alors la col­lu­sion entre Durvye et Mon­te­bourg via Otium, qui par­ticipe au lance­ment d’Alfeor (détenu aux deux tiers par Otium), un « Valeo du nucléaire » dont Mon­te­bourg pré­side tou­jours le con­seil de sur­veil­lance. Quand on con­naît l’importance du nucléaire aujourd’hui, Libéra­tion devrait ren­dre hom­mage à cette ini­tia­tive salu­taire pour le pays. Il n’en est rien. Surtout quand Mon­te­bourg lâche con­cer­nant Stérin :

« Il est sou­verain­iste, moi patri­ote, on peut faire du business. »

Il n’en fal­lait pas moins pour les inquisi­teurs de gauche se penchent plus sérieuse­ment sur ce Savona­role de la social-démocratie.

Nos fins lim­iers jour­nal­istes vont alors chercher des infor­ma­tions chez ses proches. Tout d’abord dans le busi­ness. Fin 2023, alors que Mon­te­bourg peine à finalis­er sa lev­ée de nou­veaux fonds pour sa Com­pag­nie des aman­des, Otium l’aide après sa demande. Directeur général de la Com­pag­nie des aman­des, une ini­tia­tive visant à relo­calis­er la pro­duc­tion d’amandes en France, François Mou­lias indique qu’Otium n’est entré que « de façon très minori­taire [env­i­ron 20 %, NDLR] […] il y a plus de deux ans, avant qu’il ne médi­a­tise ses activ­ités et que ses pro­jets poli­tiques soient con­nus de nous. Sa présence pose aujourd’hui un prob­lème compte tenu de ses pris­es de posi­tion sur des valeurs qui ne sont pas les nôtres. »

Cette déc­la­ra­tion peu amène n’a rien de sur­prenant pour ce patron se « revendi­quant de gauche », et qui a d’ailleurs occupé un temps le poste de prési­dent du direc­toire à Libéra­tion. Ensuite, c’est au tour de ses col­lab­o­ra­teurs de venir à con­fesse auprès du jour­nal de gauche. « Jamais il ne fera ça », assure un ancien mon­te­bour­geois. « Je ne serai pas Laval », rap­porte un ex-col­lab­o­ra­teur « inqui­et » à qui Mon­te­bourg aurait fait cette promesse. Tou­jours dans Libéra­tion, on apprend même qu’en mai 2023, Mon­te­bourg aurait évité l’anniversaire de François Durvye pour ne pas s’afficher aux côtés de Marine Le Pen.

Franchir le Rubicon ?

Pour con­tin­uer la pres­sion, Libéra­tion affirme que le camp nation­al « rêve » de faire de Mon­te­bourg une « prise de guerre ». « Bien sûr, par­fois je me demande pourquoi ces gens ne nous ral­lient pas, analyse un cadre du RN, mais je me dis que c’est bien aus­si. Marine a bien con­science de l’histoire poli­tique de Mon­te­bourg. Et son com­bat, c’est d’abord de faire revenir nos idées dans le camp poli­tique de la nor­mal­ité. Des gens comme lui par­ticipent à ça en par­lant de sou­verain­isme, de patri­o­tisme économique… »

Il est vrai que les appels du pied du par­ti à la flamme ne datent pas d’hier. En 2022, Marine Le Pen évo­quait à plusieurs repris­es la pos­si­bil­ité de l’in­clure dans son gou­verne­ment, en cas de vic­toire à l’élection prési­den­tielle. « Dans le domaine de la Défense, de l’Industrie et de la sou­veraineté française, (Arnaud Mon­te­bourg) partage la même ligne que la mienne. Je ne veux pas d’exclusive, je me moque des appar­te­nances poli­tiques. Mon gou­verne­ment sera entière­ment au ser­vice des Français », argumentait-elle.

À l’époque, dans un com­mu­niqué daté du 12 avril 2022, Mon­te­bourg avait claire­ment refusé la main ten­due en jouant son rôle de cas­tor répub­li­cain : « Ce scrutin mon­tre une poussée sans précé­dent de l’extrême droite dans notre pays, le prési­dent Macron en porte la respon­s­abil­ité. Pour autant, et en cohérence avec nos valeurs human­istes, nous fer­ons bar­rage à Marine Le Pen, ses alliés et leur pro­jet ». Pour­tant, en 2022, rap­pelons aus­si que le can­di­dat de « Remon­ta­da » avait choqué la gauche en reprenant une posi­tion de Marine Le Pen : celle de tax­er les vire­ments d’argent (notam­ment les West­ern Union) faits depuis des tra­vailleurs en France vers des pays qui ne voudraient pas coopér­er avec la poli­tique migra­toire de la France. Autre can­di­dat à l’élection de 2022, Éric Zem­mour s’était alors moqué : « En panne d’idées, Mon­te­bourg a regardé en replay les vidéos de ma chaîne YouTube. Bra­vo Arnaud ! »

Depuis peu, Arnaud Mon­te­bourg est présen­ta­teur d’une émis­sion sur BFM-TV. Dans Le Monde, Clé­ment Guil­lou et Olivi­er Pérou s’inquiètent : « Ses pris­es de posi­tion soulèvent des ques­tions à gauche autant qu’elles réjouis­sent ses “nou­veaux amis de la droite” – l’expression est de lui. » Les deux jour­nal­istes en prof­i­tent alors pour rap­pel­er que Mon­te­bourg avait signé une tri­bune en avril 2024, appelant à un référen­dum sur l’Europe, aux côtés de Nico­las Dupont-Aig­nan et du con­seiller du Rassem­ble­ment nation­al (RN) Jérôme Sainte-Marie. Cer­tains de ses proches affir­ment même qu’il aurait pu vot­er pour la loi immi­gra­tion en 2024, à con­tre-courant de toute la gauche. « Toute per­son­ne qui émet un juge­ment dis­si­dent est traitée de facho, s’emporte le député Emmanuel Mau­rel, ex-social­iste mem­bre du groupe com­mu­niste à l’Assemblée. Arnaud enrage con­tre la gauche d’aujourd’hui, dans laque­lle il ne se recon­naît pas. Il est sur la ligne de Sahra Wagenknecht en Alle­magne : pro­tec­tion­niste et rel­a­tive­ment ferme sur l’immigration. »

En tout cas pour une cer­taine gauche, les sig­naux faibles démon­trent un dan­ger. « Il papil­lonne, racon­te son ami l’eurodéputé social­iste François Kal­fon. Il aimerait qu’on le rap­pelle. » « Au Par­ti social­iste, beau­coup trop le méprisent, sur le fond et sur la forme, quand cer­tains à droite le pren­nent pour un génie. On ne devrait pas se couper de lui », déplore le député PS Philippe Brun, cité par Le Monde.

Lorsqu’il apprend que le quo­ti­di­en du soir sonde ses amis et anciens col­lab­o­ra­teurs, Mon­te­bourg prend le tau­reau par les cornes. « Poli­tique­ment, intel­lectuelle­ment, j’ai rompu avec la social-démoc­ra­tie. Elle est passée à côté de tous les sujets de sou­veraineté. C’est son tombeau. La droite répub­li­caine s’intéresse beau­coup plus à mes sujets aujourd’hui », se défend l’ex-ministre

Montrer patte blanche aux médias

Le 1ᵉʳ mai 2026, sur BFMTV, Mon­te­bourg revient sur ces accu­sa­tions de « bas­cule vers l’extrême droite ». Comme il l’a fait à de nom­breuses repris­es, il explique être un « orphe­lin poli­tique qui a rompu avec la social-démoc­ra­tie », car « ils ont accom­pa­g­né la mon­di­al­i­sa­tion finan­cière qui nous a fait tant de mal, qu’ils ont par­ticipé à la con­struc­tion européenne qui nous fait tant de mal ». Mais ce n’est pas tout, car ils reprochent à cette gauche d’avoir « aban­don­né beau­coup de gens, la nation, les fron­tières, et l’ensemble des ques­tions de sou­veraineté ». Il se dis­culpe alors en affir­mant que cela ne fait pas de lui « quelqu’un de droite », mais qu’il est bien davan­tage un « chevène­men­tiste de droite et un séguin­iste de gauche, c’est-à-dire un post-gaulliste, répub­li­cain et social, cher­chant une voie pour notre pays ». Ensuite, il ren­voie dos à dos le RN et LFI, car le pre­mier lui pose un « prob­lème car il char­rie tout le prob­lème du racisme » et le sec­ond avec « l’antisémitisme ».

Enfin, la jour­nal­iste de BFMTV en vient à la ques­tion de ses liens avec Stérin. Après une ques­tion sur les fameux « bébés blancs » – que Mon­te­bourg évite en évo­quant la seule respon­s­abil­ité du catholique –, l’ex-ministre fait une ode à l’entreprise qui peut « unir des gens idéologique­ment opposés ». Il se lance même dans une démon­stra­tion – quelque peu hasardeuse – en opposant la force d’unité de l’« œuvre entre­pre­neuri­ale » et le con­flit per­ma­nent de la poli­tique, reprenant les exem­ples des sectes Moon et du Tem­ple solaire.

Pour l’instant, les « anci­ennes chaînes » de la gauche sem­blent tenir, pres­sion médi­a­tique aidant. Mais pour com­bi­en de temps ? « Je pense qu’il rejoin­dra un gou­verne­ment en faveur de la sou­veraineté, pas un par­ti », assur­ait au Monde le vice-prési­dent du par­ti Les Répub­li­cains Julien Aubert, sou­tien de Bruno Retail­leau. L’élection de 2027 et son résul­tat per­me­t­tront peut-être à Arnaud Mon­te­bourg de larguer les amar­res, une bonne fois pour toutes.

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