Régularisation massive de 50 000 clandestins en Espagne : le saut dans l’inconnu du gouvernement socialiste divise les médias

6 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

« Cer­tains dis­ent que nous allons trop loin, que nous allons à con­tre-courant. Depuis quand recon­naître des droits est-il devenu quelque chose de radical ? »

Voici le tweet pub­lié par le Pre­mier min­istre social­iste Pedro Sánchez sur X le 30 jan­vi­er 2026, en réponse à la tor­nade médi­a­tique. Cet emballe­ment a été provo­qué par le lance­ment d’une procé­dure de régu­lar­i­sa­tion de 50 000 migrants clan­des­tins en Espagne par le gou­verne­ment espag­nol. Cette opéra­tion sans précé­dent est éminem­ment idéologique, et se présente comme un éten­dard de la ligne générale défendue par le PSOE, le Par­ti social­iste ouvri­er espag­nol au pou­voir et présidé par le chef du gouvernement.

Un calendrier accéléré

L’objectif est d’exécuter rapi­de­ment cette mesure, à tra­vers un cal­en­dri­er « express », pour repren­dre le terme util­isé par le quo­ti­di­en nation­al El Mun­do :

« Les deman­des pour­ront être déposées entre avril et juin et le gou­verne­ment stat­uera dans un délai de trois mois ».

Les con­di­tions n’incluent pas la nation­al­ité : il s’agit avant tout d’une autori­sa­tion à tra­vailler, comme le pré­cise le journal :

« L’au­tori­sa­tion obtenue sera un per­mis de séjour avec autori­sa­tion de tra­vail. Cela n’im­plique pas l’ob­ten­tion automa­tique de la nation­al­ité espag­nole (ils ne pour­ront pas vot­er aux élec­tions régionales ni générales), ni l’ac­cès immé­di­at aux presta­tions non contributives. »

Opposition ferme de Vox

Si El Mun­do souligne avant tout les effets posi­tifs de cette mesure, ain­si que les béné­fices recher­chés tels qu’une aug­men­ta­tion des recettes fis­cales et la pro­tec­tion de l’inclusion des étrangers dans la société, une part con­sid­érable de l’opinion publique et des per­son­nal­ités poli­tiques s’est opposée à la mesure. C’est le cas par exem­ple du par­ti poli­tique Vox – mem­bre du par­ti poli­tique européen Patriots.eu à l’image du Rassem­ble­ment nation­al en France –, qui s’est frontale­ment opposé à la déci­sion, et a pris les mesures en son pou­voir pour agir en défaveur de la loi. Les élus du par­ti ont déposé des motions dans plusieurs insti­tu­tions où ils sont représen­tés, afin de for­malis­er leur dés­ap­pro­ba­tion vis-à-vis d’une « mesure visant à rem­plac­er les Espag­nols pour des raisons poli­tiques », d’après le site offi­ciel de Vox. Dans un com­mu­niqué offi­ciel, la branche Vox Almería a présen­té une con­tre-mesure claire :

« VOX exige que tous les immi­grants entrant illé­gale­ment dans le pays soient immé­di­ate­ment rap­a­triés, ain­si que ceux qui com­met­tent des délits. »

Une mesure impopulaire

Dans un autre arti­cle, El Mun­do partage l’opinion des Espag­nols, assez réti­cente, obtenue par le moyen d’une enquête : « 57,5 % s’op­posent à la « for­mule omnibus » de Sánchez, dont 38 % des social­istes », le par­ti du pre­mier ministre.

Les citoyens déplorent surtout les modes d’action des par­tis à l’origine de la mesure : « La for­mule […] qui con­siste à regrouper dans un seul décret dif­férentes mesures sans rap­port entre elles afin d’obtenir leur adop­tion sus­cite un rejet impor­tant », et les Espag­nols croient peu en l’origine de la mesure :

« 43,6 % pensent que cela est dû à un cal­cul élec­toral du prési­dent ».

Comme le détaille Infomi­grante, la procé­dure engagée est de fait excep­tion­nelle : il s’agit d’un décret roy­al d’ur­gence, une procé­dure « qui ne néces­site pas l’ap­pro­ba­tion du Par­lement comme une loi tra­di­tion­nelle et qui mod­i­fie le règle­ment sur les étrangers afin de créer une procé­dure excep­tion­nelle des­tinée aux migrants qui se trou­vaient en Espagne avant le 1ᵉʳ jan­vi­er 2026 ».

Un effet de pompe aspirante

Le jour­nal ABC s’est égale­ment net­te­ment opposé à la déci­sion : « Cela aura un grand effet d’appel », « sur les réseaux soci­aux, on encour­age déjà à voy­ager en Espagne », lit-on par­mi les lignes du jour­nal, alerté par des sources poli­cières. Se faisant le relais d’experts du sujet con­sultés, le média souligne que la régu­lar­i­sa­tion à marche for­cée « a été accueil­lie avec un mélange de stupé­fac­tion et d’indig­na­tion par les experts dans la lutte con­tre l’im­mi­gra­tion illégale. »

L’Église espagnole favorable à Sánchez

Les per­son­nal­ités et organ­i­sa­tions sont partagées : les élus de la mairie de la ville de Pozue­lo de Alar­cón, à côté de Madrid, ont voté une motion con­tre la mesure, jugeant « qu’elle vio­le le principe de légal­ité, génère un effet d’ap­pel et aggrave les prob­lèmes de coex­is­tence, de sécu­rité et de sat­u­ra­tion des ser­vices publics ». À l’inverse, plusieurs autorités ecclési­as­tiques se sont mon­trées favor­ables à cette inclu­sion dans la société espag­nole. Si la mairie de Mala­ga a égale­ment voté une motion à l’encontre de la mesure, les autorités de l’Église de Mala­ga se sont réu­nies pour pub­li­er un com­mu­niqué, partagé par Noti­cias Obr­eras, sou­tenant que « miser sur l’in­té­gra­tion ren­force la cohé­sion sociale, tan­dis qu’ex­clure ou point­er du doigt affaib­lit la cohab­i­ta­tion ». Dans Vat­i­can News, Amaya Val­cár­cel, du Ser­vice jésuite aux réfugiés, y voit « un pas vers la sécu­rité juridique » indis­pens­able, « chaque per­son­ne est une fin en soi ».

Les jour­naux inter­na­tionaux louent une régu­lar­i­sa­tion « en con­traste avec le monde » pour le New York Times, et qui n’est « ni extrême, ni sans précé­dent, ni oppor­tuniste » pour le pro­fesseur Asbel Bohigues dans The Con­ver­sa­tion, un média en ligne ani­mé par des enseignants et des chercheurs.

Au-delà du débat quant aux inten­tions réelles du gou­verne­ment espag­nol der­rière ce décret, la bataille fait rage en pre­mier lieu sur la ques­tion de la con­sid­éra­tion et de la place des migrants dans la société espag­nole. Les effets mas­sifs de cette régu­lar­i­sa­tion express pour­ront bien­tôt être observés, une fois le proces­sus en marche, ce qui per­me­t­tra d’évaluer les pronos­tics des experts, qui craig­nent en par­ti­c­uli­er un effet d’appel con­sid­érable, un grand rem­place­ment sauce espagnole.

Fer­nan­do Cruz