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L’Homme par qui la peste arriva : quand les médias parlent du paria Renaud Camus

11 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

Le grand rem­place­ment, c’est ce qu’il ne faut évo­quer que pour dire qu’il n’existe pas. Renaud Camus, c’est celui qu’il il ne faut jamais inviter, et rarement évo­quer. Quand L’Homme par qui la peste arri­va, qui se veut être sa biogra­phie, sort en librairie, c’est toute­fois l’occasion de par­ler des deux, et c’est presque une catharsis.

Qui serait Renaud Camus ?

Pour qual­i­fi­er un penseur qui ne leur con­vient pas, les médias rivalisent tou­jours d’imagination. Pour Renaud Camus, ils ont choisi leur mot : « idéo­logue ». Le Monde décrit un « écrivain devenu idéo­logue », bien qu’on ne voie pas bien pourquoi les deux s’excluraient, Téléra­ma évoque un « triste idéo­logue » dont les écrits sont des « brûlots haineux ». Paris Match par­le d’un « intel­lectuel sul­fureux » ce qui est peut-être l’expression la plus louangeuse. Au moins Renaud Camus est-il un intellectuel

De l’homosexualité à l’extrême droite : ce que les médias ne comprennent pas

Pour Téléra­ma, Renaud Camus est passé « d’enfant gâté des salons parisiens à théoricien de l’extrême droite », ce qui con­stituerait une « dérive ». Il est per­mis de se deman­der com­bi­en de per­son­nal­ités poli­tiques et médi­a­tiques sont les enfants gâtés des salons parisiens sans que per­son­ne ne s’en émeuve. Peut-être la dif­férence est-elle que les­dites per­son­nal­ités n’ont pas renié les­dits salons, alors que Renaud Camus vit main­tenant « retranché dans son château médié­val de Plieux ». Le regret d’avoir per­du un frère se lit aus­si chez Sud Ouest, qui le décrit comme « un enfant per­du et dévoyé des années lib­er­taires ». Dans le monde médi­a­tique, mieux vaut fréquenter les « lieux gay de New York et Paris » que par­ler de grand rem­place­ment. Des lieux où un cer­tain nom­bre d’écrivains sont réu­nis « sous la férule et la maïeu­tique bien­veil­lante » de plusieurs per­son­nal­ités, notam­ment Roland Barthes et Renaud Camus.

Comment promouvoir la biographie du diable ?

Renaud Camus a beau être un con­cen­tré de ce qu’il ne faut pas touch­er, il faut tout de même pro­mou­voir L’Homme par qui la peste arri­va, de Gas­pard Dhellemmes et Olivi­er Faye, un mau­vais biopic écrit a Ce livre est une « biogra­phie » (L’Ex­press) qui s’emploie à « retrac­er la tra­jec­toire intel­lectuelle de l’octogénaire » (Téléra­ma). Étrange­ment, quand il s’agit de présen­ter ce livre, Renaud Camus sem­ble béné­fici­er d’un traite­ment moins rude. Comme si on pen­sait que per­son­ne ne voudrait lire un ouvrage sur un démon. Paris Match va jusqu’à expli­quer que « les jour­nal­istes Gas­pard Dhellemmes et Olivi­er Faye recon­stituent le par­cours du penseur. » Pour le Nou­v­el Obs, ils « racon­tent le par­cours à la fois dérangeant et fasci­nant de l’écrivain ». D’autres médias comme Sud Ouest ou France 3 Régions par­lent d’un « livre enquête » et Les Inrocks d’une « his­toire édi­fi­ante à plus d’un titre ». Une his­toire que les auteurs réus­sis­sent à écrire sans analyser ses livres, un tour de force libéral lib­er­taire, digne du Monde où les deux auteurs écrivent…

La vérité sur le grand remplacement

Quant au con­cept de « grand rem­place­ment », c’est l’occasion d’en bross­er un por­trait aus­si noir que pos­si­ble. Pour Le Nou­v­el Obser­va­teur, c’est un « refrain com­plo­tiste », le « hash­tag préféré des supré­macistes », « chan­té sur tous les tons par Jor­dan Bardel­la, Sarah Knafo et la plu­part des pro­pa­gan­distes de la bol­losphère ». On notera donc, entre bien d’autres choses, que les jour­nal­istes et mem­bres de la « bol­losphère » sont ravalés au rang de « pro­pa­gan­distes », terme dont il n’a pas été ques­tion pour qual­i­fi­er le sou­tien dithyra­m­bique des médias à Emmanuel Macron en 2017. Pour Le Monde, c’est une « for­mule haineuse et con­spir­a­tionniste » qui « refor­mule un mythe dévelop­pé par Hitler ». Rien que cela. De nom­breux arti­cles pré­cisent que le ter­ror­iste de Christchurch, en Nou­velle-Zélande, croy­ait en cette « théorie ». Une pré­ci­sion que l’on ren­con­tre peu quand il s’agit de chercher les moti­va­tions des transterroristes.

Le grand rem­place­ment, pour le grand pub­lic, se man­i­feste dans le bus, dans le bul­letin des nais­sances munic­i­pales, dans les rayons du super­marché, dans les écoles des enfants et dans les pub­lic­ités. Un change­ment de pop­u­la­tion évi­dent, que l’on pour­rait croire inex­orable, et que beau­coup regret­tent. Mais le con­cept désigne aus­si, selon Le Monde, un com­plot fomen­té par des forces obscures, et dès lors l’expression ne devrait pas être util­isée. La gauche ne sem­ble pas tou­jours si attachée au sens des mots, que ce soit pour par­ler de végan­isme, d’hommes enceints ou de réformes orthographiques. Seule­ment, comme le grand rem­place­ment sert, selon les médias, de « car­bu­rant idéologique à des poli­tiques autori­taires et bru­tales, voire car­ré­ment inhu­maines, comme celles de Don­ald Trump à Wash­ing­ton, de Vik­tor Orbán à Budapest ou de Kaïs Saied à Tunis », il devient inter­dit de men­tion­ner son existence.

Adélaïde Motte

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