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Hommage à Yves Debay
Publié le 

26 février 2013

Temps de lecture : 3 minutes
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Hommage à Yves Debay

On dit que Louis XIV est mort en regrettant d’avoir trop aimé la guerre. Et, il est vrai que le roi soleil a aimé et fait la guerre… Yves Debay, lui aussi, a aimé et fait la guerre. Mais, s’il nous est impossible de sonder les reins et les cœurs, on a cependant du mal à imaginer qu’il ait pu regretter cette vie d’aventures et de guerres qu’il avait choisi.

Un incroy­able roman ! Voilà, en résumé, la vie d’Yves Debay, reporter de guerre, sol­dat ou plutôt aven­turi­er, dans le sens noble du terme. A 58 ans, cet homme a passé presque la moitié de sa vie à faire ou à cou­vrir la guerre. Comme le dit Jean-Dominique Merchet, jour­nal­iste à Mar­i­anne et rédac­teur du très infor­mé blog Secret défense : « la guerre était sa vie et il est mort à la guerre. C’est, n’en dou­tons pas, comme cela qu’il rêvait de finir ». Yves Debay a été tué le 17 jan­vi­er à Alep, en Syrie.

Né out­re Quiévrain, en 1954, Yves Debay s’en­gage, après une sco­lar­ité mou­ve­men­tée, dans l’ar­mée belge. Mais la monot­o­nie de la vie de gar­ni­son en Alle­magne et surtout sa soif d’aven­tures le font devenir mer­ce­naire en Rod­hésie, dans les unités d’élite de l’ar­mée de Ian Smith, con­tre les ban­des armées de Mugabe. Un vrai mer­ce­naire, à la Bob Denard, avide d’aven­tures et de pays loin­tains.

Ren­tré à Paris et bien­tôt nat­u­ral­isé français, Yves Debay devien­dra jour­nal­iste. Pas un de ces jour­nal­istes, sor­ti d’é­cole et for­maté, mais un reporter de ter­rain, cher­chant « tou­jours à être en pre­mière ligne, au plus près des com­bat­tants. Il aimait vivre avec eux. Il adop­tait leur mode de vie, s’ha­bil­lait comme eux, mangeait comme eux, partageait les mêmes risques, et ne con­ce­vait pas de cou­vrir une guerre autrement », au point d’être « respec­té dans les milieux mil­i­taires » et « décrié dans ceux du jour­nal­isme ».

Son passé en Rhodésie et ses idées, qu’il n’a jamais reniées, ne plaidaient pas pour lui, dans cette pro­fes­sion où trop sou­vent les pen­sées dis­si­dentes sont inter­dites. Il est vrai égale­ment qu’Yves Debay, dans une pro­fes­sion aux réflex­es très cor­po­ratistes, n’avait pas hésité à s’en pren­dre, dans une longue tri­bune, à Hervé Ghesquière et à Stéphane Taponier, au lende­main de leur libéra­tion. Pour lui, Ghesquière et Taponier « n’é­taient sim­ple­ment que des ambitieux cher­chant le scoop à tout prix et non des jour­nal­istes respon­s­ables ». « Ce genre de mec n’est pas de la race des grands jour­nal­istes […] mais de celle des fouilleurs de poubelles pétris d’idéolo­gie ». Et de dénon­cer leurs men­songes, leur respon­s­abil­ité dans l’échec d’une opéra­tion mil­i­taire, « leur haine des insti­tu­tions mil­i­taires français­es », avant de les qual­i­fi­er, en lan­gage radio, de « Char­lie Oscar Novem­ber » !

Pour la Gazette des armes, la revue Raids, puis pour Assault, mag­a­zine qu’il créa, Yves Debay cou­vrit tous les con­flits, depuis les années 80 : Afghanistan, Golfe, les Balka­ns, Liban, Irak et bien sûr Tchad, Côte d’Ivoire etc. En Irak, il sera fait pris­on­nier deux fois, « mais, comme le dit son con­frère Jean-Paul Mari, reporter de guerre au Nou­v­el Obs, il était capa­ble de con­va­in­cre, par pitreries si néces­saire, les durs de la Garde Répub­li­caine qu’il n’é­tait qu’un reporter nat­u­ral­isé français, fou certes mais hon­nête. Et il l’é­tait, hon­nête ».

Bien qu’il fût mal aimé dans le monde du jour­nal­isme, il s’est trou­vé plusieurs con­frères, la plu­part jour­nal­istes de défense, comme lui, pour hon­or­er sa mémoire. Jean-Dominique Merchet rap­pelle « sa gen­til­lesse et sa générosité », tan­dis que l’As­so­ci­a­tion des Jour­nal­istes de Défense rend hom­mage à celui qui est « tombé au champ d’hon­neur des grands reporters de guerre, comme il avait tou­jours vécu, en pre­mière ligne » et que Jean-Paul Mari racon­te qu’il « était courageux, très courageux, « couil­lu » comme on dit dans le méti­er ». Tous salu­ent son grand pro­fes­sion­nal­isme et la qual­ité de son tra­vail. Tous salu­ent égale­ment sa gen­til­lesse, mais aus­si sa jovi­al­ité et sa sym­pa­thie…

C’est un grand mon­sieur du jour­nal­isme de guerre qui s’en est allé. Qu’il repose en paix.

Une page face­book d’hom­mage lui a été ouverte.

Crédit pho­to : DR Para­bel­lum­Me­dia via Youtube

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