Ironie de la temporalité, c’est à l’heure où l’extrême gauche française est sous le feu des plus virulentes critiques et de très graves accusations suite à l’assassinat du jeune Quentin Deranque à Lyon, que la fine fleur des journaux et médias « antifascistes » sort un numéro collectif et commun censé lutter contre une « menace d’extrême droite » que plus personne, à part elle (et encore), ne prend véritablement au sérieux.
Pigasse et L’Huma
En effet, cinq médias ancrés très à gauche – L’Humanité, Radio Nova, StreetPress, Blast et Les Inrockuptibles – ont lancé, lundi 23 février, à Paris, un hors-série intitulé « Combat ! » (on frémit), consacré « à la lutte contre l’extrême droite », dans la perspective des prochaines élections municipales. Une édition spéciale de 80 pages qui avait été présentée, non sans un certain humour involontaire pour des titres essentiellement lus par des bourgeois citadins œuvrant dans le tertiaire, à la « Maison des métallos » devant un parterre d’une centaine de militants. Parmi ceux-ci, l’homme d’affaires et de médias Matthieu Pigasse, qui souhaite « peser en faveur de la gauche » pour la présidentielle de 2027, notamment à la tête de son groupe « Combat » (décidément !).
Voir aussi : Pigasse, un empire médiatique qui rétrécit, les Inrocks passent au mensuel
Street Press et le PC
À la tribune, l’ineffable Matthieu Molard, cheville ouvrière (si l’on peut dire) du projet, a notamment déclaré :
« Ce journal, finalement, c’est aussi un manifeste antifasciste. C’est notre façon, nous, médias, nous, journalistes, d’aborder ce sujet en faisant du reportage, en donnant la parole à ceux, soit qui luttent sur le terrain, soit qui sont victimes directement de l’extrême droite. »
De son côté, Maud Vergnol, codirectrice de L’Humanité, a affirmé que « quand on est journaliste, on croit plus au pouvoir des mots qu’aux coups de poing », comme pour tenter de se dédouaner des exactions et des violences commises par les « antifas » dans la rue.
Vieux pots et vieilles lunes
Ce brûlot, aussi original qu’indispensable, a été tiré à 50 000 exemplaires et est vendu au prix de 8,90 euros. Au sommaire, une série « d’enquêtes » et de « décryptages » reprenant toutes les vieilles lunes de la gauche radicale : la gestion des municipalités tenues par le Rassemblement national, le projet économique du parti de Marine Le Pen, les médias du grand méchant milliardaire Vincent Bolloré ou encore les situations politiques dans la Hongrie de Viktor Orbán ou l’Argentine de Javier Milei (la fameuse « internationale fasciste »…).
Au final, rien d’autre qu’un catalogue assez ennuyeux car exagérément ressassé de tous les poncifs de l’ultragauche, allant de la dénonciation des « dérapages » de la police (avec un titre « Dans la police nationale, des bleus de plus en plus bruns » qui pourrait porter à confusion au regard de la composition ethnique croissante des forces de l’ordre…) à la relativisation du drame de Crépol où la seule chose véritablement grave semble être la prétendue « stigmatisation » qui aurait suivi le meurtre de Thomas, en passant par la dénonciation de la « Coordination rurale » (trumpiste !) ou du « masculinisme » (assassin !)…
Comique troupier involontaire
Au sein de ce pensum sans humour (à part involontaire, comme dans « Soyboy » – qui peut aussi bien être « Soygirl », notez-le, vieux ringards –, vibrant manifeste guerrier de « l’homme-soja » fier de l’être…) et lourdement compassé, toutes les petites célébrités du « camp de la résistance » font acte de présence, de l’exhibitionniste Corinne Masiero à la comique soupière (bio) Sandrine Rousseau en passant par le non-comique Guillaume Meurice et la pasionaria afro Assa Traoré, entre autres maquisards de la « culture » (subventionnée) et vigoureux permanents syndicalistes en décharge de travail. On pourra plus particulièrement remarquer la présence de Blanche Gardin, dont on avait, par le passé, pu apprécier l’humour un peu moins « politiquement correct » que celui de la majorité de ses collègues, mais qui, suite à sa mise au placard pour cause d’accusations « d’antisémitisme », avait sans doute un besoin impérieux de se refaire une virginité morale auprès du camp du Bien.
Raphaël Arnault en vedette américaine
Comble de l’indécence ou de la provocation (ou peut-être des deux…), figure également à la fin de l’opus un entretien avec Raphaël Arnault, dans lequel le député LFI, fondateur de la « Jeune Garde » dont deux collaborateurs sont impliqués dans le lynchage mortel de Quentin, ose, sans aucune honte, prôner « une société la plus émancipée possible de toute violence ». Il fallait oser, ils l’ont fait. C’est sans doute à cela qu’on les reconnaît.
Xavier Eman

