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Dubaï, ses influenceurs, ses paniques et ses médias

16 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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Dubaï va-t-il rede­venir le par­adis des influ­enceurs VIP ? C’est la ques­tion qui revient avec insis­tance après le cauchemar vécu dans les pre­miers jours qui ont suivi les bom­barde­ments iraniens sur les Émi­rats arabes unis (et dans d’autres pays de la région).

Tout le monde a suivi la panique qui s’était emparée des influ­enceurs et influ­enceuses instal­lés à Dubaï, avec les scènes de guerre qu’ils ont eux-mêmes tenues à filmer, comme un ultime spec­ta­cle lais­sé pour la postérité.

Si beau­coup d’entre eux ont pu être rap­a­triés (en France et ailleurs), dans des con­di­tions chao­tiques pro­pres à une sit­u­a­tion de guerre, les moins chanceux − dont cer­tains risquent des pour­suites dans leurs pays respec­tifs − con­tin­u­ent à suiv­re les événe­ments sur place et à filmer les déto­na­tions loin­taines et les colonnes de fumée au-dessus de la Palm Jumeirah et du front de mer de Dubaï, sans jamais y avoir été vrai­ment préparés.

Influenceurs sous influence

Après quelques jours de répit, à la suite de l’annonce de l’arrêt des frappes par l’armée irani­enne, les raids ont vite repris, et avec eux les cris d’alarme. Avant que des injonc­tions fer­mes ne soient don­nées pour tout filtrer.

Cela a déjà per­mis aux plus futés d’entre eux de trou­ver un bon filon dans leur méti­er d’influenceur, à mi-chemin entre le jour­nal­isme et la mise en scène.

Com­ment les médias arabes, émi­ratis notam­ment, ont-ils com­men­té cette mésaven­ture des influenceurs ?

Pris au dépourvu, les médias et autorités émi­ratis ont d’abord tout fait pour min­imiser l’événement, en ten­tant de don­ner une image plus ras­sur­ante de leur « eldo­ra­do », visé par les mis­siles iraniens. Les prin­ci­pales plate­formes médi­a­tiques, jadis présen­tées comme les plus libérales du monde arabe, ont observé un black-out total sur la fuite des influ­enceurs, des hommes d’affaires et d’autres per­son­nal­ités fortunées.

« Je n’ai pas peur à Dubaï »

C’est le cas de Sky News Ara­bia et de Dubaï TV, réduits à relay­er la pro­pa­gande offi­cielle. Cette dernière con­tin­ue de dif­fuser sur sa page Insta­gram et d’autres réseaux soci­aux un mes­sage sous forme de ten­dance : « Je n’ai pas peur à Dubaï ».

Des créa­teurs de con­tenus et des influ­enceurs étrangers repren­nent en chœur des mes­sages d’assurance du genre : « Nous n’avons pas peur à Dubaï, parce que nous savons qui nous pro­tège. » (sic).

Des médias inter­na­tionaux se sont intéressés à cette opéra­tion de com­mu­ni­ca­tion. Dans un compte ren­du, le Finan­cial Times cite des pris­es de parole de rési­dents et de per­son­nal­ités comme Isabel Oakeshott et Pavel Durov, qui com­pare la sécu­rité de Dubaï à celle de cer­taines villes occidentales.

Le jour­nal rap­pelle que Dubaï s’est imposé comme « cap­i­tale des influ­enceurs » depuis la péri­ode du Covid-19, atti­rant divers pro­fils (cryp­to, finance) « grâce au soleil, aux avan­tages fis­caux et à des restric­tions lev­ées plus vite qu’ailleurs ». Un par­adis fis­cal trans­for­mé en enfer.

Allant dans le même sens, Sky News Ara­bia com­pile des réac­tions de célébrités et d’influenceurs vivant aux Émi­rats arabes unis après les pre­mières frappes irani­ennes. Cer­tains racon­tent une « nuit effrayante » passée à l’abri avec leurs familles, mais tous les témoignages s’accordent sur une chose : leur grat­i­tude envers les autorités locales pour « les mesures de pro­tec­tion » qui auraient été mis­es en place.

Menacés de prison ou d’expulsion

Ce mot d’ordre est resté de mise depuis les pre­miers jours, alors que la men­ace plane tou­jours sur le ciel de la monar­chie − comme sur le reste de la pénin­sule arabique.

Les accoin­tances de nom­breux médias arabes, libanais notam­ment, avec le régime émi­rati ont égale­ment con­tribué à détourn­er quelque peu les regards.

Pour la presse pro-qatarie, en revanche, la manœu­vre est cousue de fil blanc, et l’occasion est trop belle pour porter l’estocade à la monar­chie rivale. Très act­if sur ce ter­rain de la con­tre-pro­pa­gande, le site Arabi21, basé en Turquie, relaie un reportage attribué à la radio bri­tan­nique LBC.

Celle-ci affirme que des influ­enceurs et célébrités à Dubaï subi­raient des pres­sions pour dif­fuser des mes­sages louant la riposte de l’armée émi­ratie après des tirs de mis­siles iraniens, avec men­ace de prison ou d’expulsion pour ceux qui se hasarderaient à partager des infor­ma­tions ou des images décrivant l’ampleur des attaques.

Les autorités émi­raties ont d’ailleurs annon­cé, le 15 mars, la com­paru­tion « en référé » de 25 per­son­nes de divers­es nation­al­ités pour « dif­fu­sion de con­tenus diffam­a­toires sur les plate­formes numériques » et « atteinte à la sécu­rité et à la sta­bil­ité » du pays.

Même angle d’attaque choisi par Al-Quds Al-Ara­bi, quo­ti­di­en panarabe parais­sant à Lon­dres, pour démon­ter la cam­pagne lancée par les Émi­ratis sur les réseaux soci­aux, où des influ­enceurs « plongés dans leur petit busi­ness » se voy­aient soudain con­ver­tis, mal­gré eux, en instru­ments du soft pow­er de leurs bienfaiteurs.

Doublement vulnérables

Ce jour­nal rap­pelle le cadre de licences oblig­a­toires pour les con­tenus pro­mo­tion­nels et met en regard les dis­cours d’agences de mar­ket­ing (qui évo­quent un sen­ti­ment réel de sécu­rité) avec ceux d’ONG et de défenseurs des droits numériques dénonçant des nar­rat­ifs « ori­en­tés » qui ren­dent dif­fi­cile la véri­fi­ca­tion de l’impact réel de la crise sur le terrain.

Pourquoi les influ­enceurs étab­lis à Dubaï sont-ils passés en quelques heures de mes­sages d’angoisse à un dis­cours très ras­sur­ant van­tant la sécu­rité et l’efficacité des défens­es aériennes ?

Pour le site Break­ing News Ara­bia, ce revire­ment résume et révèle l’extrême vul­néra­bil­ité, juridique et économique, de cette caté­gorie de créa­teurs de con­tenus qui, pen­dant longtemps, se croy­aient à l’abri.

Mus­sa A.

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