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<span class="dquo">«</span> Évidences » : le think tank d’anciens ministres qui recrute au cœur des cercles de pouvoir

6 janvier 2026

Temps de lecture : 5 minutes
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« Évidences » : le think tank d’anciens ministres qui recrute au cœur des cercles de pouvoir

Temps de lecture : 5 minutes

« Évidences » : le think tank d’anciens ministres qui recrute au cœur des cercles de pouvoir

L’entrée d’Agnès Pan­nier-Runach­er par­mi les mem­bres d’« Évi­dences » remet en lumière ce think tank fondé en 2025 par Agnès Buzyn et Mélanie Heard. Der­rière la promesse de « remet­tre la sci­ence » au cen­tre, l’écosystème affiché ressem­ble surtout à une passerelle insti­tu­tion­nelle et politi­co-médi­a­tique qui vise aus­si à « lut­ter con­tre la désinformation ».

Un forum pseudo apolitique

L’institut se présente comme un « forum » défen­dant « la valeur éman­ci­patrice de la sci­ence » et revendique un com­bat « apolitique ».

Évi­dences entend pro­mou­voir l’esprit cri­tique et l’éducation aux mécan­ismes de manipulation.

Dans ses « champs de réflex­ion », le think tank place en pre­mier la « pro­mo­tion de l’esprit sci­en­tifique et de la pen­sée cri­tique en démoc­ra­tie », une manière de dire à ceux qui ne pensent pas pareil qu’ils sont con­tre la sci­ence ? Le procédé a large­ment été util­isé durant la crise sanitaire.

L’information et son traite­ment, au nom de la science !

Dans ses travaux, signés par des êtres humains et sans recours déclaré à l’IA, le think tank a déjà pub­lié une analyse qui s’apparente plutôt à une descrip­tion dédiée à la dés­in­for­ma­tion et qui passe en revue les approches dites « clas­siques » (fact-check­ing, debunk­ing, édu­ca­tion aux médias) et dis­cute une stratégie préven­tive dite de « prédémystification/inoculation » (sou­vent résumée par « vac­ci­na­tion cognitive »).

Le texte insiste sur un point : les poli­tiques de lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion devraient être expéri­men­tales, évalu­ables et fondées sur la lit­téra­ture sci­en­tifique, plutôt que guidées par l’intuition : « La lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion n’est pas affaire de bon sens, mais de science. »

Évi­dences com­mu­nique aus­si sur des événe­ments trai­tant explicite­ment de dés­in­for­ma­tion – par exem­ple une journée (en novem­bre 2025) struc­turée en ate­liers (« Résis­ter aux fake news », « tra­vail jour­nal­is­tique », « édu­quer pour mieux informer », etc.). La liste des pro­fils mis en avant, et la manière dont ils irriguent déjà les grands médias, inter­ro­gent sur la fron­tière entre plaidoy­er sci­en­tifique, stratégie d’influence et recasage de copains.

Une « Renaissance » pour Agnès Pannier-Runacher

Sur son site, « Évi­dences » présente Agnès Pan­nier-Runach­er comme députée Renais­sance depuis 2024 et mem­bre du gou­verne­ment entre 2018 et 2025, met­tant en avant la sou­veraineté (sic), la com­péti­tiv­ité et les négo­ci­a­tions inter­na­tionales (sic et re-sic !).

Celle-ci, qui plaidait en févri­er 2025 pour une « IA écore­spon­s­able », incar­ne l’aile gauche du macro­nisme et sa présence illus­tre un choix clair : capter des fig­ures poli­tiques (ou ex-poli­tiques) pour peser dans l’agenda pub­lic, plutôt que rester dans un rôle d’expertise dis­crète. Son arrivée « pour avancer sur un thème plus que jamais essen­tiel : la lutte con­tre la dés­in­for­ma­tion » s’inscrit dans le sil­lage des tournées prési­den­tielles con­cer­nant juste­ment la ques­tion de l’information. Le com­bat élec­toral mal en point, une par­tie de l’échiquier poli­tique se reporte sur le secteur de l’information qui leur échappe petit à petit.

Dans le même esprit, l’institut explique recevoir son finance­ment de « parte­naires publics et privés » asso­ciés « à titre con­sul­tatif » à sa gou­ver­nance, for­mu­la­tion qui cherche à con­jur­er le soupçon d’un think tank « financé donc ori­en­té », sans en don­ner les détails chiffrés.

Un casting institutionnel (et très marqué politiquement)

La promesse d’apolitisme se heurte au pedi­gree des per­son­nal­ités présen­tées. Mélanie Heard, déléguée générale, a notam­ment dirigé la divi­sion san­té du think tank Ter­ra Nova. Le site affiche aus­si Thier­ry Pech, explicite­ment décrit comme directeur général du think tank « pro­gres­siste Ter­ra Nova ». Autre pro­fil révéla­teur : François-Xavier Demoures, passé par des fonc­tions de « directeur général aux poli­tiques du Par­ti socialiste ».

À côté de ces mar­queurs idéologiques, la galax­ie Évi­dences aligne des hauts fonc­tion­naires, com­mu­ni­cants et dirigeants d’institutions : par exem­ple Ray­mond Le Moign (HCL), ex-directeur de cab­i­net de min­istres de la San­té suc­ces­sifs (Marisol Touraine, Olivi­er Véran et… Agnès Buzyn !), ou Lau­ra Létourneau, déléguée min­istérielle au numérique en san­té auprès de min­istres chargés de la San­té sous l’ère macroniste.

Les portes s’ouvrent pour Agnès Buzyn

Le think tank est présidé par Agnès Buzyn, qui met en avant un par­cours sci­en­tifique et insti­tu­tion­nel (HAS, min­istère, OMS, Cour des comptes). Mais l’entreprise se heurte à une ques­tion de crédi­bil­ité publique : Buzyn a bien été mise en exa­m­en en 2021 pour « mise en dan­ger d’autrui » dans le dossier covid, avant que cette mise en exa­m­en ne soit annulée en jan­vi­er 2023 ; l’enquête s’est con­clue par un non-lieu général en juil­let 2025.

Entre-temps, « Évi­dences » a déjà trou­vé des accès de pres­tige : entre­tien en mars au Figaro, tri­bune au Monde signée par Agnès Buzyn et Mélanie Heard en août 2025. Reste un impen­sé cen­tral : les moyens. Et là, la sacro-sainte trans­parence, valeur car­di­nale de notre époque, n’est pas appliquée à Évi­dences. Qui est payé dans ce think tank ? Qui paye ? Ni la sci­ence, ni le bon sens ne nous le diront.

Rodolphe Cha­la­mel