Ojim.fr

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

Je fais un don

En soutenant aujourd’hui l’OJIM, vous nous aidez à vous informer sur ceux qui vous informent et vous maintenez un espace de liberté sur la toile. Vous avez besoin de l'OJIM ? Nous avons besoin de votre soutien ! Ensemble "on les aura !"

CAN, chaos et haine en ligne : la journaliste Vanessa Le Moigne renonce au football

11 février 2026

Temps de lecture : 4 minutes
Accueil | Veille médias | CAN, chaos et haine en ligne : la journaliste Vanessa Le Moigne renonce au football

CAN, chaos et haine en ligne : la journaliste Vanessa Le Moigne renonce au football

Temps de lecture : 4 minutes

CAN, chaos et haine en ligne : la journaliste Vanessa Le Moigne renonce au football

Après la finale Sénégal–Maroc de la Coupe d’Afrique des nations (CAN), la jour­nal­iste de BeIN Sports Vanes­sa Le Moigne annonce qu’elle cessera de cou­vrir le foot­ball à l’issue de la sai­son, après une vague d’insultes et de mes­sages haineux. Un nou­v­el épisode révéla­teur d’un envi­ron­nement devenu par­fois hos­tile dans un con­texte de com­péti­tion africaine inflam­ma­ble en France.

Dans les jours qui ont suivi la finale de la CAN à Rabat (18 jan­vi­er 2026), la jour­nal­iste sportive Vanes­sa Le Moigne dit avoir franchi un seuil. Prise pour cible en ligne après ses inter­views d’après-match, elle indique qu’elle « arrête » le foot­ball en fin de sai­son, mal­gré les sou­tiens publics et associatifs.

Une professionnelle exposée, un déchaînement « banalisé »

Le point de départ est con­nu : après la finale, suiv­ie par près de 4 mil­lions de per­son­nes en France, rem­portée par le Séné­gal face à l’Algérie, l’entretien du gar­di­en séné­galais Édouard Mendy et une ques­tion sur un éventuel « arrange­ment » autour d’une panen­ka ont déclenché une vague d’attaques, sou­vent sex­istes, visant sa légitim­ité professionnelle.

Sa ques­tion, qui peut paraître un brin provo­ca­trice, était pour­tant per­ti­nente dans un con­texte de sus­pi­cion et dans un jour­nal­isme sportif sou­vent asep­tisé ; voir une telle lib­erté de ton peut même paraître assez rafraîchissant. Il n’en aura rien été et les cri­tiques auront été très vio­lentes, à l’image de celle dif­fusée sur la chaîne Youtube spé­cial­isée Foot en détail où un com­men­ta­teur déblatère des cri­tiques vir­u­lentes dans un style bien par­ti­c­uli­er et pas franche­ment objectif.

Le monde asso­ci­atif fémin­iste s’est mis en bran­le avec notam­ment l’association Femmes jour­nal­istes de sport qui a dénon­cé une « réal­ité dev­enue insup­port­able » faite d’insultes, de com­men­taires sur le physique et de remis­es en cause per­ma­nente de la com­pé­tence. Pas sûr cepen­dant qu’un épisode ana­logue avec un homme eût pu être pos­si­ble et une affaire sim­i­laire au mas­culin aurait pu tourn­er à la défaveur du jour­nal­iste qui aurait pu essuy­er des cri­tiques en racisme !

Soutiens officiels… et angle mort du système

La min­istre des Sports Mari­na Fer­rari a publique­ment rap­pelé que « rien » ne jus­ti­fie le cyber­har­cèle­ment et a appelé médias et pou­voirs publics à « pren­dre leurs respon­s­abil­ités » pour pro­téger les pro­fes­sion­nelles. Une for­mule passe-partout qui ne chang­era rien au phénomène fait d’instantanéité, d’implication émo­tion­nelle peu rationnelle des téléspec­ta­teurs et de l’usage des réseaux soci­aux comme élé­ment amplificateur.

Le Moigne a par ailleurs regret­té le silence de con­frères, signe d’une sol­i­dar­ité par­fois à géométrie vari­able pour s’éviter de s’attirer à leur tour les foudres de la masse.

Une CAN plombée par les polémiques, jusqu’au burlesque

Dif­fi­cile de dis­soci­er cet épisode du con­texte général : la finale a viré au chaos (inter­rup­tion après un penal­ty, ten­sions avec la sécu­rité, débor­de­ments en tribunes).

Même le « détail » a tourné au sym­bole avec l’incident de la « servi­ette » du gar­di­en Édouard Mendy, con­voitée par des ramasseurs de balle maro­cains, qui a cristallisé l’impression d’un match hors contrôle.

En France, les célébra­tions ont aus­si été émail­lées de vio­lences et d’interpellations. La com­péti­tion aura aus­si été l’occasion de vio­lences dans un étab­lisse­ment sco­laire, vio­lences oppor­tuné­ment maquil­lées par TF1, évi­tant la dimen­sion iden­ti­taire de l’agression.

Enfin, l’événement a nour­ri une autre con­tro­verse : la dif­fu­sion sur M6 d’une pub­lic­ité pour un ser­vice d’accompagnement à la nat­u­ral­i­sa­tion et aux titres de séjour pen­dant la finale…

Sécu­rité défail­lante, ten­sions diplo­ma­tiques, emballe­ments en ligne jusqu’à pouss­er une jour­nal­iste à se retir­er… La CAN 2026 aura été un suc­cès d’audience en France du fait de la forte présence de pop­u­la­tion issue du con­ti­nent africain, elle aura aus­si été l’occasion d’un chaos tant au Maroc qu’en France. À quelques mois de la Coupe du monde, le spec­tre de débor­de­ments devrait refaire sur­face tan­dis que la per­spec­tive de la Coupe du monde 2030 coor­gan­isée en Espagne, au Por­tu­gal et… au Maroc peut laiss­er songeur. Le prési­dent de la fédéra­tion de foot­ball espag­nole a déjà lancé les hos­til­ités en arguant que le Maroc ne pour­ra pas accueil­lir la finale.

Rodolphe Cha­la­mel