À l’occasion de la série d’auditions des acteurs de France Télévisions, la commission sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public a interrogé Léa Salamé ce lundi 2 février 2026, aux côtés des rédacteurs en chef du journal de 20h.
« Je suis journaliste depuis plus de vingt ans et […] ai fait de l’intégrité et du pluralisme mes lignes directrices. » Auditionnée dans le cadre de la commission UDR sur la neutralité et le financement de l’audiovisuel public, Léa Salamé a présenté, ce 2 février 2026, les raisons qui l’avaient conduite à choisir l’audiovisuel public pour carrière.
L’audiovisuel public : un choix militant
Avec « 5 000 entretiens au compteur », la journaliste s’est targuée à plusieurs reprises de ne jamais avoir cédé à l’appel d’un privé qui aurait pu lui faire gagner « beaucoup beaucoup plus » – sans qu’elle ne souhaite jamais, au fil des plus de 2h30 d’audition, donner un ratio ou une estimation des rémunérations perçues ou espérées en cas de changement de poste, au nom de l’obligation faite par France Télévisions de ne pas dévoiler les salaires.
Sur le pluralisme, la journaliste a revendiqué qu’il s’agissait d’une conviction personnelle, « avant d’être une obligation professionnelle », soulignant au passage qu’être au service de son pays, dont elle prit la nationalité à 10 ans, la France, constituait un honneur. Durant l’entretien, elle a également révélé ne jamais avoir été la cible de pression, qu’elles soient politiques ou issues de tout autre rang. « L’audiovisuel public nous permet d’informer sans être obligé de plaire », a conclu Léa Salamé dans son propos liminaire.
Sur les audiences, interrogée par le rapporteur UDR Charles Alloncle qui constatait que les audiences de France Télévisions étaient en berne, Léa Salamé a souligné que les équipes étaient en train d’inverser la tendance.
En matière de déontologie, la présentatrice du JT de France 2 a indiqué refuser systématiquement de préparer les questions avec ses invités politiques, comme cela pouvait se faire dans « l’ancien temps ». Elle a souligné refuser de déjeuner ou de boire des cafés avec des personnalités politiques parce que « ça viendrait vicier ma manière de les interroger. Je préfère mettre de la distance. » Sur le sujet de la déontologie, elle n’a pas souhaité répondre à l’affaire Thomas Legrand/Cohen, estimant qu’elle ne la concernait pas, mais s’est déclarée choquée que des journalistes aient pu être enregistrés à leur insu.
Raphaël Glucksmann : un bien inconvénient compagnon
Léa Salamé a été à de nombreuses reprises sur son compagnon Raphaël Glucksmann : beaucoup de précautions oratoires ont été prises de toute part, y compris de celle du rapporteur, pour indiquer qu’il ne s’agissait pas de lier nécessairement sa carrière à sa vie privée, notamment en sa qualité de femme. Interrogée sur les garanties de son indépendance et du traitement des invités, Léa Salamé a indiqué qu’elle avait toujours anticipé le conflit d’intérêt : à titre d’exemple, en 2019, pour les élections européennes, elle s’est mise en retrait de l’antenne « le jour de la déclaration de candidature » de Raphaël Gluksmann… « contre l’avis de [s]a hiérarchie […] qui ne voyait pas pourquoi [elle] devait sortir de l’antenne ».
Hors des élections, elle dit avoir mené son travail en toute impartialité, soulignant qu’une femme ne « pensait », ne « priait » pas, en 2026, nécessairement comme son mari. « Mon indépendance est mon talisman », a‑t-elle souligné. « Si un jour, [Raphaël Gluksmann] se décide à être candidat [à la présidentielle], je quitte le 20h immédiatement », a‑t-elle conclu.
« Si vous étiez la compagne de Jordan Bardella, seriez-vous toujours à la tête du JT de France 2 ? », a cependant insisté Charles Alloncle. La journaliste a indiqué qu’elle espérait que si « la compagne de Jordan Bardella était journaliste », elle « espérait » qu’elle puisse exercer son métier jusqu’à ce que son compagnon se présente à la présidence.
Quelques égratignures pour une commission légèrement chahutée
Outre quelques passes d’armes entre le président Jérémie Patrier-Leitus et le rapporteur Charles Alloncle, l’audition a été émaillée de quelques remontrances du premier à l’encontre de députés de la France insoumise. Ainsi, Aurélien Saintoul s’est fait reprendre par le président qui a déploré qu’il ait manqué aux règles de courtoisie élémentaires. « On parle pas des gens à la 3ᵉ personne quand ils sont en face de vous. […] Il y a dans notre pays des règles de civilité ! […] Mais on est où ici ?? », a explosé le président de la commission. L’intervention du député s’est d’ailleurs illustrée par sa stérilité, puisqu’elle n’a consisté qu’à souligner le fait que M. Saintoul percevait cette commission comme « inutile ».
Par ailleurs, le député socialiste Ayda Hadizadeh est intervenue pour indiquer qu’elle produirait un nouveau courrier à la présidente de l’Assemblée nationale pour se plaindre des propos du rapporteur à l’occasion d’une précédente audition. Ambiance !
Sébastien Chapoutier


