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Pub­lié le 19 avril 2016 | Éti­quettes : ,

Livre. Samba Koné décrypte l’information et la désinformation en Côte d’Ivoire

Journaliste, chroniqueur, ancien président de l’Observatoire des médias et des usages professionnels, Samba Koné est un fin connaisseur de la politique ivoirienne et de ses médias. Dans un essai sans concession, mais avec humour, il pose un regard vigilant sur les élections ivoiriennes de 2010 et leur environnement médiatique.

Après avoir brillamment brossé l’état des lieux du paysage médiatique de la capitale économique de la Côte d’Ivoire (21 quotidiens à Abidjan !), Samba Koné analyse les « entraves » à l’exercice démocratique allant de l’intimidation (convocation des journalistes du journal Le Patriote par le chef d’état-major de l’armée) aux pressions physiques (les journalistes du Nouveau Réveil interpellés pour avoir filmé sans « autorisation préalable ») en passant par la mise sous mandat de dépôt des journalistes du Nouveau Courrier. Ces pressions peuvent aller jusqu’à la prise d’assaut à la kalachnikov de la rédaction de L’Intelligent d’Abidjan… En 2010, fait remarquer Samba Koné, le pays « est passé de la 103ème place à la 118ème en matière de liberté de la presse ».

La place des régulateurs, le CNP (Conseil National de la Presse) et le CNCA (Conseil National de la Communication Audiovisuelle), est délicate « entre sanctions et permissivité ». Si le premier tour des élections peut être considéré grosso modo comme satisfaisant sur le plan de l’équilibre entre les médias attachés aux différents candidats, l’entre deux tours est souligné comme étant « une zone de non droit » où la majorité sortante (Gbagbo) s’est arrogé 73% du temps d’antenne. La RTI (radio-télévision ivoirienne) a toutefois réalisé un « coup de maître » en organisant le face à face Gbagbo/Ouattara le 25 novembre 2010 pendant plus de deux heures, une première dans le pays.

Le temps fort de l’ouvrage réside dans les fac-simile d’un grand nombre de couvertures et d’articles où les titres superlatifs ne manquent pas. « Dieu m’a donné un message pour les ivoiriens » (Le Démocrate), « Des déchets toxiques pour tuer les ivoiriens » (Le Mandat), « Bédié confirme bien qu’il est candidat de l’étranger » (Le Temps) : on le voit, certains médias ivoiriens n’ont pas fait dans la dentelle.

Dans un contexte passionnel « la presse n’a malheureusement pas toujours tenu son rôle de veille d’alerte, de chien de garde de la société » et parfois « elle est montée au créneau se substituant aux acteurs politiques ». Le ton a parfois été proche de la « propagande de guerre » appelant à la « révolte, voire à la violence ». La publication d’un tel ouvrage, parfaitement documenté, est cependant un signe positif et les récentes élections qui ont vu la réélection de M. Ouattara sont apparues plus apaisées.

Samba Koné, Information & Désinformation, édition Samgraphic, 352 p., 2015.

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