Dans un monde hyperrapide, où tout est exposé au grand public en temps réel, grâce aux réseaux sociaux, la presse peine à s’y adapter. En témoigne cette baisse de vigilance constatée chez de plus en plus de journaux de la presse écrite ou en ligne, laissant passer des coquilles, parfois grossières, sans même avoir le réflexe d’y remédier. Car ce sont souvent de simples lecteurs, en commentaires, qui les dénichent, tout en s’en moquant au passage.
Écrits ou mis en ligne sous pression, de nombreux textes journalistiques sont publiés sans une véritable relecture préalable. Cela va d’une simple faute de frappe ou d’inattention à de lourdes erreurs d’orthographe ou de grammaire.
« Ni pensez même pas ! »
Aucune presse, aucun pays n’y échappent. Et ce qui est le plus frappant, c’est quand cela vient des grands titres qui ont, a priori, une tradition et, surtout, des moyens pour s’en prémunir.
Petit florilège de coquilles relevées dans la presse parisienne de ces dernières semaines.
Le Figaro s’est distingué par une série de petites maladresses, parfois assez graves. Comme cette erreur homophonique parue dans son édition du 27 janvier 2026, sur un « chapo » d’article : « ni pensez même pas » au lieu de « n’y pensez même pas », laissée sans correction pendant plusieurs jours.
Dans l’édition du 2 février : « Ils m’ont détruit ma carrière. Volontairement. » Si on peut tolérer ce genre de fautes à l’oral, il est difficile de ne pas y faire attention à l’écrit. Trop de monts, trop d’inattention.
Une baisse de vigilance croissante
On ne compte pas le nombre de fautes typographiques, comme l’absence d’espace, les terminaisons incomplètes (exemple : « villes clef » au lieu de « villes clés ou clefs »), et ce sempiternel problème de traits d’union qui revient : (« a‑t-il » au lieu de « a‑t-il »).
Un autre grand quotidien parisien, Le Monde, a laissé glisser une véritable petite bévue, dans une de ses éditions de janvier : « le messie » devient « le Messi ». On imagine la confusion que cela peut créer chez le lecteur, à moins que l’on n’admette que celui-ci ait la capacité de corriger par soi-même, où qu’il soit vraiment amateur de la vedette argentine du ballon rond. Le lien avait circulé pendant plusieurs jours, puis a disparu.
Le Courrier international, du groupe Le Monde, qui présente chaque semaine un digest de la presse internationale, est censé être plus vigilant. Sur sa version en ligne du 29 janvier, on a pu lire cette phrase : « Par défi, les Iraniens transforment en fête les funérailles des manifestants tués par le réfime. » Erreur de frappe, dirions-nous, mais quand on tarde à y remédier, cela dénote une baisse de vigilance plutôt structurelle.
Les médias audiovisuels ne sont pas en reste. Il est des erreurs sémantiques ou grammaticales qui sont courantes à l’antenne. Trois exemples de fautes récurrentes repérées sur Radio France de janvier 2026 : « C’était sans compter sur… » La forme correcte est « c’était sans compter », sans la préposition « sur ».
« Pallier au problème » : le verbe « pallier » est transitif direct. On dit « pallier le problème ». « Deux jumeaux » : pléonasme fréquent dans les médias audiovisuels, puisque « jumeau » implique déjà la dualité.
Publier vite, puis corriger et étoffer après !
Autres types de fautes très courantes dans la presse d’expression française, et pas seulement dans l’Hexagone, mais attirant rarement l’attention : « sous les hospices de la Constitution… » (Le Monde du 22 décembre 2017), pauvres auspices mis à la retraite ; « les plus hauts placés » (Le Figaro Magazine du 20 mars 2015) ; « ils se fit aux mirages » (Libération du 5 janvier 2017).
La multiplication des coquilles dans la presse reste incompréhensible à l’ère du numérique qui permet la rectification rapide. Mais le souci de « publier vite puis corriger et/ou étoffer » rend les fautes plus probables à l’instant T, tout en rendant la rectification moins visible pour ceux qui ont vu la première version comportant une éventuelle erreur.
Avec la possibilité d’obtenir des captures d’écran qu’offrent les moyens modernes, de plus en plus de lecteurs (qui ne sont pas tous malintentionnés) n’hésitent pas à relayer – et amplifier – le moindre écart de langage commis par tel ou tel organe de presse.
Moralité : on pardonne les gaffes monumentales qui infestent les comptes personnels sur les réseaux sociaux ; mais pas les petites coquilles qui glissent dans la presse. Petite coquille mais gros esquif !
Mussa A.


