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Rapport Alloncle : dernière ligne droite, les propositions fuitent dans la presse

26 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

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À quelques jours du vote décisif du 27 avril, la com­mis­sion d’en­quête par­lemen­taire est entrée dans une phase déci­sive, et le rap­por­teur Charles Allon­cle se pro­duit dans les médias afin de don­ner les plus grandes chances de survie à son rap­port. Ses propo­si­tions ont fuité dans la presse. 

583 000 spec­ta­teurs : le 16 avril dernier, le reportage « Charles Allon­cle, seul con­tre tous » atteignait un joli suc­cès d’au­di­ence sur CNews. Un docu’ réal­isé par Gen­ton Pro­duc­tions, qui met en scène pos­i­tive­ment l’ac­tion de l’élu UDR, per­me­t­tant de revenir sur le tra­vail de la com­mis­sion et ses suites.

« Charles Allon­cle m’a épaté » : c’est par cette déc­la­ra­tion élo­gieuse que l’av­o­cat Gilles-William Gold­nadel ouvre le reportage de CNews. Et en effet, la com­mis­sion d’en­quête a per­mis au rap­por­teur de se faire con­naître et de s’im­pos­er dans l’ac­tu­al­ité des derniers mois. Il a su faire preuve de rigueur, d’une grande capac­ité de tra­vail, ain­si que de solid­ité et même de pugnac­ité dans l’adversité.

Car l’ad­ver­sité n’a pas man­qué. Il y a d’abord eu les nom­breuses et vir­u­lentes cri­tiques des per­son­nal­ités audi­tion­nées, ani­ma­teurs, jour­nal­istes et dirigeants de l’au­dio­vi­suel pub­lic, mais aus­si action­naires des sociétés de pro­duc­tion béné­fi­ci­aires des con­trats publics.

Il y eut ensuite les reproches de la prési­dente de l’assem­blée Yaël Braun-Pivet, accu­sant le rap­por­teur de poli­tis­er les travaux et lui deman­dant « de revenir à un respect de nos règles et de nos usages ».

Il y eut enfin un face-à-face sou­vent ten­du avec le prési­dent de la com­mis­sion Jérémie Patri­er-Lei­tus, ain­si que, sem­ble-t-il, des men­aces proférées par un député mem­bre de la com­mis­sion. Dans tous ces épisodes, Allon­cle a fait face, sans reculer ni per­dre son sang-froid.

La méthode Alloncle et les réseaux sociaux

Le reportage de CNews laisse appa­raître claire­ment le principe qui a guidé le rap­por­teur : l’ar­gent pub­lic est une affaire publique. Toutes les ques­tions sont légitimes et la trans­parence est de mise pour les Français et les contribuables.

Le rap­por­teur a util­isé toutes les ressources disponibles pour médi­a­tis­er les travaux de la com­mis­sion : com­men­taires sur X « en live » durant les audi­tions ; post de vidéos de ses inter­ven­tions ; annonce de futures con­vo­ca­tions ; com­plé­ments d’ar­gu­men­ta­tion et répons­es à ses détracteurs… Après tout, l’usage des réseaux soci­aux par un homme poli­tique n’est pas inter­dit, même si ce n’é­tait pas jusque-là l’usage lors des com­mis­sions d’en­quêtes parlementaires.

Il est évi­dent que cette médi­ati­sa­tion a agacé et a ali­men­té les cri­tiques con­tre lui, surtout venant de per­son­nes habituées à un fonc­tion­nement plus opaque. Mais bien enten­du, cela a aus­si con­tribué à l’au­di­ence et au suivi des travaux de la com­mis­sion par le pub­lic : le compte X de C. Allon­cle est aujour­d’hui suivi par 80 600 abonnés.

Ce que les travaux ont déjà révélé

Sché­ma­tique­ment, les dérives observées peu­vent se répar­tir en deux catégories.

En pre­mier lieu, il y a tout ce qui con­cerne la mau­vaise ges­tion des fonds publics : salaire moyen très élevé (72 000 € par an) ; impor­tance des frais de taxi, des frais de représen­ta­tion (Fes­ti­val de Cannes…), des voitures de fonc­tion ; mon­tant très élevé des émis­sions pro­duites par des sociétés extérieures (près de 1 mil­liard d’eu­ros), mal­gré les 9 000 salariés ; pan­tou­flage et indem­nité de licen­ciement très élevée (400 000 €), pour des départs dans des sociétés de pro­duc­tion qui gèrent les émis­sions exter­nal­isées (Togeth­er Média) ; soupçon d’emplois fic­tifs avec l’emploi d’un adjoint à la mairie de Paris pour un salaire impor­tant (100 000 €), sans preuve d’ac­tiv­ités concrètes.

En sec­ond lieu, nous trou­vons les entors­es au principe de neu­tral­ité du ser­vice pub­lic ; exter­nal­i­sa­tion vers des sociétés de pro­duc­tion dont les fon­da­teurs ne cachent pas leur ori­en­ta­tion à gauche (Médi­awan) ; licen­ciement des ani­ma­teurs « blancs de plus de 50 ans » ; témoignages de « lanceurs d’alerte », salariés de France TV, dénonçant un sys­tème d’omer­ta ; nom­i­na­tions poli­tiques et copinages ; déc­la­ra­tions prob­lé­ma­tiques de Del­phine Ernotte ; sujets très ori­en­tés, notam­ment sur la plate­forme France TV Slash.

Et maintenant ?

À l’is­sue des 5 mois de tra­vail, après 70 audi­tions publiques et 234 per­son­nes inter­rogées, le rap­por­teur a eu une dizaine de jours, soit un délai très court, pour rédi­ger le rap­port final. Si le rap­por­teur rédi­ge, il est d’usage que le prési­dent de la com­mis­sion y expose sa vision en intro­duc­tion et que les groupes poli­tiques puis­sent aus­si faire leurs remar­ques et pré­con­i­sa­tions en quelques pages.

Le rap­port est ensuite con­sultable par les députés mem­bres de la com­mis­sion. Ces con­sul­ta­tions auront lieu dans une salle de l’assem­blée, du 23 au 27 avril, selon une procé­dure stricte­ment encadrée.

À la suite des procé­dures de con­sul­ta­tion, les 31 mem­bres de la com­mis­sion voteront le 27 avril, pour ou con­tre la pub­li­ca­tion du rap­port. Le scrutin n’est pas secret. En cas de vote posi­tif, le rap­port sera ren­du pub­lic et acces­si­ble à tous. En cas de vote négatif, tous les travaux de la com­mis­sion devront dis­paraître et il devien­dra inter­dit d’en faire men­tion, comme si la com­mis­sion n’avait jamais existé.

Pré­cisons qu’il existe un seul cas de rap­port non pub­lié sous la Ve République, un rap­port relatif au finance­ment des syn­di­cats, en 2011.

Les préconisations dévoilées dans Le Parisien

Si Allon­cle a large­ment dévoilé, en par­ti­c­uli­er sur les réseaux soci­aux, les révéla­tions faites durant le tra­vail pré­para­toire et les audi­tions, il est néan­moins tou­jours resté dis­cret sur ce que seront les pré­con­i­sa­tions, qui con­stitueront l’élément con­clusif et opéra­tionnel du rapport.

Un mem­bre de la Com­mis­sion a toute­fois fait fuiter dans Le Parisien des élé­ments, pub­liés le 24 avril. Le député (qui a regret­té ces divul­ga­tions) pro­pose des coupes d’un mil­liard d’euros, « pour le rediriger vers la con­ser­va­tion du pat­ri­moine ». Il envis­age la fusion de France 2 et France 5 (con­duisant à la dis­pari­tion de la dernière chaîne) mais aus­si la réduc­tion de 75% du bud­get des jeux et diver­tisse­ments de France Télé ou encore de réduire de 30% le bud­get du ser­vice des sports du groupe (qui dif­fuse les plus com­péti­tions sportives françaises).

Allon­cle for­mule des propo­si­tions pour la gou­ver­nance de l’audiovisuel pub­lic. Le PDF de France TV doit selon lui être nom­mé par le prési­dent de la République après avis des par­lemen­taires et de l’Arcom (et non par cette autorité). Une manière d’officialiser les mani­gances entourant cette nom­i­na­tion. Il veut soumet­tre les dirigeants et anciens dirigeants au con­trôle de la Haute autorité pour la trans­parence de la vie publique, pour éviter notam­ment des recasages dans des maisons de pro­duc­tions et des con­flits d’intérêts.

La non-pub­li­ca­tion du rap­port reviendrait donc à enter­rer les pré­con­i­sa­tions, ce qui serait assuré­ment frus­trant pour tous ceux qui ont suivi le tra­vail de la com­mis­sion et pour toute per­spec­tive de réforme.

Ain­si, les députés opposés au rap­por­teur se trou­vent devant l’al­ter­na­tive suiv­ante ; soit ils votent con­tre et ils appa­rais­sent alors ouverte­ment comme les censeurs d’un rap­port et de pré­con­i­sa­tions qui sont atten­dues ; soit ils votent pour, et ils ten­dent à mon­tr­er que le tra­vail de la com­mis­sion mérite d’être pris en considération.

Rien ne sera plus comme avant

Quoi qu’il arrive, quelque chose aura changé dans le regard que les Français por­tent sur l’au­dio­vi­suel pub­lic. Même ceux qui sont favor­ables au finance­ment d’un secteur pub­lic fort ne peu­vent plus ignor­er ce qui se passe à France TV et à Radio France.

Par ailleurs, quelques mesures d’é­conomies ont déjà été pris­es par France TV, tan­dis que le gou­verne­ment a d’ores et déjà exigé un effort budgé­taire de 30 à 40 mil­lions d’eu­ros sur l’an­née 2026.

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