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Grünt en « tournée municipale » : concerts, conférences… et mot d’ordre politique

23 janvier 2026

Temps de lecture : 4 minutes
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Grünt en « tournée municipale » : concerts, conférences… et mot d’ordre politique

Temps de lecture : 4 minutes

Grünt en « tournée municipale » : concerts, conférences… et mot d’ordre politique

À l’approche des munic­i­pales des 15 et 22 mars 2026, le média rap Grünt annonce une « Tournée munic­i­pale » dans neuf villes, avec un objec­tif explicite­ment poli­tique : faire « résis­tance » à « l’extrême droite ». Le média marche ain­si dans les pas d’autres titres plus poli­tisés et s’inscrit dans la lignée du rap français, tou­jours enclin à soutenir un sys­tème poli­tique pour­tant allè­gre­ment cri­tiqué dans ses textes.

Grünt, du hip-hop militant

Grünt, plate­forme hip-hop née sur YouTube, veut trans­former son audi­ence en levi­er de mobil­i­sa­tion avant un scrutin local présen­té comme « un pre­mier ren­dez-vous ». L’initiative mélange événe­ments payants, ren­con­tres sur invi­ta­tion et un dis­cours mil­i­tant assumé auprès d’un pub­lic assez acquis poli­tique­ment mais pas néces­saire­ment déter­miné à se ren­dre aux urnes.

Un média rap devenu « plateforme »

Grünt se présente comme un « webzine et chaîne YouTube », porté notam­ment par son fon­da­teur Jean Morel.

Côté audi­ence, la chaîne YouTube revendique env­i­ron 330 000 abon­nés et ses vidéos tour­nent régulière­ment au-dessus des 100 000 vues avec des pics à plusieurs millions.

Par­mi ces con­tenus, les vidéos authen­tique­ment poli­tiques comme la scène « Tous·tes à République ! Pour un Front démoc­ra­tique con­tre l’extrême droite », de l’entre-deux tours de 2024 compt­abilise moins de 20 000 vues, ce qui est faible. En revanche les morceaux de rap et les entre­tiens, qui ont un poids poli­tique plus « cul­turel », fonc­tion­nent très bien. On notera par­mi les entre­tiens la présence du rappeur Médine, con­nu pour son engage­ment à l’extrême gauche et ses paroles sans ambiguïté : « Je porte la barbe, j’suis de mau­vais poil, […] Cru­ci­fions les laï­cards comme à Gol­go­tha. Le polygame vaut bien mieux que l’ami Strauss-Kahn […] J’suis une djella­ba à la journée de la jupe, islamo-caillera, c’est ma prière de rue […] j’mets des fat­was sur la tête des cons ».

Grünt s’est tail­lé une place dans la caté­gorie des médias de niche puis­sants : très iden­ti­fiés, très affini­taires, et par­ti­c­ulière­ment pre­scrip­teurs auprès d’un pub­lic jeune ama­teur de « cul­tures urbaines », et donc une cible élec­torale de choix pour La France insoumise dans sa stratégie de con­quête du vote de ban­lieue qu’a pu décrire l’essayiste Rodolphe Cart dans son ouvrage Mélen­chon, le bruit et la fureur.

Le site de Grünt illus­tre aus­si une stratégie de « nébuleuse » : freestyles, pod­casts, lives, Twitch, et une bou­tique tex­tile, ce qui rap­proche l’objet médi­a­tique d’une mar­que cul­turelle intégrée.

Une tournée pensée comme riposte électorale

Selon le men­su­el français sur les nou­velles ten­dances musi­cales Tsu­gi, la tournée doit pass­er par Tours, Saint-Brieuc, Laval, Nice, Mar­seille, Lyon, Tour­co­ing, Caen et Boulogne-sur-Mer.

Le dis­cours, lui, ne laisse guère de place au doute : Grünt évoque « le péril » d’une arrivée au pou­voir de « l’extrême droite » et con­clut par un slo­gan : « L’HEURE EST À LA RÉSISTANCE ».

Cer­taines dates annon­cent un for­mat hybride : « talk / con­férence » gra­tu­it « sur invi­ta­tion », puis con­cert (10 €). Autrement dit, une par­tie des échanges se fait hors d’un accès pleine­ment ouvert, tan­dis que la par­tie « cul­ture » finance l’opération.

Qui finance l’opération ? Ce que l’on sait, et ce qui manque

Sur le plan juridique, Grünt est porté par la société GRUNT (SASU), domi­cil­iée à Paris, avec un effec­tif déclaré entre 6 et 9 salariés (2022), dirigée par Jean Morel.

En revanche, les parte­naires, spon­sors ou mécènes éventuels de cette tournée, la part respec­tive de la bil­let­terie, de la monéti­sa­tion YouTube, des activ­ités com­mer­ciales (tex­tile) ou d’éventuels sou­tiens extérieurs demeurent pour le moment encore assez opaques.

Une chose est sûre, le rap français, dans les traces de ses aînés, demeure une place forte de l’extrême gauche de Sniper à La Fouine en pas­sant par Diam’s. Les rich­es inter­prètes et ceux qui leur ten­dent leur micro jouent tou­jours sur la même note.

Côté médi­a­tique, Grünt rejoint les nom­breux médias à entr­er en cam­pagne à l’image de Street­Press mais aus­si de Radio France qui sait se faire l’écho de ses « médias sœurs » pour relay­er un mes­sage poli­tique­ment ancré à gauche et des mobil­i­sa­tions con­tre le RN.

Bertrand Saint-léger