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Libération en panne de cap : Barré recalé

17 avril 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

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Le retrait de Nico­las Bar­ré de la course à la direc­tion de Libéra­tion révèle une crise plus pro­fonde qu’un sim­ple acci­dent de cast­ing. Entre réflexe iden­ti­taire de la rédac­tion et dépen­dance finan­cière chronique, le quo­ti­di­en paraît tou­jours plus fragile.

Le départ de Dov Alfon devait ouvrir une nou­velle séquence pour Libéra­tion. Elle com­mence finale­ment par un renon­ce­ment. Pro­posé par Denis Olivennes pour suc­céder au directeur sor­tant, Nico­las Bar­ré a retiré le 14 avril sa can­di­da­ture après avoir con­staté l’ampleur de l’hostilité interne. L’ancien patron des Échos, puis du très gauche Politi­co, a com­pris qu’il n’obtiendrait pas le feu vert d’une rédac­tion où son par­cours, jugé trop éloigné de « l’identité pro­fonde » du jour­nal, sus­ci­tait un rejet qua­si unanime.

Le refus Barré, symptôme d’un journal replié sur lui-même

Offi­cielle­ment, « ni les com­pé­tences pro­fes­sion­nelles, ni les qual­ités per­son­nelles, ni le pro­jet de Nico­las Bar­ré ne sont en cause », selon la Société des jour­nal­istes et du per­son­nel de Libéra­tion. Reste que celle-ci a expliqué que « sa tra­jec­toire et l’identité pro­fonde de Libéra­tion » étaient « trop éloignées ». La for­mule en dit beau­coup. À l’heure où la presse général­iste affronte une crise durable, Libé sem­ble avoir préféré le réflexe de clan à l’ouverture. Denis Olivennes a beau avoir ten­té de défendre son choix devant la rédac­tion, la sim­ple évo­ca­tion d’un pro­fil venu des Échos ou passé par Le Figaro a été vécue comme une « provocation ».

Cette séquence rap­pelle qu’à Libéra­tion, la ligne reste moins un cadre qu’un mar­queur iden­ti­taire jalouse­ment gardé. Le jour­nal veut se redress­er, mais sans trop se décen­tr­er, se renou­vel­er, mais à con­di­tion de rester entre soi. Dif­fi­cile, dans ces con­di­tions, de par­ler d’élan.

Un quotidien relancé à crédit

Reste le nerf de la guerre : l’argent. Rap­pelons que sur ce ter­rain, Libéra­tion con­tin­ue de sur­vivre grâce à des apports extérieurs mas­sifs. L’objectif de rentabil­ité prévu pour 2026 n’a pas été atteint. Daniel Křetín­ský a encore accordé au quo­ti­di­en 17 mil­lions d’euros en mars 2026, por­tant à près de 60 mil­lions d’euros son sou­tien depuis 2022, selon plusieurs sources con­cor­dantes. Le jour­nal demeure défici­taire, même si sa dif­fu­sion France payée a pro­gressé en 2025 pour attein­dre 117 465 exem­plaires, selon l’Al­liance pour les Chiffres de la Presse et des Médias (ACPM). Soit +6,52 % par rap­port à 2024 (où elle était de 110 271 exemplaires).

Autrement dit, Libéra­tion vend mieux qu’hier, mais pas assez pour vivre sans per­fu­sion. La con­tra­dic­tion est là : un titre qui revendique sa sin­gu­lar­ité idéologique, mais dont l’indépendance économique repose tou­jours davan­tage sur la patience, et le porte­feuille, de ses bien­fai­teurs, notam­ment d’un mil­liar­daire étranger.

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