Crimes contre l’humanité. L’expression est forte et utilisée notamment pour qualifier les crimes du nazisme – ou du communisme. Fabrice Leggeri, ancien directeur de Frontex, en est pourtant accusé, à la grande joie de certains médias.
En 2024, la Ligue des droits de l’homme (LDH) dépose une plainte contre Fabrice Leggeri, membre du RN depuis 2024, aujourd’hui eurodéputé, et surtout directeur de Frontex de janvier 2015 à avril 2022, l’agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes. Une enquête a donc été ouverte par la cour d’appel de Paris pour suspicion de « complicité de crimes contre l’humanité et de torture ».
Un sujet fait pour la presse de gauche
La presse de gauche n’a pas besoin d’en faire beaucoup sur le sujet. Il lui suffit de citer les associations et leurs avocats, ainsi que les termes de l’enquête. Le Huffington Post, et 20 Minutes, ainsi que plusieurs titres de presse régionaux dont les articles sont peu ou prou des copié-collés, citent par exemple Emmanuel Daoud qui explique qu’un juge va examiner la responsabilité de Fabrice Leggeri « dans l’hécatombe qui a abouti à des milliers de morts en Méditerranée, enfants et femmes notamment ». En ce qui concerne les faits, il est vrai que personne ne souhaite à quiconque de tomber aux mains de la police libyenne. Les journaux de gauche paraissent donc assez neutres, tant l’information en elle-même est orientée. D’ailleurs, l’article du Figaro sur le sujet est particulièrement minimaliste. C’est donc la presse de droite qui choisit ses mots. Dans « le monde d’Yves Bourdillon », sur Contrepoints, on peut lire « la Ligue des droits de l’homme s’en prend à Fabrice Leggeri ». L’auteur déplore « un pas de plus vers le “gouvernement des juges” », et explique que l’ancien directeur de Frontex est accusé par les ONG de « rien de moins que de complicité de crimes contre l’humanité ».
Protéger les frontières, le nouveau crime contre l’humanité
Courrier international, lui, ne fait pas dans la dentelle, ce qui n’étonnera personne, et titre « Fabrice Leggeri jugé pour complicité de crimes contre l’humanité : Frontex, l’ICE des Européens ? » On peut se demander si le mot « jugé » est bien choisi, étant donné que l’enquête vient tout juste d’être ouverte. Quant à la comparaison entre Frontex et l’ICE, elle fait écho à la mort d’Alex Pretti, militant d’extrême-gauche tué par un tir de police alors qu’il tentait d’empêcher des arrestations de migrants illégaux.
Un petit pas pour l’homme, un grand pas pour les médias
Certains médias ne boudent pas leur plaisir, à l’instar du Huffington Post, qui explique que « grâce à la Ligue des droits de l’homme et Utopia 56, une enquête va être ouverte sur celui qui a dirigé l’agence européenne Frontex », du Monde, selon qui « la Ligue des droits de l’homme (LDH) et l’association de défense des migrants Utopia 56 ont obtenu satisfaction après plus de deux ans », ou de Mediapart, qui note qu’il « aura fallu attendre deux ans » pour cela. De fait, certains médias rejoignent l’avocat de la LDH dans l’espoir que l’affaire fasse jurisprudence. On pourrait alors considérer que protéger les frontières d’un pays de l’immigration illégale est un crime contre l’humanité. Le rêve de tout mondialiste qui se respecte. France 24 note ainsi que « c’est une première ».
Journaliste, policier et juge
Comme souvent, certains journalistes revêtent un habit de magistrat et mènent l’enquête et le procès de front. Le Huffington Post explique que, si Fabrice Leggeri dément les accusations, « la LDH et Utopia 56 n’en démordent pas et appuient leur réquisitoire sur des articles de presse, des rapports d’ONG et, en particulier, sur un rapport de l’Office européen de lutte antifraude (OLAF), qui avait provoqué… la démission de Fabrice Leggeri ». Libération s’offusque que Fabrice Leggeri se soit « [imposé] comme un défenseur de l’imperméabilité des frontières européennes », des termes repris par DNA (Dernières nouvelles d’Alsace). Le Huffington Post explique que Fabrice Leggeri « aurait participé au refoulement d’embarcations de migrants ainsi qu’à des interceptions par les autorités grecques et libyennes de certains navires qui tentaient de rejoindre l’Italie, mettant ainsi en danger la vie d’êtres humains. » On pourrait souligner que refouler des embarcations de clandestins faisait partie de sa mission…
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Le nouvel os à ronger contre le Rassemblement national
Alors que le Rassemblement national sort des élections municipales et commence à songer sérieusement à l’élection présidentielle, l’affaire de Fabrice Leggeri le met sur le devant de la scène dans un costume peu agréable. Le Huffington Post décrit une « affaire embarrassante » pour le parti, et qualifie plus loin Fabrice Leggeri d’« eurodéputé d’extrême droite », comme le fait également Libération. Par ailleurs, de nombreux articles, comme Le Nouvel Obs ou Le Monde, parlent d’un eurodéputé RN accusé de crimes contre l’humanité, ce qui permet de jeter l’opprobre sur le Rassemblement national Certains évoquent le parti dès le début de l’article, voire dans le titre, d’autres, comme L’Opinion, beaucoup plus tard, car c’est de fait une information qu’on ne peut oublier. Le mentionner très tôt et régulièrement n’en demeure pas moins une énième tentative médiatique de faire chuter Jordan Bardella dans les sondages, où il caracole loin en tête depuis des mois.
Adélaïde Motte
Photo : Konferenzdiskussion zur “ZUKUNFT DER EU” (juin 2018). Licence : CC BY 2.0

