Bandeau Ambassade champenoise
Accueil E Veille médias E Cachez ces corps que l’on ne saurait voir : l’Europe veut recadrer les plans sur les athlètes

Cachez ces corps que l’on ne saurait voir : l’Europe veut recadrer les plans sur les athlètes

21 juillet 2026 | Temps de lecture : 3 minutes

Faire un don à l'OJIM

Faire un don à l'OJIM
Levé 27 427,96€
Objecif 30 000,00€
Donateurs 279
91,4%

À Birm­ing­ham, aux Cham­pi­onnats d’Europe d’athlétisme, les dif­fuseurs seront invités à éviter les con­tre-plongées, gros plans et ralen­tis jugés com­pro­met­tants. Présen­té comme une pro­tec­tion des ath­lètes, ce nou­veau catéchisme visuel de l’Union européenne de radio-télévi­sion risque d’appauvrir la réal­i­sa­tion sportive et d’oublier que le corps demeure au cœur du spectacle.

L’Union européenne de radio-télévi­sion (UER) et Euro­pean Ath­let­ics ont pub­lié début juin Rais­ing the Bar, un guide de 23 pages sur la représen­ta­tion des sportives, qui sera appliqué lors des Cham­pi­onnats d’Europe, du 10 au 16 août à Birmingham.

Une morale du cadrage

Le doc­u­ment vise les plans pro­longés sur cer­taines par­ties du corps, les caméras bass­es placées der­rière ou sous les ath­lètes et les ralen­tis sans intérêt tech­nique. La per­chiste bri­tan­nique Hol­ly Brad­shaw racon­te avoir subi des insultes en ligne après la dif­fu­sion d’images la mon­trant dans des « posi­tions indignes ».

L’UER affirme qu’il ne s’agit « pas d’une liste de restric­tions ». Ce sont donc des recom­man­da­tions, non des règles assor­ties de sanc­tions. Glen Kil­lane, directeur d’EBU Sport, veut refléter « le tal­ent, la force et le dévoue­ment » des sportives. Mais un guide de croix rouges et de coches vertes peut vite devenir un manuel de conformité.

Le corps sportif, problème ou spectacle ?

L’esthétique appar­tient au sport autant que le chronomètre. La cham­pi­onne serbe Ivana Španović le recon­naît dans le rap­port : l’athlétisme offre « de nom­breuses pos­si­bil­ités de mon­tr­er la tech­nique et la beauté du mou­ve­ment ». Dans la Grèce antique, les vain­queurs étaient hon­orés par des stat­ues : le Met­ro­pol­i­tan Muse­um rap­pelle que les Grecs con­sid­éraient le corps humain comme « la plus belle des formes ».

Le para­doxe con­tem­po­rain est savoureux. L’OMS relève qu’en Europe, 25 % des enfants de 7 à 9 ans vivent avec un sur­poids, dont 11 % avec une obésité ; au même moment, la télévi­sion paraît crain­dre de mon­tr­er des sil­hou­ettes façon­nées par l’effort. Or la beauté des corps par­ticipe aus­si au spec­ta­cle et aux audiences.

De nom­breuses ath­lètes jouent aujourd’hui sur les deux tableaux − esthètes et ath­lètes − sans que cela pose le moin­dre prob­lème. C’est notam­ment le cas de la sprinteuse alle­mande Ali­ca Schmidt, suiv­ie par plus de cinq mil­lions d’abonnés sur Insta­gram, qui asso­cie com­péti­tion, mode et mise en scène de son image. Elle illus­tre la pop­u­lar­i­sa­tion de cer­taines dis­ci­plines féminines par l’alliance entre per­for­mance et féminité.

Birmingham et les contradictions de France Télévisions

Le guide sera util­isé pour la pre­mière fois à Birm­ing­ham, où 29,9 % des habi­tants se déclaraient musul­mans en 2021. Cer­tains liront un sym­bole dans ce choix ; aucun doc­u­ment de l’UER ne relie toute­fois ces recom­man­da­tions à la démo­gra­phie locale.

L’ironie est surtout française. L’UER est présidée par Del­phine Ernotte Cun­ci, égale­ment patronne de France Télévi­sions ; l’Irlandais Noel Cur­ran en est le directeur général. Or France Télévi­sions dif­fuse des con­tenus « sex­u­al­isant » large­ment les per­son­nes. Jeu­di prochain, France 2 dif­fusera Drag Race France, présen­té avec « pail­lettes », « glam­our » et défilés repous­sant « les lim­ites du drag français ».

La « sex­u­al­i­sa­tion » dénon­cée dans le sport serait ain­si autorisée dans d’autres per­spec­tives… La mise en scène des corps est donc sus­pecte sur une piste, mais célébrée sur un podi­um télévisé.

Olivi­er Frèrejacques

SOS

Cet article vous a plu ? Il a pourtant un coût. L’OJIM vous informe sur ceux qui vous informent. Son indépendance repose sur les dons de ses lecteurs. Après déduction fiscale, un don de 100 € revient à 34 €.

Mots-clefs :