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CAN 2025 : beIN fait bloquer les sites pirates, symptôme d’un rendez-vous sportif devenu « français »

5 janvier 2026

Temps de lecture : 4 minutes
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CAN 2025 : beIN fait bloquer les sites pirates, symptôme d’un rendez-vous sportif devenu « français »

Temps de lecture : 4 minutes

CAN 2025 : beIN fait bloquer les sites pirates, symptôme d’un rendez-vous sportif devenu « français »

À l’approche de la CAN Maroc 2025, beIN Sports a obtenu du tri­bunal judi­ci­aire de Paris le blocage de ser­vices dif­fu­sant illé­gale­ment les matchs. Une déci­sion emblé­ma­tique de la guerre des droits sportifs et un rap­pel que, télévi­suelle­ment, la CAN pèse désor­mais en France bien au-delà d’un sim­ple « pub­lic de niche ».

La déci­sion peut paraître naturelle mais elle a son impor­tance pour beIN Sports : l’appareil judi­ci­aire français a décidé le blocage des sites dif­fu­sant illé­gale­ment les matchs piratés. Le piratage des ren­con­tres sportives, devenu un phénomène mas­sif, appelle des répons­es pour les dif­fuseurs qui per­dent des mil­lions dans la bataille. Cette ques­tion s’était trou­vée au cœur du fias­co du dif­fuseur de la Ligue 1 DAZN au début de l’année 2025.

La CAN, la Coupe d’Afrique des nations qui voit s’affronter les pays africains en jan­vi­er tous les deux ans ne fait pas excep­tion. Par­ti­c­ulière­ment con­som­mée en France et par­ti­c­ulière­ment piratée, la com­péti­tion agit comme un dou­ble révéla­teur : celui d’un phénomène de piratage et celui d’un phénomène démographique.

Blocage : une mécanique judiciaire désormais rodée

beIN Sports a annon­cé avoir obtenu du tri­bunal judi­ci­aire de Paris une déci­sion imposant aux four­nisseurs d’accès à Inter­net de blo­quer, à par­tir du 21 décem­bre 2025 et jusqu’au dernier match, les ser­vices en ligne retrans­met­tant illicite­ment la CAN.

Cette stratégie s’appuie sur le dis­posi­tif du Code du sport (arti­cle L.333–10) : le juge peut ordon­ner des mesures de blocage lorsqu’il existe des atteintes « graves et répétées » aux droits d’exploitation audiovisuelle.
L’ARCOM joue ensuite un rôle clef dans la durée, via des mécan­ismes d’actualisation et de suivi du blocage des ser­vices illicites, le piratage se recon­sti­tu­ant rapi­de­ment par « clones » et redirections.

La CAN, « championne » du piratage… en proportion

Dans son rap­port « La con­som­ma­tion illicite de pro­grammes sportifs en 2024 » (pub­lié en mai 2025), l’ARCOM estime que 18 % des Français con­som­ment illé­gale­ment du sport.
Surtout, la CAN ressort comme un cas extrême en pro­por­tion : l’ARCOM indique que 22 % des Français déclar­ent suiv­re la com­péti­tion et que 17 % de son pub­lic y recourent de façon illicite : un niveau plus élevé que les autres com­péti­tions majeures.

Der­rière la for­mule de « lutte con­tre le piratage », l’enjeu est sim­ple : pro­téger la valeur d’un abon­nement, donc la capac­ité d’un dif­fuseur à inve­stir et à con­serv­er des droits face à une demande qui, pour une part non nég­lige­able, bas­cule vers la gra­tu­ité frauduleuse.

Audiences : un succès français qui dit quelque chose du pays

Les résul­tats d’audience de la CAN sont assez logiques en matière de démo­gra­phie. Ain­si, la finale 2019 de la com­péti­tion a réu­ni 1,6 mil­lion de téléspec­ta­teurs, soit 10,1 % de parts d’audience sur TMC, tan­dis que l’édition 2021, jouée en 2022 pour cause de covid, la finale Sénégal–Égypte, tou­jours sur TMC, s’établissait à 639 000, soit 2,9 %, selon les relevés d’audience.
Et en 2024 (puisque la CAN 2023 a été reportée pour des raisons météorologiques), la finale a été pro­posée en clair sur W9, signe qu’un pub­lic reste monéti­s­able au-delà du seul payant. Elle oppo­sait le Nige­ria à la Côte d’Ivoire et a réu­ni 793 000 téléspectateurs.

Le suc­cès d’audience demeure très vari­able selon l’équipe en lice, les pics con­cer­nant sys­té­ma­tique­ment l’équipe d’Algérie. Avec la qual­i­fi­ca­tion des trois États du Maghreb pour la CAN 2025, les scores devraient attein­dre des records d’autant que la com­péti­tion se déroule au Maroc.

L’engouement des « dias­po­ras » est tel que la France est le pre­mier pays acheteur de bil­lets pour la com­péti­tion avec 109 237 bil­lets lors des pre­mières phases.

Avec 3,5 mil­lions d’immigrés nés en Afrique en 2023 selon l’Insee et une pop­u­la­tion maghrébine ou d’origine maghrébine se comp­tant égale­ment en mil­lions de per­son­nes, le marché français est un grand con­som­ma­teur de la com­péti­tion africaine. Au-delà du suc­cès d’audience, c’est la ques­tion sécu­ri­taire qui pour­rait revenir sur le devant de la scène avec la CAN, notam­ment les matchs de l’Algérie les 24 et 28 décem­bre, mais surtout le 31, jour de la Saint-Sylvestre… L’occasion de faire d’une pierre deux coups ?

Rodolphe Cha­la­mel