L’union fait la farce, « Combat » : la presse d’extrême gauche à l’assaut du RN !

28 février 2026 | Temps de lecture : 4 minutes

Ironie de la tem­po­ral­ité, c’est à l’heure où l’extrême gauche française est sous le feu des plus vir­u­lentes cri­tiques et de très graves accu­sa­tions suite à l’assassinat du jeune Quentin Der­anque à Lyon, que la fine fleur des jour­naux et médias « antifas­cistes » sort un numéro col­lec­tif et com­mun cen­sé lut­ter con­tre une « men­ace d’extrême droite » que plus per­son­ne, à part elle (et encore), ne prend véri­ta­ble­ment au sérieux.

Pigasse et L’Huma

En effet, cinq médias ancrés très à gauche – L’Humanité, Radio Nova, Street­Press, Blast et Les Inrock­upt­ibles – ont lancé, lun­di 23 févri­er, à Paris, un hors-série inti­t­ulé « Com­bat ! » (on frémit), con­sacré « à la lutte con­tre l’extrême droite », dans la per­spec­tive des prochaines élec­tions munic­i­pales. Une édi­tion spé­ciale de 80 pages qui avait été présen­tée, non sans un cer­tain humour involon­taire pour des titres essen­tielle­ment lus par des bour­geois citadins œuvrant dans le ter­ti­aire, à la « Mai­son des métal­los » devant un parterre d’une cen­taine de mil­i­tants. Par­mi ceux-ci, l’homme d’affaires et de médias Matthieu Pigasse, qui souhaite « peser en faveur de la gauche » pour la prési­den­tielle de 2027, notam­ment à la tête de son groupe « Com­bat » (décidé­ment !).

Voir aus­si : Pigasse, un empire médi­a­tique qui rétréc­it, les Inrocks passent au mensuel

Street Press et le PC

À la tri­bune, l’ineffable Matthieu Molard, cheville ouvrière (si l’on peut dire) du pro­jet, a notam­ment déclaré :

« Ce jour­nal, finale­ment, c’est aus­si un man­i­feste antifas­ciste. C’est notre façon, nous, médias, nous, jour­nal­istes, d’aborder ce sujet en faisant du reportage, en don­nant la parole à ceux, soit qui lut­tent sur le ter­rain, soit qui sont vic­times directe­ment de l’extrême droite. »

De son côté, Maud Vergnol, codi­rec­trice de L’Hu­man­ité, a affir­mé que « quand on est jour­nal­iste, on croit plus au pou­voir des mots qu’aux coups de poing », comme pour ten­ter de se dédouan­er des exac­tions et des vio­lences com­mis­es par les « antifas » dans la rue.

Vieux pots et vieilles lunes

Ce brûlot, aus­si orig­i­nal qu’indispensable, a été tiré à 50 000 exem­plaires et est ven­du au prix de 8,90 euros. Au som­maire, une série « d’enquêtes » et de « décryptages » reprenant toutes les vieilles lunes de la gauche rad­i­cale : la ges­tion des munic­i­pal­ités tenues par le Rassem­ble­ment nation­al, le pro­jet économique du par­ti de Marine Le Pen, les médias du grand méchant mil­liar­daire Vin­cent Bol­loré ou encore les sit­u­a­tions poli­tiques dans la Hon­grie de Vik­tor Orbán ou l’Argentine de Javier Milei (la fameuse « inter­na­tionale fasciste »…).

Au final, rien d’autre qu’un cat­a­logue assez ennuyeux car exagéré­ment ressas­sé de tous les pon­cifs de l’ultragauche, allant de la dénon­ci­a­tion des « déra­pages » de la police (avec un titre « Dans la police nationale, des bleus de plus en plus bruns » qui pour­rait porter à con­fu­sion au regard de la com­po­si­tion eth­nique crois­sante des forces de l’ordre…) à la rel­a­tivi­sa­tion du drame de Crépol où la seule chose véri­ta­ble­ment grave sem­ble être la pré­ten­due « stig­ma­ti­sa­tion » qui aurait suivi le meurtre de Thomas, en pas­sant par la dénon­ci­a­tion de la « Coor­di­na­tion rurale » (trump­iste !) ou du « mas­culin­isme » (assas­sin !)…

Comique troupier involontaire

Au sein de ce pen­sum sans humour (à part involon­taire, comme dans « Soy­boy » – qui peut aus­si bien être « Soy­girl », notez-le, vieux ringards –, vibrant man­i­feste guer­ri­er de « l’homme-soja » fier de l’être…) et lour­de­ment com­passé, toutes les petites célébrités du « camp de la résis­tance » font acte de présence, de l’exhibitionniste Corinne Masiero à la comique soupière (bio) San­drine Rousseau en pas­sant par le non-comique Guil­laume Meurice et la pasion­ar­ia afro Assa Tra­oré, entre autres maquis­ards de la « cul­ture » (sub­ven­tion­née) et vigoureux per­ma­nents syn­di­cal­istes en décharge de tra­vail. On pour­ra plus par­ti­c­ulière­ment remar­quer la présence de Blanche Gardin, dont on avait, par le passé, pu appréci­er l’humour un peu moins « poli­tique­ment cor­rect » que celui de la majorité de ses col­lègues, mais qui, suite à sa mise au plac­ard pour cause d’accusations « d’antisémitisme », avait sans doute un besoin impérieux de se refaire une vir­ginité morale auprès du camp du Bien.

Raphaël Arnault en vedette américaine

Comble de l’indécence ou de la provo­ca­tion (ou peut-être des deux…), fig­ure égale­ment à la fin de l’opus un entre­tien avec Raphaël Arnault, dans lequel le député LFI, fon­da­teur de la « Jeune Garde » dont deux col­lab­o­ra­teurs sont impliqués dans le lyn­chage mor­tel de Quentin, ose, sans aucune honte, prôn­er « une société la plus éman­cipée pos­si­ble de toute vio­lence ». Il fal­lait oser, ils l’ont fait. C’est sans doute à cela qu’on les reconnaît.

Xavier Eman