À six semaines des municipales des 15 et 22 mars 2026, l’ARCOM met en place un dispositif renforcé : relevés de temps de parole dès le 2 février, transmissions hebdomadaires, et surveillance revendiquée de la « fiabilité » de l’information. Un zèle qui cible surtout l’audiovisuel… tandis que les plateformes sont surtout « accompagnées ».
Dès le lundi 2 février 2026, les radios et télévisions entrent dans une période électorale encadrée par la recommandation publiée par l’ARCOM : tous les programmes sont concernés, et les éditeurs doivent relever puis transmettre des décomptes de temps de parole selon un calendrier serré avec une première échéance le 16 février.
Une mécanique lourde : compter, transmettre, publier
Le cœur du système reste le « principe d’équité » : l’exposition médiatique doit être proportionnée à la représentativité (résultats antérieurs, sondages) et à la « contribution » au débat, notion pour le moins subjective.
La recommandation liste précisément les périodes de cumul et les dates de transmission, avec remise à zéro après le premier tour (périodes distinctes avant et après le 15 mars). L’ARCOM publiera ensuite les relevés alors que le contrôle du « pluralisme » a été précisé par le Conseil d’État en juillet 2024, mettant en avant le fait que c’est à travers un « faisceau d’indices » que le régulateur peut « apprécier l’existence éventuelle d’un déséquilibre manifeste et durable dans l’expression des courants de pensée et d’opinion ».
Le régulateur assume le caractère contraignant du cadre, présenté comme une protection « contre les désordres informationnels » sans atteinte à la liberté éditoriale. Dans les faits, l’équilibre est délicat : plus le contrôle se densifie, plus la rédaction doit gérer une comptabilité politique qui pèse sur l’antenne et sur l’organisation interne.
« Qualité » de l’info : le glissement du pluralisme au contenu
Depuis 2024, l’ARCOM a élargi sa doctrine : au-delà des temps de parole, elle revendique la capacité de sanctionner un « déséquilibre manifeste et durable » dans l’expression des courants d’opinion. C’est un changement de philosophie : on passe de la mesure à l’appréciation, donc à une zone plus interprétative.
Cette évolution nourrit un reproche récurrent : celui d’un régulateur plus offensif sur les chaînes linéaires, en particulier les chaînes du groupe Canal+ (ex-C8/CNews), très souvent rappelées à l’ordre ou sanctionnées tandis que le service public, dont le manque d’impartialité a été rappelé par le président de l’ARCOM, s’en sort bien.
Ingérences : l’ennemi extérieur… et le « coaching » des plateformes
Sur l’ingérence, l’ARCOM met en avant les risques d’attaques étrangères et cite notamment le précédent roumain, pour lequel la France est aussi accusée d’ingérence, et les mécanismes publicitaires sur TikTok, en lien avec des échanges avec les plateformes et avec Viginum, le service de vigilance et de protection contre les ingérences numériques étrangères, créé en 2021.
Reste ici à voir dans quelle mesure l’ARCOM fera la police de l’ingérence alors que le récit d’une menace russe, voire trumpienne, est souvent avancé sans que jamais les interférences de la gauche américaine ou de la Commission européenne ne soient évoquées…
Mais un fait demeure : les réseaux sociaux ne sont pas soumis au pluralisme, et l’ARCOM parle surtout de « préconisations » et d’« accompagnement », là où l’audiovisuel hérite de la contrainte et de la menace de sanction. Un traitement complètement asymétrique s’opère donc entre les médias en ligne qui vivent principalement de la diffusion de leurs contenus sur les réseaux sociaux et les médias souvent qualifiés de classiques comme la télévision ou la radio.
À l’approche des municipales, l’« ordre de bataille » de l’ARCOM révèle donc une ligne : cadrer strictement les médias traditionnels, tout en espérant influer sur les plateformes par coopération… Au risque d’un acharnement sur certains d’un côté et d’une impression de déséquilibre selon que l’on consultera un type de média ou un autre…
Alexandre Grosbois



