Violences de la Jeune Garde : silence du quotidien de Lyon Le Progrès

18 février 2026 | Temps de lecture : 6 minutes

La mort du jeune mil­i­tant Quentin Der­anque, bat­tu à mort par des mil­i­tants antifas à Lyon en marge d’une action de Neme­sis, a mis une nou­velle fois en lumière les vio­lences de la Jeune Garde. Créée en 2018 et dis­soute offi­cielle­ment en 2025 par le min­istre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retail­leau, ce grou­pus­cule prin­ci­pale­ment présent à Lyon et à Paris a béné­fi­cié pen­dant plusieurs années d’une com­plai­sance des médias sur ses idées et d’un mutisme total sur ses vio­lences pour­tant revendiquées ouverte­ment sur les réseaux sociaux !

L’exemple type de cette bien­veil­lance médi­a­tique envers la Jeune Garde et de ce silence sur ses agres­sions est le quo­ti­di­en région­al basé à Lyon, Le Pro­grès, pour­tant jamais avare de titres chocs sur les vio­lences réelles de l’ultra-droite dans la cap­i­tale des Gaules.

27 agressions à Lyon : silence du Progrès

Selon un recense­ment de l’Observatoire des vio­lences poli­tiques, « sur cinq années d’ac­tiv­ité, de 2019 à début 2025, on recense pas moins de 52 faits d’a­gres­sions et de men­aces [de la Jeune Garde], dont 27 à Lyon. La plu­part des cibles, présen­tées comme « nazies » ou a min­i­ma nation­al­istes, ne peu­vent être iden­ti­fiées et très sou­vent leur désig­na­tion est pure­ment uni­latérale par la com­mu­ni­ca­tion de la Jeune Garde. Enfin, Raphaël Arnault (Archenault) est égale­ment claire­ment recon­naiss­able dans plusieurs de ces reven­di­ca­tions d’at­taque. »

Sur ces 27 agres­sions revendiquées par la Jeune Garde sur ses réseaux soci­aux, les jour­nal­istes du Pro­grès n’ont qua­si­ment jamais écrit une seule ligne. C’est bien sim­ple, il n’y a eu aucun arti­cle à ce sujet entre 2018 et 2024. Une seule fois la Jeune Garde a été nom­mé­ment mise en cause durant cette péri­ode, lorsqu’un de ses mil­i­tants avait été accusé d’apologie de ter­ror­isme. Il a fal­lu atten­dre 2025 pour que les choses changent timide­ment sur ce black­out total : le tra­vail d’enquête mené par des médias (Valeurs actuelles, Fron­tières, Le Figaro, Mar­i­anne, etc.) a incité le min­istre de l’In­térieur de l’époque, Bruno Retail­leau, à annon­cer la dis­so­lu­tion de la Jeune Garde. Pour­tant, même après cette annonce étayée par des faits, Le Pro­grès ne pour­ra pas s’empêcher de pub­li­er un papi­er com­plaisant, inti­t­ulé « En s’attaquant à la Jeune Garde, on s’attaque à tout notre camp. »

Pour­tant, les jour­nal­istes du Pro­grès con­nais­sent très bien son porte-parole, Raphaël Arnault, puisqu’il a été hon­oré de plusieurs arti­cles de pro­mo­tion dans ce quo­ti­di­en. Dans son por­trait sur une page com­plète, Qui est Raphaël Arnault, fig­ure mon­tante lyon­naise de l’antifascisme ? Aucune ques­tion ou remar­que sur les agres­sions ou intim­i­da­tions de son grou­pus­cule par le jour­nal­iste Jérôme Morin. Par con­tre, nous apprenons que Raphaël Arnault aime les « “con­certs de musique cubaine ou de jazz”, où il est con­tent que ses amis le traî­nent, même si son truc à lui, c’est plutôt le rap à l’ancienne. Iam, la Fonky Fam­i­ly et Médine en par­ti­c­uli­er. »

Rien, il n’y aura jamais eu aucune ques­tion, allu­sion, cor­rec­tif ou enquête sur les vio­lences com­mis­es par la Jeune Garde à Lyon. Fer­mez le ban, il n’y a rien à voir depuis 2018.

Raphaël Arnault peut donc déclar­er dans un autre arti­cle pro­mo­tion­nel, « Raphaël Arnault veut incar­n­er l’ex­trême gauche » du Pro­grès, « Per­son­nelle­ment, je ne suis pas vio­lent » sans qu’aucune con­tra­dic­tion ne lui soit apportée par le jour­nal­iste David Tapissier.

Et pen­dant plusieurs années, cette impos­ture médi­a­tique a fonc­tion­né à fond à Lyon : le gen­til Raphaël Arnault à l’allure d’étudiant était un non-vio­lent, les mem­bres de la Jeune garde « des élé­ments moteurs d’une recon­struc­tion d’une vraie gauche dif­férente et du XXIᵉ siè­cle » (selon Armand Creus, mem­bre d’Ensemble ! et ex-con­seiller région­al Front de gauche) et les vio­lences étaient exclu­sive­ment le fait des grou­pus­cules d’extrême droite.

Pourquoi cette complaisance et ce silence de la part des journalistes du Progrès ?

Pour deux raisons : la pre­mière tient à la per­son­nal­ité de Raphaël Arnault qui est le seul dans la mou­vance antifa à ne jamais rechign­er à répon­dre aux sol­lic­i­ta­tions des jour­nal­istes et qui s’exprime à vis­age décou­vert. Surtout que dans le même temps, beau­coup le soupçon­nent de tra­vailler avec les jour­nal­istes pour échang­er des infor­ma­tions sur les groupes d’extrême droite et leurs mil­i­tants. La deux­ième rai­son, c’est la prox­im­ité idéologique d’une par­tie des jour­nal­istes avec la gauche et l’extrême gauche. Dès lors, les vio­lences et les agres­sions à l’encontre des mil­i­tants nation­al­istes devi­en­nent pour eux com­préhen­si­bles et même excus­ables dans cer­tains cas. En tout cas, elles ne méri­tent pas d’être men­tion­nées dans leurs colonnes. L’agression de Quentin Der­anque a trag­ique­ment échap­pé à cette omer­ta devant la grav­ité de ses blessures et son décès.

Voir aus­si : Amjad Allouchi/Le Pro­grès con­tre Claude Chollet/Ojim, pre­mière audience

L’exemple du journaliste Jérôme Morin

La fron­tière est extrême­ment poreuse entre jour­nal­isme et mil­i­tan­tisme, notam­ment chez bon nom­bre de jour­nal­istes qui sont à la fois hommes de médias et mil­i­tants à l’extrême gauche. Prenons l’exemple du por­trait le plus dithyra­m­bique sur le porte-parole de la Jeune Garde, Raphaël Arnault : « Qui est Raphaël Arnault, fig­ure mon­tante lyon­naise de l’antifascisme ? », une pleine page dans l’édition papi­er du Pro­grès (6 avril 2022) comme une star du show biz ou des médias, écrit par le jour­nal­iste Jérôme Morin. Vous n’y trou­verez aucune ques­tion qui fâche, ni info sur les agres­sions ou intim­i­da­tions. Le plus intéres­sant dans cet arti­cle, c’est le CV de son auteur, Jérôme Morin, « jour­nal­iste [police jus­tice] au quo­ti­di­en Le Pro­grès et représen­tant du Syn­di­cat nation­al des jour­nal­istes ». Comme son nom ne l’indique pas, le Syn­di­cat nation­al des jour­nal­istes (SNJ) oscille entre gauche et extrême-gauche (mem­bre de l’U­nion syn­di­cale Sol­idaires) et est le pre­mier syn­di­cat des jour­nal­istes, dont l’un des axes d’engagement est la lutte con­tre l’extrême droite en général et le Rassem­ble­ment nation­al en par­ti­c­uli­erNous appelons les mil­i­tants, adhérents et sym­pa­thisants du SNJ à par­ticiper mas­sive­ment aux rassem­ble­ments uni­taires Con­tre l’extrême droite et ses idées, pas de Marine Le Pen à l’Élysée ! »). Cette lutte con­tre le « dan­ger de l’extrême droite » a l’air d’être une des pri­or­ités de Jérôme Morin, puisqu’il par­tic­i­pait à Lyon en 2025 à une table ronde organ­isée par les mil­i­tants antifa du col­lec­tif VISA (Vig­i­lance et ini­tia­tives syn­di­cales antifas­cistes) en parte­nar­i­at avec les syn­di­cats de jour­nal­istes SNJ (Sol­idaires), SNJ-CGT, CFDT-Jour­nal­istes, et l’association Acrimed (Action cri­tique médias).

Au Pro­grès, le mil­i­tant le plus médi­a­tique qui lutte con­tre l’extrême droite, Raphaël Arnault, a été suivi et inter­viewé par un syn­di­cal­iste, Jérôme Morin, qui lutte lui-même con­tre l’extrême droite.

Claude Lenor­mand