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Maires sortants pris à partie : quel a été le cheminement de l’information ?

3 avril 2026 | Temps de lecture : 7 minutes

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L’an­nonce des résul­tats du sec­ond tour des élec­tions munic­i­pales a don­né lieu à des scènes mar­quantes de maires sor­tants chahutés et humil­iés par les vain­queurs du jour. Ce fut notam­ment le cas à Mantes-la-Jolie, au Blanc-Mes­nil, à Vaulx-en-Velin ou à Creil. Retour sur la manière dont ces infor­ma­tions ont circulé.

C’est par le biais des réseaux soci­aux que l’in­for­ma­tion a été ini­tiale­ment divul­guée. Tan­dis que dimanche soir, le 22 mars dernier, les plateaux TV exam­i­naient les résul­tats, plusieurs vidéos mon­trant insultes, invec­tives et intim­i­da­tions à l’en­con­tre des maires sor­tants étaient dif­fusées sur les réseaux et engendraient tout naturelle­ment quan­tité de réactions.

Les réseaux sociaux comme révélateurs

Bien enten­du, il con­vient de tou­jours pren­dre un min­i­mum de recul face au choc des images. Ces scènes con­stituent cepen­dant des mar­queurs et mon­trent une rup­ture, avec un avant et un après. Ce que les réseaux dévoilent, c’est que dans quelques ter­ri­toires, nous n’avons plus affaire à des soirées élec­torales plus ou moins ten­dues, mais à la fin d’une cer­taine tra­di­tion répub­li­caine, à la fin du respect élé­men­taire des élus, et à la célébra­tion d’une forme de con­quête à car­ac­tère communautaire.

Ce n’est pas la pre­mière fois que les réseaux soci­aux jouent un rôle de révéla­teur, en don­nant à voir de manière très crue la réal­ité de cer­tains événe­ments. Déjà par exem­ple, lors du tri­om­phe du PSG en Cham­pi­ons League le 31 mai dernier, les réseaux avaient mon­tré des scènes de pil­lage, des razz­ias, avaient dit cer­tains. Sur le moment, les médias avaient évo­qué quelques débor­de­ments de sup­port­ers plus ou moins alcoolisés, mais ils avaient dû revenir sur les faits et rec­ti­fi­er le tir les jours suiv­ants, à la lumière de ce que les réseaux avaient dévoilé.

Les médias du groupe Bolloré au relais

Dès le lun­di matin, les médias du groupe Bol­loré s’é­taient emparés du sujet. Les dif­férents plateaux de CNews com­men­taient et analy­saient longue­ment ce qui s’é­tait passé dans ces com­munes, avec des équipes présentes sur le ter­rain. Et dans la durée : mar­di, Pas­cal Praud dénon­cera dans un son édit un « défer­lement de haine », puis, mer­cre­di, « il n’y a pas de nou­velle France, mais man­i­feste­ment il y a de nou­veaux Français ». Europe 1 et le JDD se retrou­vaient sur la même longueur d’onde.

Ces pre­mières médi­ati­sa­tions ont agi comme un catal­y­seur, une caisse de réso­nance. Si bien que d’autres médias, notam­ment Le Figaro, BFM, RMC, TF1, Sud Radio, LCI, ont repris à leur tour les événe­ments du dimanche soir, sans cacher leur per­plex­ité devant des faits inédits.

À titre d’exemple, citons Ruth Elkrief qui a signé sur LCI un « par­ti pris » bien con­stru­it, avec des images des 4 villes les plus agitées.

Extraits :

« On a dépassé les lim­ites… Il faut affirmer que ces spec­ta­cles sont inac­cept­a­bles, ils salis­sent la République… La démoc­ra­tie, ce n’est pas la guerre, il n’y a pas de ter­ri­toire qui appar­tiendrait aux uns ou aux autres, il ne s’ag­it pas d’une con­quête mil­i­taire, et je crains que ceux qui pra­tiquent déjà par­fois la bru­tal­i­sa­tion de la vie poli­tique à l’assem­blée aient mon­tré qu’ils con­tin­ueraient dans les mairies qu’ils ont conquises ».

Et la jour­nal­iste de con­clure sans ambages :

« Alors on attend que les nou­veaux élus con­damnent solen­nelle­ment ces déra­pages… Pour l’in­stant ce n’est pas fait, plusieurs per­son­nal­ités se sont indignées, mais qu’at­ten­dent les autres, ceux de LFI, ceux du PS, les écologistes… »

France 2 tout en relativisme

A con­trario, de nom­breux médias ont totale­ment passé sous silence ces événe­ments ; et d’autres ont min­imisé à leur manière ce qui ne cadrait pas avec leur nar­ratif habituel.

Pour le ser­vice pub­lic, il deve­nait dif­fi­cile d’esquiver un sujet qui enflait depuis 2 jours. France 2 a donc abor­dé la ques­tion mar­di soir dans le JT de Léa Salamé. Le reportage est présen­té de façon quelque peu pré­ten­tieuse comme la syn­thèse révélée : « Que s’est-il vrai­ment passé ? L’œil du 20H a vérifié ».

Le reportage mon­tre effec­tive­ment les insultes et les humil­i­a­tions ; il faut dire qu’il eût été dif­fi­cile de les pass­er sous silence tant elles appa­rais­sent de manière évi­dente dans les vidéos postées sur les réseaux. Par ailleurs, la parole est don­née à Raphaël Cognet, maire sor­tant de Mantes-la-Jolie.

Mais il con­tient aus­si plusieurs élé­ments qui visent à rel­a­tivis­er les faits. Il est ain­si ques­tion de « vidéos qui font polémique » et qui « ont été postées en ligne et repérées par des comptes d’ex­trême droite », ain­si que de poli­tiques comme Bruno Retail­leau qui « pointe un coupable » (ses posts sur X visent l’ex­trême gauche).

Le reportage relève qu’à Mantes-la-Jolie « l’as­sis­tance n’est pas très respectueuse », un euphémisme de « L’œil du 20H » qui fait sourire. Il est ensuite expliqué que si le maire sor­tant du Blanc-Mes­nil est vio­lem­ment invec­tivé, c’est parce qu’il a con­testé les résul­tats devant la foule. Et pour con­clure, le mot de la fin est don­né au nou­veau maire Dem­ba Tra­oré qui « a mul­ti­plié les appels au calme », et qui dit regret­ter les débor­de­ments, tout en les expli­quant par les provo­ca­tions et la cam­pagne diffam­a­toire de son adversaire.

Le Monde tout en complaisance

Dans un arti­cle en ligne et dans son édi­tion datée de mer­cre­di, Le Monde traite des faits au Blanc-Mes­nil d’une manière par­tiale. De plus, ce qui s’est passé dans les autres villes n’est absol­u­ment pas abor­dé, comme si les événe­ments du Blanc-Mes­nil étaient isolés.

Le nou­veau maire D. Tra­oré y est décrit comme « mar­ié », « ancien cap­i­taine de l’équipe de foot­ball et acteur asso­ci­atif de la ville », « man­ag­er spé­cial­iste de la lutte con­tre le blanchi­ment chez BNP Paribas » et « chef de file d’une liste citoyenne de centre-gauche ».

Quant au maire sor­tant LR T. Meignen, qui sera exfil­tré sous escorte poli­cière, il est fas­cisé et vilipendé, car appar­tenant à « une droite proche du par­ti d’Éric Zem­mour », « qui était resté aux com­man­des mal­gré son man­dat par­lemen­taire et sa vie partagée entre sa cham­bre au Blanc-Mes­nil et son apparte­ment du 16ᵉ arrondissement ».

Pré­cisons qu’à aucun moment, ni France 2 ni Le Monde ne se posent la moin­dre ques­tion sur ce que ces événe­ments pour­raient représen­ter en ter­mes de bas­cule­ment de valeurs démoc­ra­tiques et républicaines.

Et finalement le président et le ministre

Selon des infor­ma­tions rap­portées par Le Figaro le 26 mars, Emmanuel Macron est inter­venu en con­seil des min­istres pour déclar­er qu’« il n’y a pas de sédi­tion pos­si­ble dans les com­munes de la République ». « Sédi­tion » : un mot lourd de sens. Libéra­tion y ver­ra le 27 mars une sail­lie à la remorque de CNews et du RN, dénonçant « l’extrême droite, par­ti­sane et médi­a­tique » avant de ten­ter une inver­sion accusatoire, fustigeant une ten­dance qui « s’assume en cheffe d’orchestre de ces attaques visant les nou­veaux élus ». Nico­las Mas­sol pub­liera le 24 mars un bil­let évo­quant les insultes des élus de droite.

Dans le pro­longe­ment de la parole prési­den­tielle, Lau­rent Nuñez déclar­era mer­cre­di devant l’Assem­blée nationale que les élec­tions « se sont bien déroulées en ter­mes d’or­gan­i­sa­tion mais la cam­pagne a par­fois été très dure, très dif­fi­cile et nous enreg­istrons au min­istère de l’In­térieur, à date, plus de 120 faits judi­cia­risés ». Le min­istre a con­damné « très très fer­me­ment » ces « vidéos d’in­tim­i­da­tion », « ce n’est pas ça la France, ce n’est pas ça la démoc­ra­tie ».

Dans cette séquence, les réseaux soci­aux ont agi comme la preuve en images, délivrée instan­ta­né­ment, devant laque­lle les autres médias sont invités à se posi­tion­ner. Sans cet aigu­il­lon, il est très prob­a­ble que l’in­for­ma­tion délivrée, et peut-être même la parole min­istérielle, eût été différente.

Mal­gré cela, bon nom­bre de médias ne se sont pas dis­tin­gués par une volon­té d’in­for­ma­tion et de clair­voy­ance sur les enjeux de cette nou­velle donne. Il est ain­si per­mis de se deman­der com­ment seront traités l’ac­tion et les résul­tats des nou­velles munic­i­pal­ités à dom­i­nante LFI. Pour suiv­re ces sujets, il con­vien­dra prob­a­ble­ment de bien choisir ses sources d’informations.

Francesco Bar­goli­no

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