Accueil E Veille médias E 50 ans d’Apple : comment la marque à la pomme a révolutionné l’information médiatique

50 ans d’Apple : comment la marque à la pomme a révolutionné l’information médiatique

8 avril 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

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En un demi-siè­cle, la mar­que à la pomme a bien plus que trans­for­mé l’in­fo. En la ren­dant mobile, instan­ta­née et omniprésente, elle a pro­fondé­ment remod­elé les habi­tudes de con­som­ma­tion médi­a­tique et s’est imposée comme un inter­mé­di­aire incon­tourn­able entre les rédac­tions et leurs lecteurs. Une emprise dis­crète, mais colossale.

Ce 1er avril, Apple a sor­ti les enceintes. Pour fêter son demi-siè­cle d’existence, la mar­que a organ­isé des fes­tiv­ités mon­di­ales : con­certs d’Alicia Keys à New York, de Paul McCart­ney à l’Ap­ple Park, ou encore un « DJ Set » de Cas­sius et de Break­bot à l’Ap­ple Store des Champs-Élysées. La firme fondée par Steve Jobs et Steve Woz­ni­ak dans un garage de Los Altos a célébré sa réus­site : avoir trans­for­mé la tech­nolo­gie personnelle.

Côté médias, pas de doute : l’en­tre­prise a pro­fondé­ment remod­elé la façon dont des mil­liards de per­son­nes accè­dent à l’actualité, la con­som­ment et la décou­vrent. Loin des feux d’artifice mar­ket­ing, l’empreinte la plus durable d’Apple sur la société réside peut-être dans cette révo­lu­tion dis­crète : celle de l’information.

Il fallait adopter l’iPhone

Une ambi­tion latente depuis des décen­nies. 22 jan­vi­er 1984 : Apple dif­fuse lors du Super Bowl une pub­lic­ité réal­isée par Rid­ley Scott inspirée de Big Broth­er Une femme court dans une salle où des indi­vidus anonymes regar­dent un écran dif­fu­sant la pro­pa­gande. Elle lance un marteau et l’écran explose. 24 heures plus tard, le Mac­in­tosh est dévoilé.

Prophé­tique… Mais avons-nous été libérés ou avons-nous rem­placé un asservisse­ment par un autre ?

Indispensable pour les médias alternatifs

Car en 2007, Apple a boulever­sé nos habi­tudes avec l’iPhone. Avant cet appareil, l’actualité rel­e­vait encore large­ment du rit­uel : jour­nal du matin, JT du soir, ordi­na­teur de bureau. Bien sûr, avant cela Inter­net avait déjà envahi les foy­ers. Bien sûr aus­si, les pre­miers smart­phones remon­tent à la fin des années 90. Mais Apple, avec l’i­Phone, en a fait un boom.

Avec le smart­phone tac­tile, l’information devient mobile, per­ma­nente et instan­ta­née. Noti­fi­ca­tions push, rafraîchisse­ment du fil d’actualité en un glisse­ment de doigt, lec­ture en une main dans le métro ou pen­dant la pause-café : la con­som­ma­tion d’info n’a plus d’heure ni de lieu. Les jour­nal­istes eux-mêmes ont dû s’adapter et l’adopter. Nom­bre de reportages de ter­rain ont rapi­de­ment été filmés, mon­tés et pub­liés directe­ment depuis un iPhone. Une inno­va­tion qui per­me­t­tra d’ailleurs, avec l’es­sor des plate­formes numériques, l’émer­gence des médias alter­nat­ifs. Que seraient aujour­d’hui TV Lib­ertés, Toc­sin ou encore Omer­ta sans une telle per­cée technologique ?

Mais 18 ans plus tard, les craintes cir­cu­lent aus­si : « doom scrolling » fréné­tique sur les réseaux soci­aux, « binge watch­ing » de séries sur mini-écran. Tout le monde le sait désor­mais : l’usage exces­sif du smart­phone peut nuire à la san­té, notam­ment au som­meil. Sur le plan men­tal, il peut accroître l’anx­iété, la dépen­dance et réduire l’at­ten­tion. Mais cette men­ace d’emprise pèse trop peu, sem­ble-t-il, dans les choix individuels.

Voir aus­si : Pomme pour­rie : Apple recy­cle à tour de bras d’anciens espi­ons israéliens

Premières tensions

Et du côté d’Ap­ple, le pro­grès ne s’ar­rête jamais. L’App Store, lancé en 2008, a accéléré ce bas­cule­ment. Les grands médias – du New York Times au Monde en pas­sant par CNN – ont investi mas­sive­ment dans des appli­ca­tions sur mesure, opti­misées pour l’écran tac­tile. Mais ce nou­v­el écosys­tème a aus­si placé Apple en posi­tion d’intermédiaire incon­tourn­able : règles strictes de l’App Store, com­mis­sion de 30 % sur les abon­nements in-app et con­trôle de la dis­tri­b­u­tion. Une dépen­dance qui a par­fois généré des ten­sions ouvertes entre la firme et les éditeurs.

2015, autre out­il. Apple va s’es­say­er à l’in­fo avec Apple News, préin­stal­lé sur tous les iPhone, iPad et Mac. Dix ans plus tard, en 2025, il agrège plus de 3 000 pub­li­ca­tions et pro­pose l’accès à plus de 600 titres de mag­a­zines et jour­naux payants. Avec Apple News+, les abon­nés accè­dent au con­tenu der­rière des pay­walls pour 9,99 $/mois. Selon les derniers chiffres disponibles, l’app compterait env­i­ron 220 mil­lions d’utilisateurs act­ifs mensuels.

Con­traire­ment aux algo­rithmes purs de Face­book ou Google, Apple met en avant une cura­tion hybride : algo­rithmes certes, mais aus­si une équipe de jour­nal­istes pro­fes­sion­nels qui sélec­tion­nent les « Top Sto­ries ». La firme présente ce mod­èle comme un rem­part con­tre la dés­in­for­ma­tion et les bulles infor­ma­tion­nelles. Résul­tat : des mil­lions de lecteurs sont dirigés chaque jour vers les con­tenus des médias parte­naires, générant pour ces derniers un traf­ic et des revenus pub­lic­i­taires non négligeables.

L’arrivée de l’IA a encore plus bousculé les habitudes

Pour­tant, ce pou­voir d’intermédiation n’est pas sans ombres. De nom­breux édi­teurs déplorent une dépen­dance crois­sante aux plate­formes : quand Apple mod­i­fie son algo­rithme ou sa mise en avant, les audi­ences fluctuent vio­lem­ment. L’entreprise a aus­si ren­for­cé la pro­tec­tion de la vie privée avec l’App Track­ing Trans­paren­cy (ATT) en 2021, com­pli­quant le ciblage pub­lic­i­taire et accélérant la tran­si­tion des médias vers les abon­nements payants – une évo­lu­tion salu­taire pour cer­tains, mais mortelle pour d’autres.

Les médias, notam­ment la presse écrite, sont claire­ment men­acés. En effet, « les annon­ceurs se font de plus en plus rares », à mesure que les GAFAM pren­nent une plus grande impor­tance sur le Web. Désor­mais, ils priv­ilégient la vente de leur pub­lic­ité à ces plate­formes plutôt qu’au Monde ou qu’au Figaro. De fac­to, la presse est désor­mais totale­ment dépen­dante des géants du Web. D’une part pour être lue, mais aus­si parce que c’est un con­cur­rent, de sur­croît beau­coup plus puis­sant qu’elle ne l’est.

L’ar­rivée de l’IA a encore plus bous­culé les habi­tudes. Avec Apple Intel­li­gence, la firme expéri­mente les résumés automa­tiques d’articles et de noti­fi­ca­tions. Si ces out­ils promet­tent une infor­ma­tion encore plus flu­ide, ils ont déjà sus­cité des con­tro­ver­s­es : erreurs factuelles ou biais dans les syn­thès­es ont été pointés du doigt, rap­pelant les lim­ites de l’IA lorsqu’elle touche à l’information.

Un bilan en demi-teinte ? Évidem­ment, Apple a démoc­ra­tisé l’ac­cès à l’in­for­ma­tion, peut-être plus qu’au­cune autre entre­prise avant elle. Mais les GAFAM peu­vent aujour­d’hui décider de ce que des cen­taines de mil­lions de per­son­nes liront ou ver­ront en pre­mier. La Big Tech, acteur désor­mais cen­tral de l’é­cosys­tème infor­ma­tion­nel, a placé l’in­fo dans les mains de tous. Pour le meilleur et pour le pire.

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