À l’approche de la CAN Maroc 2025, beIN Sports a obtenu du tribunal judiciaire de Paris le blocage de services diffusant illégalement les matchs. Une décision emblématique de la guerre des droits sportifs et un rappel que, télévisuellement, la CAN pèse désormais en France bien au-delà d’un simple « public de niche ».
La décision peut paraître naturelle mais elle a son importance pour beIN Sports : l’appareil judiciaire français a décidé le blocage des sites diffusant illégalement les matchs piratés. Le piratage des rencontres sportives, devenu un phénomène massif, appelle des réponses pour les diffuseurs qui perdent des millions dans la bataille. Cette question s’était trouvée au cœur du fiasco du diffuseur de la Ligue 1 DAZN au début de l’année 2025.
La CAN, la Coupe d’Afrique des nations qui voit s’affronter les pays africains en janvier tous les deux ans ne fait pas exception. Particulièrement consommée en France et particulièrement piratée, la compétition agit comme un double révélateur : celui d’un phénomène de piratage et celui d’un phénomène démographique.
Blocage : une mécanique judiciaire désormais rodée
beIN Sports a annoncé avoir obtenu du tribunal judiciaire de Paris une décision imposant aux fournisseurs d’accès à Internet de bloquer, à partir du 21 décembre 2025 et jusqu’au dernier match, les services en ligne retransmettant illicitement la CAN.
Cette stratégie s’appuie sur le dispositif du Code du sport (article L.333–10) : le juge peut ordonner des mesures de blocage lorsqu’il existe des atteintes « graves et répétées » aux droits d’exploitation audiovisuelle.
L’ARCOM joue ensuite un rôle clef dans la durée, via des mécanismes d’actualisation et de suivi du blocage des services illicites, le piratage se reconstituant rapidement par « clones » et redirections.
La CAN, « championne » du piratage… en proportion
Dans son rapport « La consommation illicite de programmes sportifs en 2024 » (publié en mai 2025), l’ARCOM estime que 18 % des Français consomment illégalement du sport.
Surtout, la CAN ressort comme un cas extrême en proportion : l’ARCOM indique que 22 % des Français déclarent suivre la compétition et que 17 % de son public y recourent de façon illicite : un niveau plus élevé que les autres compétitions majeures.
Derrière la formule de « lutte contre le piratage », l’enjeu est simple : protéger la valeur d’un abonnement, donc la capacité d’un diffuseur à investir et à conserver des droits face à une demande qui, pour une part non négligeable, bascule vers la gratuité frauduleuse.
Audiences : un succès français qui dit quelque chose du pays
Les résultats d’audience de la CAN sont assez logiques en matière de démographie. Ainsi, la finale 2019 de la compétition a réuni 1,6 million de téléspectateurs, soit 10,1 % de parts d’audience sur TMC, tandis que l’édition 2021, jouée en 2022 pour cause de covid, la finale Sénégal–Égypte, toujours sur TMC, s’établissait à 639 000, soit 2,9 %, selon les relevés d’audience.
Et en 2024 (puisque la CAN 2023 a été reportée pour des raisons météorologiques), la finale a été proposée en clair sur W9, signe qu’un public reste monétisable au-delà du seul payant. Elle opposait le Nigeria à la Côte d’Ivoire et a réuni 793 000 téléspectateurs.
Le succès d’audience demeure très variable selon l’équipe en lice, les pics concernant systématiquement l’équipe d’Algérie. Avec la qualification des trois États du Maghreb pour la CAN 2025, les scores devraient atteindre des records d’autant que la compétition se déroule au Maroc.
L’engouement des « diasporas » est tel que la France est le premier pays acheteur de billets pour la compétition avec 109 237 billets lors des premières phases.
Avec 3,5 millions d’immigrés nés en Afrique en 2023 selon l’Insee et une population maghrébine ou d’origine maghrébine se comptant également en millions de personnes, le marché français est un grand consommateur de la compétition africaine. Au-delà du succès d’audience, c’est la question sécuritaire qui pourrait revenir sur le devant de la scène avec la CAN, notamment les matchs de l’Algérie les 24 et 28 décembre, mais surtout le 31, jour de la Saint-Sylvestre… L’occasion de faire d’une pierre deux coups ?
Rodolphe Chalamel


