Après la finale Sénégal–Maroc de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), la journaliste de BeIN Sports Vanessa Le Moigne annonce qu’elle cessera de couvrir le football à l’issue de la saison, après une vague d’insultes et de messages haineux. Un nouvel épisode révélateur d’un environnement devenu parfois hostile dans un contexte de compétition africaine inflammable en France.
Dans les jours qui ont suivi la finale de la CAN à Rabat (18 janvier 2026), la journaliste sportive Vanessa Le Moigne dit avoir franchi un seuil. Prise pour cible en ligne après ses interviews d’après-match, elle indique qu’elle « arrête » le football en fin de saison, malgré les soutiens publics et associatifs.
Une professionnelle exposée, un déchaînement « banalisé »
Le point de départ est connu : après la finale, suivie par près de 4 millions de personnes en France, remportée par le Sénégal face à l’Algérie, l’entretien du gardien sénégalais Édouard Mendy et une question sur un éventuel « arrangement » autour d’une panenka ont déclenché une vague d’attaques, souvent sexistes, visant sa légitimité professionnelle.
Sa question, qui peut paraître un brin provocatrice, était pourtant pertinente dans un contexte de suspicion et dans un journalisme sportif souvent aseptisé ; voir une telle liberté de ton peut même paraître assez rafraîchissant. Il n’en aura rien été et les critiques auront été très violentes, à l’image de celle diffusée sur la chaîne Youtube spécialisée Foot en détail où un commentateur déblatère des critiques virulentes dans un style bien particulier et pas franchement objectif.
Le monde associatif féministe s’est mis en branle avec notamment l’association Femmes journalistes de sport qui a dénoncé une « réalité devenue insupportable » faite d’insultes, de commentaires sur le physique et de remises en cause permanente de la compétence. Pas sûr cependant qu’un épisode analogue avec un homme eût pu être possible et une affaire similaire au masculin aurait pu tourner à la défaveur du journaliste qui aurait pu essuyer des critiques en racisme !
Soutiens officiels… et angle mort du système
La ministre des Sports Marina Ferrari a publiquement rappelé que « rien » ne justifie le cyberharcèlement et a appelé médias et pouvoirs publics à « prendre leurs responsabilités » pour protéger les professionnelles. Une formule passe-partout qui ne changera rien au phénomène fait d’instantanéité, d’implication émotionnelle peu rationnelle des téléspectateurs et de l’usage des réseaux sociaux comme élément amplificateur.
Le Moigne a par ailleurs regretté le silence de confrères, signe d’une solidarité parfois à géométrie variable pour s’éviter de s’attirer à leur tour les foudres de la masse.
Une CAN plombée par les polémiques, jusqu’au burlesque
Difficile de dissocier cet épisode du contexte général : la finale a viré au chaos (interruption après un penalty, tensions avec la sécurité, débordements en tribunes).
Même le « détail » a tourné au symbole avec l’incident de la « serviette » du gardien Édouard Mendy, convoitée par des ramasseurs de balle marocains, qui a cristallisé l’impression d’un match hors contrôle.
En France, les célébrations ont aussi été émaillées de violences et d’interpellations. La compétition aura aussi été l’occasion de violences dans un établissement scolaire, violences opportunément maquillées par TF1, évitant la dimension identitaire de l’agression.
Enfin, l’événement a nourri une autre controverse : la diffusion sur M6 d’une publicité pour un service d’accompagnement à la naturalisation et aux titres de séjour pendant la finale…
Sécurité défaillante, tensions diplomatiques, emballements en ligne jusqu’à pousser une journaliste à se retirer… La CAN 2026 aura été un succès d’audience en France du fait de la forte présence de population issue du continent africain, elle aura aussi été l’occasion d’un chaos tant au Maroc qu’en France. À quelques mois de la Coupe du monde, le spectre de débordements devrait refaire surface tandis que la perspective de la Coupe du monde 2030 coorganisée en Espagne, au Portugal et… au Maroc peut laisser songeur. Le président de la fédération de football espagnole a déjà lancé les hostilités en arguant que le Maroc ne pourra pas accueillir la finale.
Rodolphe Chalamel


