Ojim.fr

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

Olivier Legrain, le mécène de gauche en quête de rôle pour 2027

29 janvier 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | Veille médias | Olivier Legrain, le mécène de gauche en quête de rôle pour 2027

Olivier Legrain, le mécène de gauche en quête de rôle pour 2027

Temps de lecture : 4 minutes

Olivier Legrain, le mécène de gauche en quête de rôle pour 2027

Ancien indus­triel recon­ver­ti en psy­chothérapeute, le mil­lion­naire Olivi­er Legrain assume désor­mais vouloir peser dans la séquence 2027. Entre finance­ment de médias engagés et pro­jet de « Mai­son des médias libres » à Bar­bès, il promet de « mutu­alis­er » et de « libér­er ». Reste le nœud : qui tient la clef ?

Olivi­er Legrain sort pro­gres­sive­ment du reg­istre dis­cret du dona­teur pour endoss­er un rôle plus poli­tique. À gauche, son nom cir­cule depuis des années dans les rédac­tions dites « indépen­dantes » (com­prenez de gauche et d’extrême gauche) qu’il sou­tient finan­cière­ment, et dans les céna­cles où l’on cherche une méth­ode (ou une pri­maire) pour éviter l’éparpillement en 2027. La nou­veauté, c’est la struc­tura­tion : un lieu, un réc­it et une stratégie d’écosystème.

La « Maison des médias libres » : mutualiser, oui… mais sous quel toit ?

Le pro­jet le plus vis­i­ble est immo­bili­er et sym­bol­ique : la « Mai­son des médias libres » au 70 boule­vard Bar­bès (Paris 18ᵉ). Le Monde relate que le Con­seil de Paris a voté, le 25 juin 2024, la vente du bâti­ment à un col­lec­tif com­posé d’Olivier Legrain et de la fon­cière Bellevilles, pour une ouver­ture annon­cée fin 2026 après travaux. Le pro­jet vise à rassem­bler des médias comme Poli­tis, Bas­ta!, Regards, Blast, Les Jours ou Alter­na­tives économiques, avec stu­dios et espaces ouverts au public.

Sur le papi­er, l’idée répond à une fragilité réelle : des rédac­tions vul­nérables, des coûts fix­es lourds, et une con­cen­tra­tion du secteur qui asphyx­ie le plu­ral­isme. Mais l’équation, comme la couleur de ces titres, n’est pas neu­tre : quand un « média libre » dépend d’un mécène pour ses murs, sa logis­tique ou sa survie, l’indépendance devient une promesse à sur­veiller autant qu’un principe affiché.

La gauche le rap­pelle assez sou­vent à pro­pos de la sphère Bol­loré pour ne pas envis­ager son autocritique…

Legrain, « anti-milliardaires »… avec des réflexes d’actionnaire

Dans un entre­tien à Street­Press, Legrain revendique avoir « plusieurs dizaines de mil­lions d’euros » et décrit une décen­nie de finance­ments « tous azimuts » (prêt à Poli­tis, sou­tien à Blast, Vert, Media Coop, etc.), tout en pré­cisant détenir 2,4 % de Street­Press. Il racon­te aus­si être entré au cap­i­tal des Jours aux côtés de Xavier Niel. Autrement dit : une cri­tique de la con­cen­tra­tion… accom­pa­g­née d’une pra­tique assumée de prise de par­tic­i­pa­tions et d’agrégation. Ces médias ont égale­ment tous en com­mun une hos­til­ité aux médias Bol­loré, une manière d’illustrer une éton­nante rival­ité millionnaire/milliardaire !

Legrain a d’ailleurs théorisé cette pos­ture dans un livre coécrit avec Vin­cent Edin, Sauver l’information de l’emprise des mil­liar­daires (Pay­ot), appelant à résis­ter à l’influence des grandes for­tunes dans les médias. Le para­doxe est frontal : com­bat­tre l’« emprise » par la fig­ure d’un riche « dif­férent », plus vertueux, plus « citoyen ».

2027 : la tentation du « faiseur » plus que du simple donateur

Legrain a aus­si financé, selon L’Express, la Pri­maire pop­u­laire à hau­teur de 400 000 euros en 2022.

Un échec reten­tis­sant avec une pri­maire cen­sée être démoc­ra­tique qui s’était imposée à la gauche sans l’accord du plus gros can­di­dat de cette famille poli­tique : Jean-Luc Mélen­chon. Résul­tat, Chris­tiane Taubi­ra, nom­mée cham­pi­onne, ne par­ticipera même pas à la présidentielle.

L’épisode dit quelque chose : der­rière le sou­tien aux médias, il y a une volon­té d’architecture poli­tique, de méth­ode, de coalition.

L’engagement légitime pour ses idées de gauche rad­i­cale comme social-démoc­rate fait emprunter un chemin résol­u­ment para­dox­al à Olivi­er Legrain, qui emprunte les out­ils de l’investisseur : cap­i­taux, pris­es de parts et choix sou­verains… Un peu comme ceux que ses rédac­tions aiment critiquer.

Voir aus­si : Olivi­er Legrain, portrait

Rodolphe Cha­la­mel