Donald Trump a profité d’une allocution consacrée à la sécurité électorale pour accuser NBC et ABC de participer à un « complot » après leur refus de diffuser son discours en direct. Une nouvelle offensive médiatique, quelques mois après sa plainte spectaculaire contre la BBC.
À l’en croire, ABC et NBC « font partie d’un complot ». Le 16 juillet, depuis la Maison-Blanche, Donald Trump a reproché aux deux chaînes de ne pas interrompre leurs programmes pour retransmettre son discours sur les élections, au cours duquel il a repris ses accusations contestées sur le scrutin de 2020. Ces médias voudraient entretenir « cette fraude ».
Des licences que les chaînes ne possèdent pas
Trump est allé jusqu’à réclamer leur retrait : « Une fraude comme celle-ci devrait signifier le retrait de leurs licences. » La formule est tonitruante, mais juridiquement bancale : la Commission fédérale des communications délivre des licences aux stations locales, non aux réseaux nationaux.
La liberté éditoriale des diffuseurs reste en outre largement protégée par le premier amendement.
NBC et ABC n’avaient pas totalement occulté l’allocution, proposée sur leurs plateformes numériques. CNN avait fait un choix voisin, Fox News l’a retransmise, tandis que CBS n’en a diffusé qu’une partie avant de vérifier les affirmations présidentielles. On peut discuter le refus de montrer en direct la parole du chef de l’État. Parler de « complot » transforme cependant une décision éditoriale contestable en machination électorale, sans preuve.
La BBC avait, elle, réellement fauté
Le contentieux avec la BBC repose sur un terrain plus solide. Dans un épisode de Panorama, le diffuseur avait assemblé deux passages distincts du discours prononcé par Trump le 6 janvier 2021, donnant l’impression d’un appel direct à l’action violente. La BBC a présenté ses excuses pour ce montage, tout en niant qu’il constitue juridiquement une diffamation.
Trump réclame jusqu’à dix milliards de dollars devant un tribunal de Floride. On apprenait le 17 juillet que le chef d’État abandonnait ses poursuites contre BBC Studios Productions et BBC Studios Distribution, mais maintenait son action contre la British Broadcasting Corporation. Celle-ci affirme que le documentaire n’a pas été diffusé sur ses plateformes américaines et demande le rejet de la plainte. Un procès est programmé en février 2027 si l’affaire franchit les étapes préalables.
L’ingérence, refuge commode des présidents fragilisés
La BBC mérite donc la critique pour un montage trompeur reconnu. Mais Trump affaiblit son propos lorsqu’il étend le soupçon à tout média refusant ses conditions de diffusion. La faute précise devient alors le prétexte d’une guerre générale contre les rédactions récalcitrantes.
Le phénomène, qui révèle surtout la fébrilité du président, n’est cependant pas qu’américain. Face à une crise politique persistante, Emmanuel Macron a lui aussi placé les « ingérences étrangères », la désinformation et la fiabilité des médias au cœur de sa communication, tout en affrontant les médias du groupe Bolloré. Trump menace les licences, Macron a évoqué la labellisation : deux méthodes différentes, mais un réflexe commun consistant à chercher, dans les puissances étrangères ou dans les médias hostiles, une explication commode à la défiance intérieure.
Olivier Frèrejacques


