Pendant plusieurs années, le quotidien Le Progrès, basé à Lyon, a été extrêmement silencieux sur les nombreuses violences commises par la Jeune Garde dans la capitale des Gaules. Quand on compare au traitement des exactions commises par l’autre camp, l’ultra-droite, la différence est visible.
Saint Raphaël Arnault, priez pour eux
C’est simple, il n’y a quasiment rien (à part sur la mise en cause d’un cadre de la Jeune Garde pour apologie de terrorisme) entre 2018 (date de sa création à Lyon) et l’annonce de sa dissolution par Bruno Retailleau en 2025.
Cette montée en puissance des militants de la Jeune Garde qui les a amenés à battre à mort Quentin Deranque n’a fait l’objet d’aucune enquête ou article, même pas d’une brève.
Au contraire, Raphaël Arnault, leader de la Jeune Garde et désormais député de la France Insoumise, a eu droit à un traitement très révérencieux de la part du Progrès pendant plusieurs années.
Une cécité volontaire ?
Ce quotidien n’est pas le seul, puisque la plupart des médias nationaux (de Libération au Monde) ont fait preuve d’un aveuglement volontaire sur les agressions commises par la Jeune Garde. Une cécité incompréhensible puisque la Jeune Garde revendiquait sur ses réseaux officiels (Facebook, X, Instagram) ou officieux (canal Antifa Squad) ses attaques violentes !
Par un drôle de hasard, à chaque fois que des membres de la Jeune Garde à Lyon se retrouvaient devant les tribunaux, les articles du Progrès évoquaient des membres de « l’extrême gauche » ou de « l’ultra-gauche », sans citer nommément ce groupuscule. Comme si les journalistes rechignaient à éclairer les exactions du groupe de Raphaël Arnault.
Pour comprendre ce parti pris, il faut d’abord enquêter sur un silence : des articles du Progrès dans les archives sur la trentaine d’agressions de la Jeune Garde à Lyon, il y en a très peu… À notre connaissance, à part un article Un militant d’ultra-gauche accusé d’apologie du terrorisme, rien de vraiment négatif n’a été écrit entre 2018 jusqu’à sa dissolution en 2025 et le meurtre de Quentin Deranque en février 2026.
Un fil conducteur militant
Alors pendant plusieurs années, le fil conducteur du traitement médiatique de la Jeune Garde et des Raphaël Arnault par les journalistes du Progrès semble avoir été :
- de souligner les actions positives comme des rassemblements ou manifestations contre l’extrême droite, la Jeune Garde est alors mise en avant.
- de relativiser les violences des membres de la Jeune Garde (revendiquées par ce groupuscule) qui deviennent celles de « l’extrême gauche » ou de « l’ultra-gauche ».
- d’indiquer comme seules victimes les militants de la Jeune Garde.
Quatre exemples
Voici donc, à partir de quelques articles, comment le quotidien Le Progrès a traité les violences de la Jeune Garde.
Août 2020 : Attaque de militants patriotes attablés à une terrasse de bar : Le Progrès ne voit pas la Jeune Garde mais « un groupe d’ultragauche ».
Pourtant, plusieurs mois plus tard, au détour d’un article sur un militant de la Jeune Garde accusé d’apologie de terrorisme, Le Progrès confirme cette information :
« Selon nos informations, H. A. est l’un des six membres présumés de l’ultragauche, mis en examen, en août, notamment pour violences aggravées, après l’agression de trois clients d’un bar dans le Vieux-Lyon, sur fond de tensions avec l’ultra-droite. La Jeune garde refuse de s’exprimer sur ce volet. » (Le Progrès, Un militant d’ultra-gauche accusé d’apologie du terrorisme).
Et depuis 2021, dans les nombreux portraits ou articles consacrés à Raphaël Arnault, jamais le porte-parole de la Jeune Garde n’a été questionné sur cette agression…
Septembre 2021 : attaque du cortège anti-passe sanitaire par une quinzaine de militants de la Jeune Garde. Pour le Progrès, c’est « l’extrême gauche ».
Un passant est violemment frappé à coups de casque et d’armature de chaise métallique sur la tête par un militant de la Jeune Garde. Bilan : plusieurs plaies au visage, une fracture de l’index et la perte de quatre dents sous les coups. L’auteur du coup de casque sera arrêté et condamné. En « garde à vue, il a confirmé son appartenance au groupe d’extrême gauche, dont l’action était censée prévenir les débordements de groupes d’extrême droite, qui les auraient pris à partie. »
Malgré le procès et la revendication de l’attaque sur les réseaux sociaux, la Jeune Garde n’a jamais été citée dans les articles consacrés à cette attaque par Le Progrès. À l’inverse, Valeurs actuelles avait relayé l’information :
« À Lyon, ce groupe a un nom : la Jeune Garde. Samedi 8 septembre [4 septembre], une quinzaine d’entre eux ont attaqué le cortège lyonnais composé de familles et de manifestants jusqu’alors pacifiques. Repoussés malgré tout, cette attaque n’est pas la première à leur actif, à en croire le casier judiciaire de certains de leurs leaders, comme Grégory F., sous contrôle judiciaire après avoir agressé deux jeunes à la terrasse d’un bar. »
Quand, début octobre 2021, plusieurs militants de la Jeune Garde affirment avoir été attaqués par des militants de l’autre bord, Le Progrès n’hésite pas à faire un article et à citer nommément le groupuscule de Raphaël Arnault comme la victime des violences de l’extrême droite…
Dans le même temps, lorsque la Jeune Garde manifeste contre sa dissolution en mai 2025, Le Progrès leur donne la parole sans jamais oser leur poser des questions qui fâchent, sur les multiples agressions que leurs membres avaient commises à Lyon et que le quotidien connaissait !
Cécité involontaire ou organisée ? À chacun de juger sur pièces…
Claude Lenormand

