« Certains disent que nous allons trop loin, que nous allons à contre-courant. Depuis quand reconnaître des droits est-il devenu quelque chose de radical ? »
Voici le tweet publié par le Premier ministre socialiste Pedro Sánchez sur X le 30 janvier 2026, en réponse à la tornade médiatique. Cet emballement a été provoqué par le lancement d’une procédure de régularisation de 50 000 migrants clandestins en Espagne par le gouvernement espagnol. Cette opération sans précédent est éminemment idéologique, et se présente comme un étendard de la ligne générale défendue par le PSOE, le Parti socialiste ouvrier espagnol au pouvoir et présidé par le chef du gouvernement.
Un calendrier accéléré
L’objectif est d’exécuter rapidement cette mesure, à travers un calendrier « express », pour reprendre le terme utilisé par le quotidien national El Mundo :
« Les demandes pourront être déposées entre avril et juin et le gouvernement statuera dans un délai de trois mois ».
Les conditions n’incluent pas la nationalité : il s’agit avant tout d’une autorisation à travailler, comme le précise le journal :
« L’autorisation obtenue sera un permis de séjour avec autorisation de travail. Cela n’implique pas l’obtention automatique de la nationalité espagnole (ils ne pourront pas voter aux élections régionales ni générales), ni l’accès immédiat aux prestations non contributives. »
Opposition ferme de Vox
Si El Mundo souligne avant tout les effets positifs de cette mesure, ainsi que les bénéfices recherchés tels qu’une augmentation des recettes fiscales et la protection de l’inclusion des étrangers dans la société, une part considérable de l’opinion publique et des personnalités politiques s’est opposée à la mesure. C’est le cas par exemple du parti politique Vox – membre du parti politique européen Patriots.eu à l’image du Rassemblement national en France –, qui s’est frontalement opposé à la décision, et a pris les mesures en son pouvoir pour agir en défaveur de la loi. Les élus du parti ont déposé des motions dans plusieurs institutions où ils sont représentés, afin de formaliser leur désapprobation vis-à-vis d’une « mesure visant à remplacer les Espagnols pour des raisons politiques », d’après le site officiel de Vox. Dans un communiqué officiel, la branche Vox Almería a présenté une contre-mesure claire :
« VOX exige que tous les immigrants entrant illégalement dans le pays soient immédiatement rapatriés, ainsi que ceux qui commettent des délits. »
Une mesure impopulaire
Dans un autre article, El Mundo partage l’opinion des Espagnols, assez réticente, obtenue par le moyen d’une enquête : « 57,5 % s’opposent à la « formule omnibus » de Sánchez, dont 38 % des socialistes », le parti du premier ministre.
Les citoyens déplorent surtout les modes d’action des partis à l’origine de la mesure : « La formule […] qui consiste à regrouper dans un seul décret différentes mesures sans rapport entre elles afin d’obtenir leur adoption suscite un rejet important », et les Espagnols croient peu en l’origine de la mesure :
« 43,6 % pensent que cela est dû à un calcul électoral du président ».
Comme le détaille Infomigrante, la procédure engagée est de fait exceptionnelle : il s’agit d’un décret royal d’urgence, une procédure « qui ne nécessite pas l’approbation du Parlement comme une loi traditionnelle et qui modifie le règlement sur les étrangers afin de créer une procédure exceptionnelle destinée aux migrants qui se trouvaient en Espagne avant le 1ᵉʳ janvier 2026 ».
Un effet de pompe aspirante
Le journal ABC s’est également nettement opposé à la décision : « Cela aura un grand effet d’appel », « sur les réseaux sociaux, on encourage déjà à voyager en Espagne », lit-on parmi les lignes du journal, alerté par des sources policières. Se faisant le relais d’experts du sujet consultés, le média souligne que la régularisation à marche forcée « a été accueillie avec un mélange de stupéfaction et d’indignation par les experts dans la lutte contre l’immigration illégale. »
L’Église espagnole favorable à Sánchez
Les personnalités et organisations sont partagées : les élus de la mairie de la ville de Pozuelo de Alarcón, à côté de Madrid, ont voté une motion contre la mesure, jugeant « qu’elle viole le principe de légalité, génère un effet d’appel et aggrave les problèmes de coexistence, de sécurité et de saturation des services publics ». À l’inverse, plusieurs autorités ecclésiastiques se sont montrées favorables à cette inclusion dans la société espagnole. Si la mairie de Malaga a également voté une motion à l’encontre de la mesure, les autorités de l’Église de Malaga se sont réunies pour publier un communiqué, partagé par Noticias Obreras, soutenant que « miser sur l’intégration renforce la cohésion sociale, tandis qu’exclure ou pointer du doigt affaiblit la cohabitation ». Dans Vatican News, Amaya Valcárcel, du Service jésuite aux réfugiés, y voit « un pas vers la sécurité juridique » indispensable, « chaque personne est une fin en soi ».
Les journaux internationaux louent une régularisation « en contraste avec le monde » pour le New York Times, et qui n’est « ni extrême, ni sans précédent, ni opportuniste » pour le professeur Asbel Bohigues dans The Conversation, un média en ligne animé par des enseignants et des chercheurs.
Au-delà du débat quant aux intentions réelles du gouvernement espagnol derrière ce décret, la bataille fait rage en premier lieu sur la question de la considération et de la place des migrants dans la société espagnole. Les effets massifs de cette régularisation express pourront bientôt être observés, une fois le processus en marche, ce qui permettra d’évaluer les pronostics des experts, qui craignent en particulier un effet d’appel considérable, un grand remplacement sauce espagnole.
Fernando Cruz

