La mort du jeune militant Quentin Deranque, battu à mort par des militants antifas à Lyon en marge d’une action de Nemesis, a mis une nouvelle fois en lumière les violences de la Jeune Garde. Créée en 2018 et dissoute officiellement en 2025 par le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, ce groupuscule principalement présent à Lyon et à Paris a bénéficié pendant plusieurs années d’une complaisance des médias sur ses idées et d’un mutisme total sur ses violences pourtant revendiquées ouvertement sur les réseaux sociaux !
L’exemple type de cette bienveillance médiatique envers la Jeune Garde et de ce silence sur ses agressions est le quotidien régional basé à Lyon, Le Progrès, pourtant jamais avare de titres chocs sur les violences réelles de l’ultra-droite dans la capitale des Gaules.
27 agressions à Lyon : silence du Progrès
Selon un recensement de l’Observatoire des violences politiques, « sur cinq années d’activité, de 2019 à début 2025, on recense pas moins de 52 faits d’agressions et de menaces [de la Jeune Garde], dont 27 à Lyon. La plupart des cibles, présentées comme « nazies » ou a minima nationalistes, ne peuvent être identifiées et très souvent leur désignation est purement unilatérale par la communication de la Jeune Garde. Enfin, Raphaël Arnault (Archenault) est également clairement reconnaissable dans plusieurs de ces revendications d’attaque. »
Sur ces 27 agressions revendiquées par la Jeune Garde sur ses réseaux sociaux, les journalistes du Progrès n’ont quasiment jamais écrit une seule ligne. C’est bien simple, il n’y a eu aucun article à ce sujet entre 2018 et 2024. Une seule fois la Jeune Garde a été nommément mise en cause durant cette période, lorsqu’un de ses militants avait été accusé d’apologie de terrorisme. Il a fallu attendre 2025 pour que les choses changent timidement sur ce blackout total : le travail d’enquête mené par des médias (Valeurs actuelles, Frontières, Le Figaro, Marianne, etc.) a incité le ministre de l’Intérieur de l’époque, Bruno Retailleau, à annoncer la dissolution de la Jeune Garde. Pourtant, même après cette annonce étayée par des faits, Le Progrès ne pourra pas s’empêcher de publier un papier complaisant, intitulé « En s’attaquant à la Jeune Garde, on s’attaque à tout notre camp. »
Pourtant, les journalistes du Progrès connaissent très bien son porte-parole, Raphaël Arnault, puisqu’il a été honoré de plusieurs articles de promotion dans ce quotidien. Dans son portrait sur une page complète, Qui est Raphaël Arnault, figure montante lyonnaise de l’antifascisme ? Aucune question ou remarque sur les agressions ou intimidations de son groupuscule par le journaliste Jérôme Morin. Par contre, nous apprenons que Raphaël Arnault aime les « “concerts de musique cubaine ou de jazz”, où il est content que ses amis le traînent, même si son truc à lui, c’est plutôt le rap à l’ancienne. Iam, la Fonky Family et Médine en particulier. »
Rien, il n’y aura jamais eu aucune question, allusion, correctif ou enquête sur les violences commises par la Jeune Garde à Lyon. Fermez le ban, il n’y a rien à voir depuis 2018.
Raphaël Arnault peut donc déclarer dans un autre article promotionnel, « Raphaël Arnault veut incarner l’extrême gauche » du Progrès, « Personnellement, je ne suis pas violent » sans qu’aucune contradiction ne lui soit apportée par le journaliste David Tapissier.
Et pendant plusieurs années, cette imposture médiatique a fonctionné à fond à Lyon : le gentil Raphaël Arnault à l’allure d’étudiant était un non-violent, les membres de la Jeune garde « des éléments moteurs d’une reconstruction d’une vraie gauche différente et du XXIᵉ siècle » (selon Armand Creus, membre d’Ensemble ! et ex-conseiller régional Front de gauche) et les violences étaient exclusivement le fait des groupuscules d’extrême droite.
Pourquoi cette complaisance et ce silence de la part des journalistes du Progrès ?
Pour deux raisons : la première tient à la personnalité de Raphaël Arnault qui est le seul dans la mouvance antifa à ne jamais rechigner à répondre aux sollicitations des journalistes et qui s’exprime à visage découvert. Surtout que dans le même temps, beaucoup le soupçonnent de travailler avec les journalistes pour échanger des informations sur les groupes d’extrême droite et leurs militants. La deuxième raison, c’est la proximité idéologique d’une partie des journalistes avec la gauche et l’extrême gauche. Dès lors, les violences et les agressions à l’encontre des militants nationalistes deviennent pour eux compréhensibles et même excusables dans certains cas. En tout cas, elles ne méritent pas d’être mentionnées dans leurs colonnes. L’agression de Quentin Deranque a tragiquement échappé à cette omerta devant la gravité de ses blessures et son décès.
Voir aussi : Amjad Allouchi/Le Progrès contre Claude Chollet/Ojim, première audience
L’exemple du journaliste Jérôme Morin
La frontière est extrêmement poreuse entre journalisme et militantisme, notamment chez bon nombre de journalistes qui sont à la fois hommes de médias et militants à l’extrême gauche. Prenons l’exemple du portrait le plus dithyrambique sur le porte-parole de la Jeune Garde, Raphaël Arnault : « Qui est Raphaël Arnault, figure montante lyonnaise de l’antifascisme ? », une pleine page dans l’édition papier du Progrès (6 avril 2022) comme une star du show biz ou des médias, écrit par le journaliste Jérôme Morin. Vous n’y trouverez aucune question qui fâche, ni info sur les agressions ou intimidations. Le plus intéressant dans cet article, c’est le CV de son auteur, Jérôme Morin, « journaliste [police justice] au quotidien Le Progrès et représentant du Syndicat national des journalistes ». Comme son nom ne l’indique pas, le Syndicat national des journalistes (SNJ) oscille entre gauche et extrême-gauche (membre de l’Union syndicale Solidaires) et est le premier syndicat des journalistes, dont l’un des axes d’engagement est la lutte contre l’extrême droite en général et le Rassemblement national en particulier (« Nous appelons les militants, adhérents et sympathisants du SNJ à participer massivement aux rassemblements unitaires Contre l’extrême droite et ses idées, pas de Marine Le Pen à l’Élysée ! »). Cette lutte contre le « danger de l’extrême droite » a l’air d’être une des priorités de Jérôme Morin, puisqu’il participait à Lyon en 2025 à une table ronde organisée par les militants antifa du collectif VISA (Vigilance et initiatives syndicales antifascistes) en partenariat avec les syndicats de journalistes SNJ (Solidaires), SNJ-CGT, CFDT-Journalistes, et l’association Acrimed (Action critique médias).
Au Progrès, le militant le plus médiatique qui lutte contre l’extrême droite, Raphaël Arnault, a été suivi et interviewé par un syndicaliste, Jérôme Morin, qui lutte lui-même contre l’extrême droite.
Claude Lenormand

