Malgré le numérique, les médias traditionnels restent la porte d’entrée numéro 1

27 février 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

On annonçait la « fin » de la télévision, de la radio et de la presse face aux réseaux sociaux.

Une étude récente mon­tre l’inverse : pour s’informer, les Français con­tin­u­ent de priv­ilégi­er les médias his­toriques, tan­dis que les pod­casts gag­nent du ter­rain. De quoi rel­a­tivis­er le réc­it d’un bas­cule­ment total vers le tout-plateforme.

Les habi­tudes d’information évolu­ent vite, mais la rup­ture n’est pas celle que l’on racon­te trop sou­vent. Une enquête CSA Research/Havas Media Net­work rap­pelle que, dans l’écosystème français, l’accès à l’actualité demeure d’abord struc­turé par la télévi­sion, la radio et la presse, avec des for­mats numériques désor­mais inté­grés à ces mêmes mar­ques. Le vrai risque pour les médias tra­di­tion­nels est, sem­ble-t-il, plus d’ordre économique.

La télévision reste la « base » de l’actualité

Pre­mier enseigne­ment : la télévi­sion con­serve un statut cen­tral. Selon l’étude, 88 % des répon­dants déclar­ent s’informer via la télévi­sion, qui reste le pre­mier média « tous âges confondus ».
Autrement dit, même si les réseaux captent une part impor­tante du temps d’écran, le réflexe d’information passe encore par des grilles, des jour­naux, des chaînes d’info et leurs décli­naisons numériques. Ce main­tien dit quelque chose : la télévi­sion reste, pour beau­coup, le média de la hiérar­chi­sa­tion (un « con­duc­teur », des ren­dez-vous, des vis­ages iden­ti­fiés), là où les plate­formes pro­duisent un flux sou­vent indifférencié.

Radio, presse : des piliers plus discrets mais très solides

La même enquête attribue 77 % à la radio et 69 % à la presse (imprimée ou numérique) comme canaux d’information.
La presse, sou­vent don­née pour mori­bonde, con­serve donc une capac­ité de pre­scrip­tion, notam­ment via ses for­mats dig­i­taux, newslet­ters et appli­ca­tions, pen­dant que la radio reste un média d’accompagnement (mati­nales, tra­jets, tra­vail), dif­fi­cile à rem­plac­er en ter­mes de régu­lar­ité même si la con­fi­ance n’est pas tou­jours au ren­dez-vous.

Le point intéres­sant, pour l’analyse des médias, est que ces « anciens » canaux struc­turent encore large­ment la crédi­bil­ité perçue : ils ser­vent de référence, y com­pris quand les con­tenus sont con­som­més… sur smartphone.

Podcasts : la nouveauté n’abolit pas l’ancien, elle le recompose

L’autre chiffre mar­quant, c’est l’essor des podcasts/vodcasts d’actualité : 65 % des Français déclar­ent en con­som­mer, avec un pic chez les moins de 35 ans (77 %).
La for­mule d’Havas résume bien la logique : plutôt que d’opposer les canaux, il s’agit « d’orchestrer les rôles », en con­stru­isant la crédi­bil­ité sur les médias his­toriques et l’engagement sur l’audio.

Ce mou­ve­ment éclaire une réal­ité sou­vent oubliée : les jeunes peu­vent utilis­er les réseaux, mais con­tin­u­ent de faire con­fi­ance aux médias tra­di­tion­nels. Un baromètre L’Étudiant indique ain­si que 83 % des 15–20 ans accor­dent leur con­fi­ance aux médias tra­di­tion­nels, con­tre 8 % seule­ment aux réseaux soci­aux. Une moyenne éton­nam­ment haute alors que pour l’ensemble du pays une autre étude, pour La Croix, affir­mait en jan­vi­er que 62 % des Français se méfient de ce que dis­ent les médias.

Finale­ment, si les plate­formes gag­nent du temps de cerveau, la matrice de con­fi­ance et de référence reste, très large­ment, du côté des médias instal­lés. Le change­ment induit par les réseaux soci­aux réside plus dans leur rôle de pres­sion pour pouss­er des sujets que les médias ne trait­eraient pas.

Aurélien Bou­vard

Mots-clefs :