On annonçait la « fin » de la télévision, de la radio et de la presse face aux réseaux sociaux.
Une étude récente montre l’inverse : pour s’informer, les Français continuent de privilégier les médias historiques, tandis que les podcasts gagnent du terrain. De quoi relativiser le récit d’un basculement total vers le tout-plateforme.
Les habitudes d’information évoluent vite, mais la rupture n’est pas celle que l’on raconte trop souvent. Une enquête CSA Research/Havas Media Network rappelle que, dans l’écosystème français, l’accès à l’actualité demeure d’abord structuré par la télévision, la radio et la presse, avec des formats numériques désormais intégrés à ces mêmes marques. Le vrai risque pour les médias traditionnels est, semble-t-il, plus d’ordre économique.
La télévision reste la « base » de l’actualité
Premier enseignement : la télévision conserve un statut central. Selon l’étude, 88 % des répondants déclarent s’informer via la télévision, qui reste le premier média « tous âges confondus ».
Autrement dit, même si les réseaux captent une part importante du temps d’écran, le réflexe d’information passe encore par des grilles, des journaux, des chaînes d’info et leurs déclinaisons numériques. Ce maintien dit quelque chose : la télévision reste, pour beaucoup, le média de la hiérarchisation (un « conducteur », des rendez-vous, des visages identifiés), là où les plateformes produisent un flux souvent indifférencié.
Radio, presse : des piliers plus discrets mais très solides
La même enquête attribue 77 % à la radio et 69 % à la presse (imprimée ou numérique) comme canaux d’information.
La presse, souvent donnée pour moribonde, conserve donc une capacité de prescription, notamment via ses formats digitaux, newsletters et applications, pendant que la radio reste un média d’accompagnement (matinales, trajets, travail), difficile à remplacer en termes de régularité même si la confiance n’est pas toujours au rendez-vous.
Le point intéressant, pour l’analyse des médias, est que ces « anciens » canaux structurent encore largement la crédibilité perçue : ils servent de référence, y compris quand les contenus sont consommés… sur smartphone.
Podcasts : la nouveauté n’abolit pas l’ancien, elle le recompose
L’autre chiffre marquant, c’est l’essor des podcasts/vodcasts d’actualité : 65 % des Français déclarent en consommer, avec un pic chez les moins de 35 ans (77 %).
La formule d’Havas résume bien la logique : plutôt que d’opposer les canaux, il s’agit « d’orchestrer les rôles », en construisant la crédibilité sur les médias historiques et l’engagement sur l’audio.
Ce mouvement éclaire une réalité souvent oubliée : les jeunes peuvent utiliser les réseaux, mais continuent de faire confiance aux médias traditionnels. Un baromètre L’Étudiant indique ainsi que 83 % des 15–20 ans accordent leur confiance aux médias traditionnels, contre 8 % seulement aux réseaux sociaux. Une moyenne étonnamment haute alors que pour l’ensemble du pays une autre étude, pour La Croix, affirmait en janvier que 62 % des Français se méfient de ce que disent les médias.
Finalement, si les plateformes gagnent du temps de cerveau, la matrice de confiance et de référence reste, très largement, du côté des médias installés. Le changement induit par les réseaux sociaux réside plus dans leur rôle de pression pour pousser des sujets que les médias ne traiteraient pas.
Aurélien Bouvard

