Accueil E Veille médias E Bolloré devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public : le cauchemar des médias

Bolloré devant la commission d’enquête sur l’audiovisuel public : le cauchemar des médias

27 mars 2026 | Temps de lecture : 5 minutes

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À l’occasion de la com­mis­sion d’enquête sur l’audiovisuel pub­lic qui dure depuis fin 2025, Vin­cent Bol­loré a été audi­tion­né le mar­di 24 mars. Il pos­sède en effet à tra­vers le groupe Viven­di 5% de la société Ban­i­jay, ce qui en fait l’un des prin­ci­paux action­naires. Cette société pro­duit la plu­part des pro­grammes pour France Télévi­sions, notam­ment ceux ani­més par Nagui.

La plu­part des médias de grand chemin haïssent l’homme qui per­met à leurs adver­saires – Cnews, Europe 1 et Le Jour­nal du Dimanche – d’exister. Les arti­cles sont donc peu amènes. Le Nou­v­el Obs ne quitte pas un ton grinçant. « Il ne s’est pas écoulé trente sec­on­des que, déjà, Vin­cent Bol­loré fait son arbre généalogique et, comme tou­jours, con­voque la mémoire de ses oncles résis­tants » ; « On n’échappe pas non plus aux 204 ans du groupe indus­triel famil­ial ». On trou­ve égale­ment dans divers arti­cles le lot habituel de descrip­tions peu flat­teuses, notam­ment « mil­liar­daire con­ser­va­teur » chez Radio France.

Le pilori pour l’homme d’entreprise, de droite et catholique

Le titre du Nou­v­el Obser­va­teur cite les mots suiv­ants de Vin­cent Bol­loré : « Je ne hais per­son­ne et je prie pour mes enne­mis. » Des mots qui, s’ils parais­sent louables aux catholiques, sont ridicules et niais pour les autres, notam­ment les lecteurs du Nou­v­el Obs. Mar­i­anne reprend la même cita­tion et affirme que « Vin­cent Bol­loré la joue catho raisonnable con­tre la “caste” ». Le Nou­v­el Obs pré­cise par ailleurs que lors de la com­mis­sion, « on a par­lé du Puy du Fou, de mis­éri­corde et de Jean-Marc Morandini ».

Jean-Marc Moran­di­ni est juste­ment l’un des reproches prin­ci­paux que l’on fait à Vin­cent Bol­loré. Con­damné en jan­vi­er 2026 à deux ans de prison avec sur­sis et 20 000 euros d’amende pour cor­rup­tion de mineurs, l’animateur a pour­tant été main­tenu à l’antenne jusqu’à ce qu’il démis­sionne quelques jours plus tard. Il avait envoyé des mes­sages de nature sex­uelle à trois ado­les­cents entre 2009 et 2016. Inter­rogé, Vin­cent Bol­loré dit selon Le Monde qu’il « par­donne », que « mis­éri­corde doit pass­er », mots repris par le Dauphiné Libéré, qui revient longue­ment sur cet aspect. La bien­veil­lance de Vin­cent Bol­loré s’applique aus­si à l’audiovisuel pub­lic, ce qui ne plaît guère. Libéra­tion affirme que « le mil­liar­daire a fait mine d’épargner en par­tie le ser­vice pub­lic et s’est posé en défenseur de “l’empathie” et du “par­don”… jusqu’au ridicule. » Le Point note quant à lui qu’il « fait mine de ne pas juger » les con­tenus diffusés.

La droite s’affirme, les médias progressistes se déchaînent

Le com­bat poli­tique se gagne sur plusieurs plans, par­mi lesquels la jus­tice, la poli­tique pro­pre­ment dite et la cul­ture. Une com­mis­sion d’enquête par­lemen­taire sur l’audiovisuel pub­lic réu­nit les trois. Or, ici, la com­mis­sion est rap­portée par Charles Allon­cle, de droite, et l’audition dont il est ques­tion con­cerne Vin­cent Bol­loré, de droite aus­si. Autant dire que la gauche se voit oblig­ée de partager un ter­rain de jeu où elle avait l’habitude de régn­er en maître incon­testé. Le Nou­v­el Obs déclare que l’audition de Vin­cent Bol­loré est pour Charles Allon­cle un « moment de gloire ». Le Monde cite Jérémie Patri­er-Lei­tus (Hori­zons), prési­dent de la com­mis­sion d’enquête, qui s’est félic­ité que Vin­cent Bol­loré ait répon­du « “directe­ment, sans aucune forme d’entrave et très spon­tané­ment” à sa con­vo­ca­tion », « comme hon­oré de la disponi­bil­ité du retraité », grince l’article.

De son côté, Mar­i­anne note que « le mil­liar­daire bre­ton a déroulé, sans être inquiété, ses recettes de patron de médias raisonnable pour redress­er le ser­vice pub­lic. » Libéra­tion évoque une « comédie » qui ne serait qu’un pré­texte pour don­ner à Vin­cent Bol­loré une « tri­bune » pour don­ner son avis. Médi­a­part est tout à fait d’accord et fustige des « courbettes et faux-sem­blants ». « Bien aidé par l’attitude révéren­cieuse du prési­dent et du rap­por­teur de la com­mis­sion, l’audition du mil­liar­daire d’extrême droite s’est muée par moments en café du com­merce, où le Bre­ton a pu tran­quille­ment se pos­er en défenseur de l’« empathie », de la « lib­erté », et péror­er sur l’usage des deniers publics. » Radio France décrit un « échange beau­coup plus feu­tré que les précé­dents » où Vin­cent Bol­loré a paru « très peu bous­culé ». Ce ne sont pas les poli­tiques de gauche qui démen­tiront les médias de gauche : Sophie Tail­lé-Polian, écol­o­giste, et Aurélien Sain­toul, Insoumis, ont tous deux quit­té l’audition en signe de protestation.

La recette Bolloré, la peur bleue des médias publics

Lors de son audi­tion, Vin­cent Bol­loré s’est surtout appliqué à énon­cer des solu­tions pour réduire les coûts de l’audiovisuel pub­lic, qui coûte 4 mil­liards d’euros par an. Le Point prend des notes lorsqu’il « déroule ce qu’il présente comme une méth­ode sim­ple, presque bru­tale » et « [banalise] ce qui relève en réal­ité d’une poli­tique de réduc­tion dras­tique des coûts. » Pour Vin­cent Bol­loré, on pour­rait observ­er dans le ser­vice pub­lic les mêmes dérives que celles qu’il a trou­vées à Canal. L’hypothèse n’a rien de far­felu. On trou­ve bien des exem­ples de sociétés qui gon­flent leurs prix pour aug­menter leurs marges lorsqu’elles sont assurées de recevoir les com­man­des publiques.

Adélaïde Motte

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